1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 La musique remplace les mots

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Adeline Brian
Lycéenne
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MessageSujet: La musique remplace les mots   Lun 27 Fév - 9:44

Premier jour d’activité terminée plutôt… bizarrement. Comme beaucoup, Adeline se retourna avec un air très surpris en comprenant que cet homme était en fait le véritable père de Genji. D’accord, ils auraient tous dû s’en douter, ce n’était pas possible qu’un adolescent sorte de nulle part comme ça et vive avec le sous-directeur, il se serait montré bien avant si c’était son fils. Il était notoire, bien avant son arrivée, que le sous-directeur vivait sans épouse ni enfants. Enfin, ce n’était pas ses affaires. La scène était touchante, quand même, voir que son père s’était déplacé depuis le Japon pour venir retrouver son enfant, dès qu’il avait appris pour les problèmes en France, tous les parents n’étaient pas capables de faire ça. Enfin, les parents qui n’avaient aucune idée réelle du rôle, en tout cas. Se détournant, Adeline fit signe à ses copines qu’elle allait se reposer un peu dans le dortoir avant de les rejoindre ce soir pour le dîner, dans le réfectoire. Une journée entière à crapahuter dans la neige et faire du ski, c’était peut-être très bon pour la forme physique et le moral mais ça n’empêchait pas qu’on rentrait avec pour seule envie de plonger la tête dans l’oreiller et de ne plus en sortir avant des heures entières.

Une bonne douche brûlante plus tard, Adeline se hissa dans son lit, enlevant enfin son gros pull – il faisait bien trop chaud dans les dortoirs – et ses chaussures, ainsi que chaussettes. Sans toutes les couches de vêtements, on pouvait déceler un corps fin mais musclé grâce à ses longues heures d’entraînement et ses séances de chaque jour, un corps moins féminin qu’il ne devrait l’être mais beaucoup plus solide que la moyenne des filles de son âge et la plupart des garçons. La lycéenne était plate, ça, c’était un fait, préférant ça qu’avoir les soucis de certaines amies qui devaient régulièrement changer de soutiens-gorges ne grandissant, les leurs les serrant trop. Ça coûtait cher, ces trucs-là ! Comme le maquillage, la multitude de vêtements, les chaussures en quatre couleurs différentes et tous les autres « trucs pour filles », dont elle se passait parfaitement bien. Après tout, ce n’était pas son père qui aurait pu lui apprendre dès l’enfance à se maquiller ou à bien choisir quelle jupe ira bien avec ce corsage blanc. Lorsqu’il l’habillait encore, il se contentait de prendre les premiers vêtements arrivant sur le haut de la pile, dans l’armoire, sans se poser plus de questions.

Allongée à plat ventre sur son lit, la jeune fille jeta un regard à a petite photo posée sur sa table de chevet, qu’elle emmenait partout avec elle. Son père, tout sourire, avec sa mère, tenant un bébé dans leurs bras. Tous deux étaient bien jeunes sur la photo et Adeline ne saurait sans doute même pas reconnaître sa mère aujourd’hui si elle la croisait dans la rue. Bah, ce n’était pas si grave. Elle avait été là, puis elle était partie, elle n’avait finalement jamais fait parti de son existence et son père s’était occupé de l’élever tout seul. Adeline reporta le regard sur le magazine que Sandra lui avait prêté, le feuilletant avec une intention décroissante à mesure qu’elle tournait les pages. C’était si important que ça, de savoir bien agencer la décoration d’une maison ou de choisir la couleur de la nappe ? Il fallait vraiment n’avoir rien d’autre à faire de sa vie pour se prendre la tête sur des détails aussi idiots. Elle lisait une autre page sur la façon de se coiffer et coiffer les autres lorsque Laura entra à son tour dans le dortoir, faisant brièvement lever le regard à Adeline qui lui sourit pour lui dire bonsoir.

L’article suivant, l’interview d’une violoniste, l’intéressa déjà un peu plus. Au moins, la musique, la lycéenne était capable d’en produire, à défaut de savoir chanter et simplement parler. Son père lui avait fait prendre des leçons de piano, lorsqu’elle était petite, autant pour la sensibiliser au monde des notes que pour lui apprendre que d’autres moyens suffisaient lorsqu’on ne possédait pas de mots. Au début, elle avait horreur de ces leçons, les trouvait profondément barbantes et inutiles, puis elle avait eu un nouveau professeur après le déménagement du premier, un vieux professeur à la retraite qui avait su lui donner le goût de l’apprentissage de la musique. Elle en jouait à l’occasion, pour se détendre ou s’amuser, mais ce serait bien aussi de pouvoir jouer avec d’autres. Ou d’apprendre aux autres. Souriante, elle prit son petit carnet sur la table de chevet puis y inscrivit une rapide note. « Dis-moi, est-ce que tu aimes bien la musique ? Comme tu fais partie de la chorale, je me suis demandé si tu en jouais parfois. Si tu sais faire du piano, ce serait sympa de faire un jour un duo, ou bien je peux te l’apprendre. Tu en dis quoi ? ». Une fois fait, elle tapota l’épaule de Laura pour le lui donner, espérant quand même ne pas la déranger avec ça.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: La musique remplace les mots   Sam 4 Mar - 19:36

Amélie – Laura, arrête !

Laura – Mais de quoi ? J’ai rien fait, là !

Amélie se tourna vers elle, l’air accusateur et furieux. Qu’est-ce qu’elle avait encore fait ? Elle se séchait seulement les cheveux ! Comment aurait-elle pu faire quoi que ce soit alors qu’elle avait une serviette en main ? Son amie lança un regard vers la fenêtre du dortoir, fermée, et examina la distance entre cette dernière et Laura avant de lui lancer un regard noir et de se lever pour ramasser ses feuilles éparpillées un peu partout dans le dortoir. Qu’avait-elle encore ? Toute la journée, elle n’avait pas cessé de lui râler dessus pour une raison X ou Y sans que la collégienne ne sache ce qui lui prenait. D’abord, c’était son sac qui avait disparu, ensuite de la neige qu’elle s’était pris en pleine figure, et maintenant ses feuilles alors que Laura était occupée à autre chose. A quoi elle pensait ? Qu’elle avait ouvert et refermé la fenêtre pour refroidir toute la chambre alors qu’il faisait au minimum -10 degrés dehors ? Jamais de la vie ! Elle aimait l’eau, pas le froid, ne pas confondre.

Laura – Est-ce que tu vas te décider à me dire ce qui te prend aujourd’hui, à la fin ? C’est le premier jour où on a enfin pu sortir et profiter de la neige, et toi, tu passes ton temps à râler alors que je ne fais rien du tout !

Amélie – Et mes feuilles, alors, elles ont atterri ici par magie ?!

Laura – Mais je ne sais pas, moi ! Tu vois bien que la fenêtre est fermée et que j’ai une serviette dans les mains !

Les cheveux bouclés parce qu’encore humides, Laura se redressa et força sur la fenêtre pour prouver à son amie qu’elle avait tort et qu’il lui était impossible d’ouvrir la fenêtre depuis l’endroit où elle était. A partir d’un moment, il faut arrêter ! Elle râlait pour quoi, précisément ? Mal dormi ? Fatiguée ? Frustrée ? Furieuse ? Contre qui ? Pour quelle raison se montrer d’aussi mauvaise humeur après une journée telle que celle-ci ? Laura avait adoré les activités, surtout la première montée sur les skis après tout ce temps, ayant toujours l’impression de redécouvrir ce sport. Sentir le vent l’entourer, se sentir glisser, voir des endroits blancs à perte de vue… C’était autre chose que le Pensionnat et cela lui faisait un bien fou. Oui, il faisait froid, c’était à peu près le seul point négatif, mais cela n’était pas suffisant pour entacher leur séjour. Elle n’avait qu’à mettre un pull supplémentaire le lendemain, une écharpe, des gants, et tout l’attirail nécessaire à se protéger contre le vent glacial. Ce que Laura dit d’un ton provocateur à Amélie, la serviette toujours en main.

Amélie – Merci, je sais comment me protéger du froid, ça n’a rien à voir.

Laura – Alors quoi ?! Oh, et puis, tu sais quoi, laisse tomber, dit-elle en s’essuyant énergiquement les cheveux. Je sors, je reviendrai quand tu seras calmée.

Furieuse, Laura fouilla dans sa valise à la recherche d’un pull bien chaud, l’enfilant, puis passa ses mains sous sa chevelure pour faire sortir les cheveux coincés. Elle attrapa un livre au passage et dépassa Amélie sans même lui accorder un regard pour ouvrir la porte sans la moindre précaution. Porte qui provoqua un nouveau courant d’air dans la pièce qui fit voleter les feuilles tout juste rangées de sa chère amie dans le dortoir. Bien fait, elle se calmera peut-être en rangeant, qui sait ? Laura referma tout aussi violemment la porte, s’adossant ensuite au mur pour inspirer un coup et se calmer, ayant franchement marre des sautes d’humeur quotidiennes d’Amélie depuis quelques temps. Elle regarda la couverture du livre qu’elle avait attrapé sans plus d’envie de le lire que cela, sa seule motivation ayant été de sortir avec un prétexte pour prendre l’air devant cette colère injustifiée. Rah, et puis ce pull qui grattait ! Elle avait pourtant fait attention, en faisant ses valises.

Laura – BON, tu te calmes. Tu as passé une bonne journée, ce n’est pas une malheureuse dispute qui va changer les choses.

Décidée, Laura parcourut l’étage à la recherche d’un coin plus tranquille, collant son oreille à aux portes des dortoirs voisins pour en trouver un désert. Celui d’à côté, ainsi que celui d’en face, étaient très animés mais la troisième porte fut la bonne. Elle ouvrit légèrement pour s’assurer d’être tranquille ici et eut l’immense bonheur de ne trouver qu’Adeline dans celui-ci. Parfait, au moins, la copine de son frère ne lui chercherait pas d’ennuis et n’aurait rien à lui reprocher. Elle était gentille, du moins, c’est ce que Laura avait constaté depuis qu’elle avait arrêté de se méfier d’elle. Elle ne cherchait pas à lui enlever son frère ni à le rendre mauvais, ni à lui faire changer ses principes. En tout cas, pas de ce qu’elle avait pu voir. Alors… Entre des amis râleurs et Adeline. Poussant la porte du dortoir, la collégienne lui lança un regard pour s’assurer qu’elle ne dérangeait pas et entra, se grattant encore à cause de son pull. Elle chercha un endroit où s’installer et dénicha un petit fauteuil, comme dans leur dortoir, sur lequel elle s’assit pour lire un peu.

Laura ouvrit le livre qu’elle tenait, ramenant ses genoux contre elle après avoir ôté ses chaussures. Pas la moindre motivation mais elle voulait se calmer, absolument, et retrouver l’état de bien-être dans lequel elle était en sortant de la douche chaude et fumante. Allez, chapitre un, page une. Le plus beau, dans mon terrier, c'est son silence. Le silence… Oui, le silence, en ce moment, c’est ce qui lui manquait le plus. Un terrier… Pourquoi pas. C’était une bonne idée, Kafka avait cerné en une seule phrase ce qui l’attirerait dans la minute si elle en avait un en face d’elle. Il peut se briser d’un seul coup : alors tout sera terminé. J’y dors du doux sommeil de la paix, du désir assouvi, de l’objectif atteint – posséder son chez-soi. Je peux passer des heures à me faufiler dans mes galeries sans rien entendre d’autre que, parfois, le froufroutement d’un petit animal quelconque que je ramène aussitôt au calme entre mes dents, ou le ruissellement de la terre qui m’annonce la nécessité d’une réparation ; pour le reste, le silence règne.

Frissonnant, Laura se frotta les bras, un peu plus mal à l’aise en imaginant tout cela. C’était une idée, oui, mais de là à vivre comme un animal… Qu’est-ce qui l’avait attiré dans ce livre, au juste ? Elle l’avait emprunté à la bibliothèque avant de partir mais, heu, là, très sincèrement… Peut-être le nom de l’auteur. La collégienne en avait souvent entendu parler, sans jamais lire un de ses livres parce qu’il était reconnu comme auteur un peu particulier. Bon… Le début était peut-être seulement un peu complexe ou déstabilisant, voilà tout. Troublée, Laura lut encore quelques lignes, fronçant de plus en plus les sourcils. Le narrateur était un lapin… ? Ou une taupe ? Mais non, vu qu’il « mangeait des animaux ». Ou un homme qui se terre dans des trous comme des lapins et des taupes ? Ou un renard ? Elle sentit, soudain, quelqu’un lui tapoter l’épaule et tourna la tête pour découvrir une Adeline souriante qui s’était levée et qui lui tendait un mot. Oh, elle dérangeait ? Refermant son livre, Laura prit le mot pour le lire.

Dis-moi, est-ce que tu aimes bien la musique ? Comme tu fais partie de la chorale, je me suis demandé si tu en jouais parfois. Si tu sais faire du piano, ce serait sympa de faire un jour un duo, ou bien je peux te l’apprendre. Tu en dis quoi ?

Oh… Jouer ? Avec elle ? L’adolescente leva le regard vers Adeline, étonnée, ouvrant grands les yeux. Elle ne savait pas trop quoi dire, ignorant la passion de son interlocutrice pour la musique. Ou, du moins, si ce n’était pas une passion, elle devait vraiment l’aimer beaucoup. Ce qui s’expliquait avec son mutisme qui l’empêchait de parler… Avec la musique, les mots sont secondaires et on peut s’en passer tout en ayant une conversation bien plus profonde. Etant une fille de Bourgeois, Laura avait dû apprendre le piano lorsqu’elle était toute petite mais avait arrêté depuis qu’elle était entrée au Pensionnat. Mais elle savait jouer ! Elle devait avoir quelques restes, au moins… Souriant à son tour, elle hocha la tête avant de répondre.

Laura – J’adore la musique, ça me paraît être une super idée !, dit-elle d’un ton enjoué. J’ai dû apprendre à jouer du piano quand j’étais toute petite mais j’ai arrêté depuis mon entrée au Pensionnat. Donc je dois avoir des restes mais heu… Sincèrement, je ne sais pas ce que je peux encore faire, je n’ai plus touché à un piano depuis des années.

Laura eut un petit rire, imaginant les fausses notes horribles qu’elle risquait de faire et la tête de son ancien professeur en entendant tout cela. Bah, il était un peu frustré, de toute façon, elle avait sûrement gardé quelque chose de toutes ces heures de cours ! Comment tester ? Il y avait bien un piano au Pensionnat mais attendre une semaine alors qu’elles n’avaient rien d’autre à faire… Minute. Elles étaient dans une station qui accueillait des groupes scolaires, ils avaient sûrement un piano quelque part ! Se levant d’un bond, Laura attrapa le bras d’Adeline en se dirigeant vers la porte du dortoir avant même de lui avoir expliqué ce qu’elle avait en tête, lui disant seulement de lui faire confiance et de la suivre, qu’elle avait une super idée. Son livre ? Bah, peu importe, elle le récupérerait après, personne n’allait le lui voler. Ce n’est qu’arrivée au bas des escaliers, toujours aussi enthousiaste, qu’elle se mit à chercher un piano du regard un peu partout.

Laura – Il y a sûrement un piano dans le coin, il faut qu’on le trouve ! On est dans une station qui accueille des groupes scolaires, ils doivent forcément avoir un piano en réserve. Si on peut le tester, je pourrais essayer de jouer et tu pourras me réapprendre ce que j’ai oublié. Tu m’aides ? On n’a rien de mieux à faire, de toute façon !

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Adeline Brian
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MessageSujet: Re: La musique remplace les mots   Dim 16 Avr - 16:39

Laura – J’adore la musique, ça me paraît être une super idée !, dit-elle d’un ton enjoué. J’ai dû apprendre à jouer du piano quand j’étais toute petite mais j’ai arrêté depuis mon entrée au Pensionnat. Donc je dois avoir des restes mais heu… Sincèrement, je ne sais pas ce que je peux encore faire, je n’ai plus touché à un piano depuis des années.

Adeline en avait un chez elle, à l’appartement de la caserne où elle vivait avec son père, quand elle y revenait durant les vacances. Un très vieux, mais qui fonctionnait encore, mal accordé et légèrement branlant. Elle y jouait dès qu’elle le pouvait, rêvant parfois de pouvoir utiliser un vrai piano à queue, comme ceux qu’on voyait dans les orchestres. Les très grands, noirs, lisses et brillants, du genre ceux où on n’oserait même pas s’asseoir sans porter au minimum des habits bien classes et une paire de talons, pour les femmes. Adeline sourit devant l’enthousiasme de Laura et se leva, remettant rapidement ses chaussures et les attachant d’un geste. Au même instant, Laura se leva à son tour et l’attrapa par le bras, la tirant, ou essayant de la tirer jusqu’à ce que Adeline comprenne qu’elle voulait sortir et suive, en l’écoutant expliquer ce qu’elle voulait faire. Une fois la chambre quittée, elles traversèrent le long couloir, le parquet en bois grinçant un peu à leur passage, descendant ensuite les longs escaliers, eux aussi en bois mais plus solides et bien entretenus. On voyait encore des traces du produit utilisé pour lustrer la rampe. Voir Laura aussi excitée pour si peu de choses que la recherche d’un piano était assez étonnant, pour Adeline, qui avait perdu l’habitude de passer du temps avec des personnes très exubérantes. Jasper aussi était devenu beaucoup plus posé et serein, depuis quelques temps.

Laura – Il y a sûrement un piano dans le coin, il faut qu’on le trouve ! On est dans une station qui accueille des groupes scolaires, ils doivent forcément avoir un piano en réserve. Si on peut le tester, je pourrais essayer de jouer et tu pourras me réapprendre ce que j’ai oublié. Tu m’aides ? On n’a rien de mieux à faire, de toute façon !

Adeline tendit doucement la main et posa l’index et le majeur sur la joue de Laura, glissant un petit peu en un geste très doux, qui signifiait « Du calme, tout ira bien ». Minuscule caresse affectueuse, que son père appliquait sur elle lorsqu’elle était bébé et pleurait dans son berceau. Elle prit ensuite la collégienne par la main pour l’entraîner avec elle, à la recherche de ce fameux piano. La station, loin d’être pleine, était très grande, la lycéenne avait lu quelque part qu’il s’agissait de l’une des toutes premières construites dans la région. Avec la petite brune toute excitée, elle explora les diverses pièces ouvertes au grand public pendant plusieurs minutes avant de finalement trouver ce qu’elles cherchaient. C’était sans doute l’une des salles des fêtes que les clients pouvaient louer. Celle-ci était modeste, destinée à des petites réunions ou goûters d’anniversaire, plutôt qu’à de grands mariages comme l’était la salle d’à côté. Le piano était tel l’un de ceux que la lycéenne imaginait en rêve, ce qui la poussa à l’effleurer du bout des doigts avec révérence, avant de s’asseoir sur le petit banc avec Laura. Un gros livret de répartitions, fermé, avec une couverture de cuir noir, attendait sur le présentoir devant elles.

Une fois ouvert, Adeline parcourut les répartitions du bout des doigts, lisant les notes, les lignes et les mélodies, certaines très connues, d’autres un peu moins. Des comptines, des chansons paillardes, des mélodies traditionnelles, des compositions de grands auteurs, il y avait un peu de tout. La jeune fille s’arrêta sur une chanson qu’elle avait toujours beaucoup aimée, la chanson de la « Rose rouge ». Une belle musique accompagnant une légende qu’on lui avait racontée il y a longtemps. Une musique douce, parfois rapide, triste mais si belle. Elle fit d’abord signe à Laura de faire silence pour l’écouter, mettant un doigt contre sa bouche, puis se concentra, commençant à jouer. Cette musique avait beau être particulièrement compliquée au piano, une fois qu’on savait la manier, elle ne pouvait que sonner magnifiquement. Elle joua durant plusieurs minutes, laissant les notes s’envoler autour d’elle, comme dans un conte merveilleux. S’arrêtant après la première page, elle sourit à Laura, s’aidant de gestes pour demander si elle préférait jouer celle-ci ou une autre.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: La musique remplace les mots   Dim 30 Avr - 13:09

Adeline tendit la main vers Laura et posa deux doigts sur sa joue, les faisant glisser avec un air bienveillant. Qu’est-ce que… Elle était trop impatiente, c’est ça ? Ou alors elle allait trop vite, ou Adeline avait peur, ou elle voulait qu’elle se taise ? C’était possible, après tout, la collégienne avait un peu tendance à réagir vivement lorsqu’elle avait une idée en tête. Ce n’était pas de sa faute ! C’était plus fort qu’elle, comme si quelque chose l’y poussait. Pour une fois qu’elle pouvait faire une autre activité que lire ou courir ou se balader ou… tout cela. Elle avait besoin de changement, voilà tout, de nouvelles activités à défaut de pouvoir s’investir dans la défense des élémentaires. C’était peut-être une « affaire d’adultes » mais Laura maintenait qu’ils avaient aussi un rôle à jouer. Elle détestait l’injustice qu’ils subissaient, c’était horrible à vivre et à voir. Et, pourtant, les adultes continuaient à les écarter de ce qui se passait dans le monde, comme si le simple fait de ne plus leur en parler allait les empêcher de le voir par eux-mêmes. C’était stupide. Et dangereux. Ils l’avaient déjà vécu avec les professeurs qui ne voulaient rien voir, l’année passée…

Laura suivit Adeline qui l’entraînait avec elle dans les différentes salles, essayant les portes ou lisant les panneaux qui indiquaient l’utilité de la salle en question. Il y avait beaucoup de petites salles de fête, en effet, mais aussi des restaurants ou salle de danses. Seulement, aucun piano… Ce qui était très bizarre, en soi, car la collégienne ne comprenait pas comment les gens pouvaient danser sans musique. A moins qu’il n’y ait quelqu’un qui vienne exprès à chaque fois ? La taille changeait aussi d’une pièce à l’autre, certaines étaient immenses et splendides malgré l’absence de personnes, tandis que d’autres étaient sobres et classiques. Partout, il y avait soit du bois, soit du tapis, le mélange entre les deux rappelant étrangement à Laura la maison de ses parents. Frissonnant, elle sentit un courant d’air dans ses cheveux au moment où Adeline trouva ce qu’elles cherchaient après avoir ouvert la porte d’une salle de fête semblable à celle qu’elles venaient de voir mais nettement plus petite et moins somptueuse.

Par contre, il y avait un piano ! Souriant de toutes ses dents, Laura dut réfréner son excitation d’en avoir enfin trouvé un et s’en rapprocha, le détaillant. Il ressemblait beaucoup à celui que ses parents avaient chez eux. Encore. Un piano de bourgeois… Noir, lustré, avec un livre de partitions tel qu’elle en avait déjà vu durant ses cours de piano. Jetant un coup d’œil à Adeline, elle réalisa que son amie avait l’air émerveillée, que ce piano semblait tout droit sorti d’un conte de fées et qu’elle ne devait peut-être n’en avoir jamais touché un comme cela. Ou alors, il y a très longtemps et c’était très rare. Dans des moments tels que ceux-ci, Laura comprenait qu’ils avaient vraiment grandi dans un contexte protégé en apparence mais qui n’en était rien en réalité. Elle se frotta les bras tandis qu’Adeline effleurait les touches du piano comme s’il avait été en cristal, prise d’un nouveau frisson avant de s’asseoir à ses côtés sur le petit siège rembourré en cuir noir.

Adeline parcourut le livret de partitions, semblant réellement connaître le solfège et quelques chansons reprise dans les feuillets là où Laura n’en connaissait aucune. Enfin, si, l’une ou l’autre parce que très vieilles et bourgeoises mais c’était tout. Du reste, toutes avaient l’air aussi inconnues les unes que les autres. Peut-être était-ce à cause de son âge… Adeline avait deux ans de plus qu’elle et n’avait pas du tout grandi dans le même milieu, étant à la caserne, cela devait changer énormément de choses. Elle s’arrêta soudain sur une des chansons du nom de « Rose rouge » qui fit froncer les sourcils à Laura. Là encore, non, aucun souvenir. Elle se contenta donc d’écouter au moment-même où Adeline lui faisait signe de rester silencieuse, lui faisant hocher la tête pour montrer son accord. Pas de problème, elle pouvait rester calme et silencieuse durant plusieurs minutes, voire plusieurs heures, à présent. Elle n’était pas vive à toute heure de la journée et avait des coups de fatigue, elle aussi. Ça lui arrivait, parfois, surtout après de longues journées de cours ennuyantes et harassantes.

Laura se tut, écoutant simplement les notes que jouait Adeline. Elle avait posé les mains sur son pantalon en attendant, regardant les doigts de la lycéenne voler sur les touches du piano lors des passages plus rapides et traîner, passer doucement de l’une à l’autre lorsque la mélodie devenait plus lente et douce. C’était très beau. Laura ne la connaissait pas, ne l’ayant jamais entendue, mais elle devait avouer que c’était une très belle musique. Elle avait sûrement des paroles, non, d’ailleurs ? De quoi parlait-elle précisément ? Quelle était l’histoire derrière ces notes de musique ? Que signifiaient les silences, les pauses, les accélérations ? Il y avait forcément un sens, un message derrière tout cela. Mais lequel… Si Adeline connaissait cette chanson, peut-être pouvait-elle la lui expliquer ? Laura lança un regard à côté d’elles à la recherche d’un crayon et d’un carnet mais n’en vit aucun, ce qui n’était pas étonnant. A moins que la lycéenne n’en garde un constamment sur elle, elle devrait attendre pour avoir des réponses.

Ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes qu’elle arrêta de jouer, la première page apparemment terminée. Adeline se tourna ensuite vers elle en faisant des gestes pour lui parler. Entre le piano et la partition, il ne restait plus grand-chose pour comprendre. Seulement, jouer cette chanson… ? Laura ne la connaissait même pas et elle avait l’air complexe. Elle était sûre ? La collégienne fit une petite moue hésitante, voulant vraiment jouer cette magnifique musique mais n’en connaissant pas la moindre note.

Laura – On peut jouer cette musique-là, oui, mais… Je ne la connais pas du tout, avoua-t-elle avec un sourire d’excuse. Si tu veux qu’on la joue, il faudrait que tu me la montres, petit à petit. Et puis on la fait en entier, avec de plus gros morceaux. Ça pourrait marcher, non ?

Laura attendit l’accord d’Adeline avant de se tourner correctement vers elle pour bien voir ce qu’elle faisait et suivre ses indications. C’était curieux mais le fait qu’elle ne puisse pas parler obligeait la collégienne à se modérer sérieusement et à bien observer ses gestes, autant ce qu’elle montrait que ce qu’elle faisait, comment elle bougeait… En bref, tout ce que Laura devait écouter pour réussir la chanson. Petit à petit, les notes isolées se multiplièrent pour former une véritable mélodie qui s’imprégnait progressivement dans son esprit. A force de l’écouter et de la rejouer, l’adolescente en mémorisait les notes, essayant de se rappeler ce qu’elle avait appris toute petite. Mais Adeline restait une bien meilleure professeure que son ancien prof, elle était souriante, aimait la musique et n’était pas aussi coincée que lui. Si Laura se trompait, elle ne la frappait pas et se montrait patiente.

Et, en effet, les restes étaient vraiment des restes, tout semblait si loin… Malgré tout, elle était sensible aux sons, aux tonalités, aux accélérations ou ralentissements. Elle connaissait toujours le solfège, l’étudiant étudié des années durant sans avoir l’occasion de sauter une leçon avec le « meilleur professeur que ses parents aient trouvé ». Ridicule. Cependant, cet épisode était loin derrière elle aujourd’hui et Laura se concentrait sur les notes qui émanaient du piano. Il y avait des ratés, de fausses notes, mais cela importait peu. Elles jouaient ensemble et, assez vite tout de même, la mélodie de la « Rose rouge » commença à emplir la salle, recouvrant les bruits extérieurs qui pouvaient venir perturber leur amusement. Au bout d’un long moment, dont Laura n’aurait su estimer la longueur comme cela, elles s’arrêtèrent un peu, la première page terminée comme Adeline avait fait pour lui montrer la mélodie. Elle se tourna vers la petite amie de son frère, un grand sourire aux lèvres, et la serra doucement dans ses bras en la remerciant.

Laura – Je suis désolée, je t’ai mal jugée au début et j’ai dû me montrer très froide envers toi…, dit-elle sur un ton d’excuse en la relâchant. J’avais peur que tu ne veuilles du mal à Jasper alors qu’il devait déjà subir énormément à la maison… Mais je vois que tu l’aides beaucoup, je me suis trompée.

Elle lui fit un petit sourire pour s’excuser, regrettant de l’avoir jugée aussi sévèrement. Jasper se confiait à elle, au moins un peu, et n’était pas tout seul grâce à Adeline. Elle le comprenait, apparemment, ce qui devait le convaincre de parler ou de se laisser aller avec elle. Et puis, la peur que Laura avait eu que la lycéenne lui « vole » son frère était stupide aussi. Ce n’était pas le cas puisqu’il était toujours proche d’elle, c’était seulement un concours de circonstance qui faisait qu’ils s’étaient moins parlé… Mais c’est tout. Adeline n’y était pour rien.

Laura – Et je tiens à dire que tu es une professeure géniale, cette mélodie est magnifique, même si je la gâche un petit peu avec mes fausses notes. Est-ce que tu pourras me raconter l’histoire, un jour ? Tu me montres la suite, ou une autre que tu aimes bien ?

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Adeline Brian
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MessageSujet: Re: La musique remplace les mots   Lun 10 Juil - 11:58

Laura – On peut jouer cette musique-là, oui, mais… Je ne la connais pas du tout, avoua-t-elle avec un sourire d’excuse. Si tu veux qu’on la joue, il faudrait que tu me la montres, petit à petit. Et puis on la fait en entier, avec de plus gros morceaux. Ça pourrait marcher, non ?

D’accord, elles pouvaient procéder ainsi. Se remettant en place, après avoir attaché ses longs cheveux, lui descendant presque en bas des reins, Adeline reposa doucement les doigts sur le piano et les deux pieds sur les pédales. Avec la petite sœur de Jasper, elle reprit le chant, les notes, lui montrant puis répétant, emplissant bien vite la salle entière de musique. La lycéenne en pouvait guère parler mais elle disposait d’une mémoire très vive qu’elle entraînait tous les jours et retenait donc bien vite ce qu’elle désirait, comme les notes d’une chanson ou les gestes à faire pour s’exprimer. Elle finit par jouer les yeux fermés, la majorité du temps, se repérant grâce au toucher léger sur les différentes touches et écoutant le rythme de la chanson, à la fois rapide et profonde, tel un ancien chant religieux. Croyante, sans être forcément pratiquante, la jeune fille restait cependant très touchée par la beauté de tous ces chants, dont beaucoup venaient du fond des âges. L’humanité avait su produire des chansons magnifiques, qu’importe leur thème, il ne fallait guère les oublier, pas plus que les chants « païens ». A la fin de la première page, les notes s’éteignirent avec une certaine douceur, laissant le calme revenir dans la salle. Laura se tourna tout à coup et vint lui faire un câlin, surprenant Adeline qui lui tapota un peu l’épaule avec un temps de retard, essayant aussi de comprendre pourquoi elle la remerciait. Elle n’avait rien fait de particulier, après tout.

Laura – Je suis désolée, je t’ai mal jugée au début et j’ai dû me montrer très froide envers toi…, dit-elle sur un ton d’excuse en la relâchant. J’avais peur que tu ne veuilles du mal à Jasper alors qu’il devait déjà subir énormément à la maison… Mais je vois que tu l’aides beaucoup, je me suis trompée.

Du mal à… Jasper ? Pourquoi ? D’où avait-elle tenu l’idée ? Adeline cligna un peu des yeux, complètement perdue cette fois-ci. Pourquoi aurait-elle pu vouloir du mal à Jasper, exactement ? C’était quoi, cette idée, d’où ça sortait ? Il y a des jours où elle vaiat décidément du mal à suivre Laura… A vrai dire, même si elle était effectivement distante auparavant, Adeline n’y avait jamais prêté plus attention que ça. Pour elle, c’était normal, elles avaient un peu plus de deux ans de différence et on n’a pas forcément envie de fréquenter les amis, les copains ou les petites amies de ses frères et sœurs. Ses propres amies ne traînaient pas non plus avec les amis et les copines de leurs frères, pour celles qui en avaient. Enfin, après tout, puisqu’elle ne pensait plus ça aujourd’hui, ça n’avait pas grande importance. Elle lui expliquera peut-être un jour, par elle-même, d’où lui était venu ce genre d’idées, non ? Si explication rationnelle il y avait à la base… Après tout, c’était peut-être un simple « Une fille s’approche de mon grand frère et je n’aime pas ça », ça arrivait régulièrement dans les fratries.

Laura – Et je tiens à dire que tu es une professeure géniale, cette mélodie est magnifique, même si je la gâche un petit peu avec mes fausses notes. Est-ce que tu pourras me raconter l’histoire, un jour ? Tu me montres la suite, ou une autre que tu aimes bien ?

La jeune fille passa doucement un doigt sur ses lèvres puis descendit un peu sur sa gorge pour lui rappeler que « raconter » une histoire n’était pas possible si la personne en face ne comprenait pas la langue des signes et Laura ne l’avait jamais apprise. Soit elle la lira seule, soit elle se la fera raconter par une autre personne, mais dans l’état actuel des choses, Adeline ne remplira pas le rôle. A la place, elle se remit au piano et commença une mélodie, une légende Irlandaise qu’elle connaissait par cœur et qu’elle adorait, malgré qu’elle soit très triste. L’histoire d’un jeune homme dans la forêt, trouvant une jeune fille dans un saule, une fée aux très long cheveux roux et bruns, aux yeux verts comme des émeraudes. Elle refusa par deux fois de suivre l’homme et devenir sa femme, alors il crut qu’elle était piégée par son saule et l’abattit. Il la força à la suivre au-dehors de la forêt mais la fée ne pouvait survivre sans le saule et mourut dès l’orée des bois. La légende durait six bonnes minutes, lorsqu’on la jouait ou la chantait, même sans les paroles, il était aisé de se laisser porter par la mélodie.

Une fois la chanson terminée, Adeline prit son crayon et le petit bloc-notes qu’elle portait éternellement avec elle et traça quelques dessins et mots pour expliquer l’histoire à Laura, en plus des gestes, pour qu’elle comprenne au mieux, puis l’invita maintenant à la jouer au piano. Elle pouvait aussi chanter, si le plaisir lui en venait.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: La musique remplace les mots   Jeu 17 Aoû - 12:03

Adeline lui rappela qu’elle ne pouvait pas parler, passant un doigt sur ses lèvres avant de descendre jusqu’à sa gorge après la question de Laura. Mais parler n’était pas nécessaire, elle pouvait écrire, aussi, même si l’histoire était longue. Non ? Elle-même adorait la lecture, ce n’était pas une page ou deux de plus qui risquaient de la décourager, loin de là. Alors, elle pouvait la raconter, non ? Adeline devait sûrement discuter avec ses amis par écrit, tous ne parlaient pas la langue des signes, c’était certain. Ou alors, tous avaient fait l’effort de l’apprendre, ou la comprenaient sans trop de problème… Avait-elle seulement beaucoup d’amis, ici ? Laura avait bien vu que la différence effrayait toujours les autres, ce qui était encore plus désolant au Pensionnat vu qu’ils étaient tous « différents », en soi. Alors, devoir parler avec une adolescente qui ne peut pas parler, justement, peut-être cela rebutait-il certains.

La collégienne tourna la tête vers Adeline, l’observant sans rien dire alors qu’elle se remettait au piano pour jouer une nouvelle mélodie. Elle était désolée, vraiment, jamais elle n’aurait dû la juger aussi vite et de manière aussi stupide alors qu’Adeline semblait être très douce et gentille, une personne de confiance à n’en pas douter. Sans oublier que son incapacité à parler lui avait sûrement permis de plus écouter les autres, d’être plus patiente et peut-être plus optimiste qu’eux. Laura suivit des yeux les gestes de la lycéenne sur le piano, ses doigts parcourant un peu trop vite les touches pour qu’elle-même puisse les mémoriser, préférant l’écouter pour s’imprégner de la mélodie avant tout. L’absence de paroles l’incitait à se focaliser sur les notes, le rythme, les accélérations ou temps plus calmes, les répétitions…

La chanson, si c’en était une, semblait très triste, tout droit tirée des pays plus nordiques, celtiques peut-être. En tout cas, jamais elle ne l’avait entendue. Une histoire l’accompagnait et, même si Laura ne l’entendait pas et ignorait ce qu’elle racontait, elle imaginait une histoire d’amour ou une rencontre dans un endroit ravagé. Peut-être une petite fille qui avait perdu ses parents, qui cherchait à les retrouver… Ou un amour impossible comme Roméo et Juliette mais version celtique. Ou encore un dialogue sourd, que l’autre personne n’écoutait pas. Avec cette simple mélodie. Lorsqu’Adeline joua plus vite, Laura redressa la tête vers elle, rouvrant les yeux pour la regarder, l’observer vivre pleinement ce qu’elle jouait. La musique lui permettait de vivre sans se poser de question, de ne faire qu’écouter… Comment faisait-elle pour arriver à ce détachement ? Elle-même y arrivait avec la lecture, mais elle avait besoin d’un support, de mots. Là où la musique semblait se suffire à elle-même.

Adeline joua pendant un long moment, Laura se contentant d’écouter le mieux possible la mélodie, d’imaginer l’histoire qu’elle inspirait sans chercher à forcer la compréhension, souhaitant écouter. Ecouter et rien d’autre. La mélodie finit par s’atténuer, presque naturellement pour elle, avant qu’Adeline ne tire un crayon et un bloc-notes sur lequel elle écrivit pendant un moment, traçant dessins et mots au fur et à mesure qu’elle expliquait l’histoire à Laura en agrémentant son récit de gestes. D’après ce qu’elle put comprendre, il s’agissait d’un homme qui avait trouvé une femme, une fée d’après les dessins, au sein d’une forêt. Il voulait qu’elle le suive et devienne sa femme mais elle refusa deux fois, lui faisant croire qu’elle était piégée par ces refus. Il détruisit l’arbre, l’obligeant à quitter la forêt… et la précipitant vers sa mort en même temps. Cette histoire était très triste et symbolisait ce à quoi Laura pensait en voyant Adeline jouer : faute de bonne écoute, à force de se précipiter dans l’interprétation de ce que l’œil voit ou croit voir, des erreurs ne peuvent être évitées. Ce n’est qu’après avoir terminé le récit qu’elle lui fit des gestes, l’incitant à jouer à son tour. Heu… Elle ? Cette chanson ? Laura plaça ses mains devant elle, n’étant pas confiante du tout cette fois-ci.

Laura – Je l’ai écoutée mais je ne la comprends pas comme toi…, avoua-t-elle d’une voix gênée. Pas au même point que toi, je veux dire. On peut la jouer ensemble, par contre, si tu veux ? Comme ça, tu me guides.

Laura sourit à Adeline, s’installant un peu mieux pour suivre ses gestes comme elle ne pouvait connaître toute la musique après l’avoir écoutée une seule fois. Elle se laissa donc guider, gardant un sourire aux lèvres et corrigeant ses gestes lorsqu’il le fallait tandis que la mélodie envahissait la pièce. Elle pouvait chanter, oui, mais sans connaître les paroles et sans comprendre la chanson ou l’histoire avec la même intensité que la lycéenne, elle préférait vraiment éviter. Pour ne pas l’entacher, en diminuer l’effet ou la beauté avec des paroles qui ne correspondraient pas à la vraie nature de l’histoire. Dit comme cela, c’était bizarre, mais découvrir par la mélodie avant les paroles accentuait les émotions, prenait vraiment au cœur sans que l’on n’ose influencer l’histoire par la suite – ce que Laura était incapable d’expliquer. Elles jouèrent pendant cinq bonnes minutes, la collégienne laissant la fin de l’histoire à Adeline qui maîtrisait mieux les couplets plus lents qu’elle, sans doute à cause de sa personnalité et de sa patience. Lorsque la dernière note retentit dans toute la salle, elle-même laissa un court silence s’installer, souriant, avant d’avoir une idée. Une chanson lui était revenue, ou du moins la mélodie, en entendant Adeline jouer.

Laura – Tu connais le conte de la petite fille aux allumettes, d’Andersen ? Je ne sais pas si tu connais cette version… Je m’en suis rappelé en t’écoutant.

La version n’était pas officielle, Laura l’ayant découverte par le plus grand des hasards en écoutant d’autres personnes la jouer, pendant l’une de ses nombreuses fugues à Paris. Elle revenait souvent aux mêmes endroits, ce qui expliquait que ses parents l’aient rattrapée un jour, mais cette chanson l’avait touchée et elle avait simplement demandé à la personne ce qu’elle jouait. Avant de se faire traiter d’espionne et de petite enfant impolie, mais c’était un détail. Laura ferma les yeux, essayant de se concentrer sur les notes et l’histoire qu’elle avait lue tant de fois sans pouvoir expliquer pourquoi ce conte était un de ses préférés. Petit à petit, la mélodie s’éleva dans la pièce, d’abord timide puis plus forte à mesure que la collégienne prenait confiance en elle. Elle ne l’avait plus jouée depuis des années… Et, en dehors de certaines fausses notes, elle pensait ne pas trop mal s’en sortir.

Cette petite fille devant absolument vendre les allumettes pour pouvoir rentrer chez elle, sans se faire frapper par son père, et finissant par mourir de froid après avoir rêvé toute la nuit grâce à ses allumettes le soir de Noël. Durant ses nombreux rêves, à chaque fois alimentés d’une allumette brûlée, la petite fille pouvait voir ce qu’elle désirait le plus : un repas, sa grand-mère, de la chaleur, du bonheur… La mélodie en elle-même était assez courte mais Laura y ménageait des pauses plus ou moins longues, ralentissant les notes au début pour les accélérer lorsque la petite fille rêvait. Au petit matin, au moment de la découverte de la petite gelée après cette nuit passée dans la neige, elle ralentit le rythme de la musique comme s’il s’agissait d’un moment destiné à un hommage. Cette histoire lui parlait, la touchait beaucoup, même si elle en ignorait la raison, au fond. Lorsqu’elle fut terminée, Laura tourna la tête vers Adeline pour le lui avouer avec un petit sourire.

Laura – Merci… Cette mélodie serait restée oubliée encore de nombreuses années, sans toi. Tu veux essayer de la jouer à ton tour ? Sauf si tu veux faire autre chose.

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Adeline Brian
Lycéenne
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MessageSujet: Re: La musique remplace les mots   Ven 6 Oct - 9:45

Laura – Je l’ai écoutée mais je ne la comprends pas comme toi…, avoua-t-elle d’une voix gênée. Pas au même point que toi, je veux dire. On peut la jouer ensemble, par contre, si tu veux ? Comme ça, tu me guides.

Si elle voulait, ce n’était pas un problème. Adeline prit d’abord le temps d’écrire les paroles des couplets et le plus important sur son carnet, puis se remit au piano, après avoir posé ses notes près de Laura, pour qu’elle puisse suivre l’histoire. Ses doigts volèrent à nouveau sur le piano, tout d’abord lentement, puis prenant le rythme de l’histoire. Ses lèvres remuaient doucement, alors qu’elle jouait les yeux fermés, chantant sans voix les paroles de la chanson, tout lui venant en tête sans effort. Elle connaissait si bien cette histoire car elle était l’une des premières que son père avait mené pour elle au piano, lorsqu’elle était toute petite. A mesure qu’elle jouait, elle voyait l’histoire défiler dans son esprit, voyant le garçon marcher dans la forêt, voir la douce fée aux cheveux de flamme et aux yeux de flammes, dans son arbre, refusant de le suivre hors de la forêt. Un non était un non, voilà quelle était la morale de cette histoire, une femme peut décider avec qui elle se mariera et la façon dont elle vivra, au même titre qu’un homme. Les paroles auraient presque pu filtrer réellement dans la pièce, tant elles emplissaient son esprit.

« A young man walked through the forest
with his quiver and hunting bow
He heard a young girl singing
and followed the sound below
There he found the maiden
who lives in the willow

He called to her as she listened
from a ring of toadstools red
'Come with me my maiden
come from thy willow bed'

She looked at him serenely
and only shook her head.

'See me now, a ray of light in the moondance
See me now, I cannot leave this place
Hear me now, a strain of song in the forest
Don't ask me, to follow where you lead'


A young man walked through the forest
with a flower and coat of green
His love had hair like fire
her eyes an emerald sheen
She wrapped herself in beauty
so young and so serene

He stood there under the willow
and he gave her the yellow bloom
'Girl my heart you've captured
oh I would be your groom'

She said she'd wed him never
not near, nor far, nor soon

'See me now, a ray of light in the moondance
See me now, I cannot leave this place
Hear me now, a strain of song in the forest
Don't ask me, to follow where you lead'


A young man walked through the forest
with an axe sharp as a knife
'I'll take the green-eyed fairy
and she shall be my wife
With her I'll raise my children
with her I'll live my life'


The maiden wept when she heard him
when he said he'd set her free
He took his axe and used it
to bring down her ancient tree
'Now your willow's fallen
now you belong to me'


'See me now, a ray of light in the moondance
See me now, I cannot leave this place
Hear me now, a strain of song in the forest
Don't ask me, to follow where you lead'


She followed him out the forest, and collapsed upon the
earth
Her feet had walked but a distance, from the green land of
her birth She faded into a flower, that would bloom for one
bright eve
He could not take from the forest, what was never meant to
leave »

La chanson se déroula sur de longues minutes, puis sur le dernier couplet, Laura lui laissa entièrement les commandes, comme si elle craignait de se tromper. Adeline en s’en formalisa pas, ralentissant le rythme pour la fin bien triste de la légende, lorsque la fée du Saule était forcée de quitter la forêt et mourrait, finalement, ne pouvant survivre sans son saule et sans la forêt. Elle tombait au sol et là où son corps disparu, une magnifique rose blanche poussa, aussi pure que la lumière de la lune qu’elle avait tant admiré autrefois. La dernière touche résonna avec douceur dans la pièce, avant qu’un petit silence ne prenne le relais. Adeline aurait vraiment trouvé dommage que Laura n’entende jamais cette histoire, il y avait bon nombre de légendes qui méritaient d’être écoutées et comprises, pourvues de morales solides.

Laura – Tu connais le conte de la petite fille aux allumettes, d’Andersen ? Je ne sais pas si tu connais cette version… Je m’en suis rappelé en t’écoutant.

La lycéenne hocha la tête avec un petit sourire, en se poussant sur le banc pour faire plus de place à Laura. Bien entendu, cette histoire, qu’elle soit lue, chantée ou contée lors des veillés, était un des plus grands classiques ayant bercé leurs enfances, tout le monde connaissait ces contes et la plupart étaient même étudiés à l’école primaire. Laura se lança, tout d’abord très hésitante avant de prendre peu à peu confiance en elle et de gagner la bonne mesure. Adeline sourit un peu en voyant son air très concentré, tranquillement assise à côté d’elle en écoutant la musique, les deux mains posées sur les genoux. La mélodie était assez longue, les notes plus profondes et lentes retraçant les durs moments de la vie de la fillette puis les rares moments de bonheur qu’elle avait possédé en rêvant, au feu léger des allumettes. Bien que ce soit très triste, l’histoire était belle, beaucoup de personnes en avaient fournies des adaptations en musiques, dont celle-ci, utilisée pour la première fois lors d’un petit festival présentant les contes anciens. Laura se débrouillait bien, une fois la mélodie lui revenant en tête, les fausses notes n’étaient pas si nombreuses. C’était cela qu’il y avait de merveilleux, avec la musique, ce n’était pas la peine de comprendre les paroles d’une chanson pour être capable de l’apprécier, peu importe la nationalité, les goûts ou elles ne savaient quoi.

Laura – Merci… Cette mélodie serait restée oubliée encore de nombreuses années, sans toi. Tu veux essayer de la jouer à ton tour ? Sauf si tu veux faire autre chose.

Adeline réfléchit un instant, pensive. Il y avait tant de chansons qu’elle voudrait faire découvrir aux autres, que ce soit au piano, au violon, à la harpe ou encore avec d’autres instruments. Il y en avait bien une… La jeune fille reprit son carnet, mordilla un peu son crayon, puis inscrit pour Laura : « Il y a une chanson Japonaise très belle, que mon père m’a apprise. Cela parle d’une personne quittant ce monde et disant adieu. Là-bas, ils ne voient pas du tout la mort de la même façon que nous et je trouve cette chanson très belle et encourageante, malgré son thème. Je vais t’écrire les paroles et ce que ça veut dire, pour que tu puisses suivre. » Elle s’attela aussitôt à la tache, après avoir prit une nouvelle feuille et réfléchit un instant pour bien tout se remémorer. La première fois qu’elle l’avait entendu, c’était dans son lit, avec sa nourrice, elle en avait été touchée même sans comprendre les paroles. Puis, quelques années plus tard, son père avait appris cette petite anecdote par hasard et la lui avait apprise, prenant même le soin pour elle de l’apprendre en Japonais et de lui faire traduire les paroles. C’était aussi pour des moments comme ceux-là qu’Adeline trouvait son père très attentif. Dès qu’elle eut fini, elle donna le papier à Laura puis se mit au piano, débutant la chanson.

« Yonde iru mune no dokoka oku de
Elle m'appelle, cette voix, tout au fond de mon cœur

Itsumo kokoro. odoru yume wo mitai
Je voudrais ne rêver que de rêves qui m'exaltent

Kanashimi wa kazoekirenai keredo
J'ai traversé des océans de tristesse

Sono mukô de kitto anata ni aeru
Mais je sais que sur l'autre rive, je te rencontrerai sûrement

Kuri. kaesu ayamachi no sono tabi hito wa
Je suis ce voyageur qui répète les mêmes erreurs

Tada aoi sora no aosa wo shiru
Mais qui connaît le bleu du ciel pour l'avoir exploré à chaque chute

Hateshinaku michi wa tsuzuite mieru keredo
Le chemin semble long et interminable, mais je peux, de ces deux bras, étreindre la lumière

Kono ryôte wa hikari wo idakeru
Mon cœur cesse de battre quand je te dis adieu

Sayônara no toki no shizuka na mune
Mon corps vide et silencieux tend l'oreille vers le monde

Zero ni naru karada ga imi wo sumaseru
Le merveilleux de la vie, le merveilleux de la mort

Ikite iru fushigi shinde yuku fushigi
Les fleurs, le vent et les villes

Hana mo kaze mo machi mo minna onaji
Participent du même merveilleux

Yonde iru mune no dokoka oku de
Elle m'appelle, cette voix tout au fond de mon cœur

Itsumo nando demo yume wo egakô
Rêvons toujours les mêmes rêves aimés

Kanashimi no kazu wo ii. tsukusu yori
Plutôt que d'énumérer la ritournelle des malheurs

Onaji kuchi biru de sotto utaô
Servons-nous des mêmes lèvres pour chanter joyeusement

Tojite yuku omoide no sono naka ni itsumo
Cette voix enfermée dans chaque souvenir

Wasuretakunai sasayaki wo kiku
Continuons d'en écouter et d'en garder précieusement le chuchotement

Konagona ni kudakareta kane no ue ni mo
Au-dessus du miroir brisé en mille morceaux

Atarashii keishiki ga utsusareru
Des milliers de nouveaux paysages sont maintenant reflétés

Hajimari no asa no shizuka na mado
A travers la fenêtre paisible du premier matin

Zero ni naru karada mitasarete yuke
Mon corps vide et silencieux va s'emplir d'une vie nouvelle

Umi no kanata ni wa mô sagasanai
Plus besoin de chercher au-delà des mers

Kagayaku mono wa itsumo koko ni
L'étincelle du bonheur est là, près de moi

Watashi no naka ni mitsukerareta kara
Je l'ai enfin trouvée, elle est au fond de moi »

Tout le long, la mélodie restait très légère, douce, joyeuse malgré tout, car ce départ était le début d’une nouvelle vie. Adeline jouait les yeux fermés, cette fois-ci, plus pour mieux se concentrer que parce qu’il lui était vraiment vital de le faire, comme certains pianistes en avaient besoin comme ils respiraient. Lorsque la dernière note sonna, Adeline émit un très léger soupir puis étira ses poignets et ses doigts, à moitié tournée vers Laura. Des chants comme celui-ci, il y en avaient des milliers, à travers le monde. Elle reprit le papier et son crayon, avant de lui tendre un autre message : « Tu pourrais demander à votre père adoptif de ta la chanter, un jour. Mon père l’a fait pour moi, ce sont des moments précieux. »

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