1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Au soleil du parc

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MessageSujet: Au soleil du parc   Mer 8 Mar - 19:15

Il n'y avait que bien peu d'animations, en cette fin d'après-midi, le village était redevenu tout à coup très calme, presque reposant, sans qu'aucune ombre ne plane ni aucun danger. Une quiétude à laquelle Anna n'était pas habituée. Luke et elle s'étaient installés à la terrasse extérieure du petit café dans le parc, malgré le froid vif de novembre, car il y avait un beau soleil et très peu de vent. Bien couverts tous les deux, avec gants, écharpes, manteaux, ils n'allaient pas prendre froid. Anna avait pris ce matin-là l'une de ses robes les plus chaudes, au cas où le vent se lèverait. Voilà longtemps que Luke et elle ne s'étaient ainsi pas retrouvés tous les deux, avec un jour de congé commun. C'est qu'il y avait toujours à faire, au domaine. La domestique touilla son thé et but un peu, respirant doucement la bonne odeur de menthe qui s'en dégageait. Contrairement à Luke, elle ne buvait jamais de café.

Luke – Si nos patrons déménagent, que souhaites-tu faire ? Les suivre ? Tu te sens prête à partir ?

Anna – Pourquoi pas ? Je ne suis pas tant attachée que ça à ce village et j'y ai quelques souvenirs qu'il serait bon d'y laisser. Et puis, madame a besoin qu'on prenne soin d'elle.

Son époux eut un petit rire en répondant que cela, ce n'était pas faux, étant donné la fâcheuse tendance de la future femme du patron à être prise pour cible par tout ce qui bouge. Allons, ce n'était pas drôle. Elle porta la tasse à ses lèvres puis en observa un petit instant les doux motifs, en dorme d'oiseaux bleus s'élevant vers le ciel, au-dessus de vagues fines. Son regard se fit un instant rêveur. Jamais elle n'avait pu observer l'océan de ses propres yeux et voudrait tant pouvoir s'y rendre un jour. Luke et elle n'avaient pas leur propre voiture et le voyage en train coûtait très cher, même en troisième classe. Ajouté à ça les frais durant un voyage au loin, sur les côtes où tout était si onéreux, ils n'avaient pas les moyens. Pourtant, elle aimerait tant observer cet horizon infini, les vagues venant s'échouer sur les plages, sentir l'air marin qu'on lui avait tant vanté.

Un petit bruit attira tout à coup son attention, un peu lointain, mais un bruit reconnaissable entre mille pour elle, habituée à garder les enfants de ses employeurs. Un enfant pleurait, non loin. Anna dit à son mari de surveiller son sac et se leva, ajoutant qu'elle n'en avait que pour un instant. Marchant vers un des fourrés, elle le contourna puis stoppa un voyons un petit garçon assis par terre, en larmes et hoquetant un peu. Oh... La domestique s'agenouilla aussitôt près de lui et tira un mouchoir d'une poche de son manteau pour le tendre au petit garçon. Il n'était pas très âgé, tout au plus dix ans, Anna se souvenait de l'avoir vu, parfois, au village. Elle lui sourit d'un air rassurant et attendit qu'il essuie un peu ces grosses larmes, n'amant vraiment pas voir un petit garçon dans un tel état. Elle s'assit correctement dans l'herbe à côté de lui, essayant de se rappeler avec quels adultes elle avait bien pu le voir mais ses souvenirs lui faisaient défaut.

Anna – Que t'arrive-t-il, mon grand ? Tu veux m'en parler ? Où est ta maman ?
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Lucas Dumoulin
Elève de primaire
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Récits : 42

Âge RPG : 8 ans

MessageSujet: Re: Au soleil du parc   Sam 1 Avr - 12:33

Les quatre garçons de la classe de madame Durand partirent en riant et en ricanant, se tapant dans les mains comme s'ils avaient réussi à arracher une grande victoire. Lucas resta un long moment assis par terre, levant une main tremblante pour essuyer ses larmes, puis il ramassa ses affaires d'école tombées un peu partout au sol pour les ranger dans son sac. Les garçons lui étaient tombés dessus si vite, à la sortie de l'école, qu'il n'avait même pas eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait, il n'avait même pas eu le temps d'appeler sa maîtresse alors qu'il l'avait vu passer une dizaine de mètres plus loin. Tremblant un peu, il ramassa aussi son ours en peluche, celui qu'il avait acheté au marché et cousu ensuite lui-même, pour le remettre aussi dans son cartable, bien au fond, ayant peur qu'il soit abîmé, maintenant. Il se leva enfin puis s'aventura un peu au hasard dans les rues du village, n'ayant pas envie de rentrer tout de suite chez la grand-mère qui le gardait pendant que sa grande sœur et Cyprien étaient paris dans le Jura avec les élèves de l'école. Il avait envie de revoir madame Sora, plutôt, pour lui parler de ce qui était arrivé, une fois de plus, mais où la trouver ? L'école était vide, maintenant, il ne savait pas où elle pouvait bien habiter. Elle n'était peut-être même pas au village.

Puisqu'il ne savait pas où aller, il prit la direction du parc, laissant tomber pour le moment son envie d'aller parler à la maîtresse et tout lui raconter. Il pourrait aussi essayer de téléphoner à sa sœur mais... Non... Non, il n'en avait pas du tout envie. Comment confier ce qui arrivait à l'école à elle alors qu'elle esquivait plein de sujets et ne lui parlait presque jamais, sauf pour demander s'il avait bien mangé ou dormi ? Ce n'était pas ça, une vie de famille. Avec maman, il n'avait jamais hésité à tout dire, mais ça, c'était parce qu'il pouvait lui parler de tout. Lorsqu'il entrait dans une pièce où elle était déjà, elle souriait. Lorsqu'il grimpait à côté d'elle sur le canapé sans prévenir pour lui faire un câlin, elle lui en donnait un aussitôt sans se crisper, sursauter ou avoir l'air ennuyée, au contraire de Céleste. Le soir, elle venait d'office avec lui quand il était l'heure de faire les devoirs, alors que sa sœur hésitait toujours, commençant automatiquement par demander "si c'était utile", alors que oui, évidemment que oui, tous les enfants de sa classe travaillaient avec leurs familles. Avec papa et maman, l'ambiance à la maison n'était jamais morose, car papa lui avait expliqué un jour que même s'ils avaient des soucis, Lucas n'avait pas à le savoir et ne devait pas se préoccuper des problèmes des grands. Ici, le petit garçon le voyait bien, des soucis, il y en avait.

Une fois réfugié dans le parc, il se blottit contre un gros buisson et ramena ses jambes contre lui, se balançant légèrement d'avant en arrière. Les larmes revinrent très peu de temps ensuite et il étouffa un petit hoquet, serrant ses bras autour de ses jambes. Il ne comprenait pas pourquoi les autres garçons de l'école l'embêtaient comme ça, il ne leur avait rien fait ! Jamais... Une fois, oui, il avait laissé échapper des étincelles par accident mais il n'avait jamais voulu blesser quelqu'un avec ! Et depuis... Depuis, cette école était devenue un véritable enfer. Il pleurait toujours lorsqu'un petit bruit de pas le fit sursauter. Aussitôt sur les nerfs, la peur le frappant comme un coup de fouet, il était tout prêt à s'enfuir lorsqu'il vit que ce n'était pas un des garçons de l'école mais une dame blonde au regard très doux, qui s'était agenouillée dans l'herbe à côté de lui. Il voulut bafouiller un bonjour puis le mot s'étrangla dans sa gorge. Elle lui tendit tout à coup un mouchoir, avec un petit sourire. Très touché, Lucas le prit doucement et la remercia, d'une petite voix. Comment avait-elle fait pour l'entendre pleurer ? Il y avait plein de gens partout et pas mal de bruit.

Dame – Que t'arrive-t-il, mon grand ? Tu veux m'en parler ? Où est ta maman ?

Lucas – Je n'ai plus de maman et de papa, murmura-t-il.

Simplement dire cela suffit à le refaire fondre en larmes, sans aucun contrôle. Ses parents lui manquaient, de plus en plus cruellement, il avait de plus en plus souvent du mal à penser à autre chose, bien trop de mal à écouter les conseils de tout le monde pour faire son deuil et accepter, tout simplement, qu'ils soient tous les deux partis si loin de lui. Respirant par à coups, il essaya vraiment de se reprendre, de ne plus apparaître simplement comme un gosse trop fragile.

Lucas – Il y a des gens qui m'embêtent à l'école, murmura-t-il d'une voix étranglée. Comment on fait pour ne plus avoir peur ?

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