Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Un grand besoin d'affection

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Un grand besoin d'affection   Dim 8 Jan - 18:28

Bien, quel était le parfait imbécile, sur toutes les personnes passant dans le coin, qui avait eu l'excellente idée de laisser ce torchon de journal à la portée de tous ?! Auguste le jeta dans le premier petit feu pour brûler des débris qu'il trouva et poursuivit son chemin, interrogeant tous ceux qu'il croisait pour savoir si quelqu'un savait par où était partie sa future femme. Frédéric venait juste de le prévenir qu'il l'avait vu lire ce *** de journal avant de partir, à moitié en pleurant. Auguste se pencha pour passer sous un échafaudage qui venait d'être monté puis continua en escaladant un petit tas de gravas laissé devant une autre porte. Réfléchissons, à la place de Gaby, où aurait-il filé pour avoir un peu de calme et de tranquillité ? Pas dans le parc, en  tout cas, il y avait trop de personnes à filer en tous sens pour les travaux ou débroussailler pour découvrir les petits sentiers un peu partout. Le rouquin porta un long regard aux alentours, cherchant plutôt un endroit l'écart de l'agitation, où personne ne se rendait pour le moment. S'écartant pour laisser passer deux hommes lourdement chargés, il se rendit vers ce qui sera à l'avenir l'aile administrative, encore dépourvue de travaux.

Au bout d'un long moment à errer dans cette aile du monastère en fouillant tous les recoins, il finit enfin par trouver sa fiancée, seule dans une pièce vide, si ce n'est quelques vieux meubles couverts de poussière dans un coin. Debout et appuyée contre le mur de pierre, le visage couvert de quelques larmes, pâle comme la mort elle-même. Auguste referma la porte en bois derrière lui puis alla aussitôt près d'elle, la prenant dans ses bras pour la serrer contre lui avec force. Là, là, tout va bien... Il resserra encore un peu son emprise en lui chuchotant que tout ira bien, elle était loin d'être seule, elle pouvait se reposer sur lui comme sur tous ses alliés. Auguste redevint silencieux ensuite, se contentant d'abord de prendre son temps pour la bercer avec douceur, lui frottant le dos, les yeux fermés. Ici, ils étaient au calme, du moins, tant qu'aucun travaux n'aura débuté dans ce coin-là. Elle murmura quelque chose d'incompréhensible, puis pleura encore plus fort, tout à coup, s'accrochant à lui comme si sa vie en dépendait. Oh là... Auguste la poussa doucement à s'asseoir avec lui par terre, s'installant dos au mur en tailleur, puis l'asseyant sur lui, dans le creux de ses jambes.

Auguste – Ce n'est pas un échec, ni la fin de tout, déclara-t-il fermement. C'est un renouveau ! Ici, les enfants auront enfin ce que tu souhaites pour eux depuis des mois, la stabilité, la sécurité, une vie en paix. Dès que tout sera prêt, tu verras, la vie reviendra à la normale. Tu pourras à nouveau tenir les jumeaux dans tes bras et les embrasser. Et notre troisième enfant verra le jour dans un environnement serein, bien au chaud.

Il la tint tout contre lui d'un bras et posa son autre main sur le petit ventre un peu gonflé de sa fiancée, le caressant avec lenteur. Le tout petit bout qu'il y avait là-dedans sera sans doute aussi solide que sa maman, c'était sûr et certain, comment cela pourrait-il en être autrement avec une maman si courageuse ? Il sourit tout à coup et lui fait redresser la tête pour l'embrasser longuement, si passionnément qu'il dû sûrement lui en couper un instant le souffle.

Auguste – As-tu vu toutes ces personnes, dehors ? Tu es devenue l'une des têtes du mouvement de résistance des élémentaires et de toutes les personnes avides de liberté, ça ne représente pas rien. Donc sourit, ma belle. Sourit parce que tu peux être fière de tout ce que tu as fait jusqu'ici et fière de voir que tant de personnes sont prêtes à te suivre. Fais-moi juste ça, un sourire.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Un grand besoin d'affection   Ven 3 Fév - 14:56

Ce n’était sans doute qu’un coup de fatigue ou… Autre chose… Elle ne savait plus. Gabriella s’était réfugiée dans le premier coin tranquille qu’elle avait trouvé pour souffler un peu et se remettre, respirant lentement et profondément, autant que possible du moins. Elle s’était appuyée contre le mur, quelques larmes coulant sur son visage sans qu’elle ne puisse les empêcher. Ce n’était pas la simple lecture du journal qui l’avait troublée, plutôt un mélange de tout, une accumulation, un ras-le-bol généralisé qui la rendait presque malade. Des mois de tensions, de coups durs, de blessures, pour en arriver à ça ! Être poursuivie comme une criminelle et en avoir entraîné d’autres avec elle. Voir les élémentaires pointés du doigt comme des êtres inférieurs et dangereux, voir l’émergence d’une dictature avançant sous le couvert d’une démocratie stricte et portée par la voix du peuple. La fuite obligée, laisser ses enfants derrière elle, espérer que ses collègues et élèves se portent bien, résister avec ceux qui étaient venus la rejoindre, ainsi que d’autres élémentaires, des déserteurs de l’armée. Des collègues qui continuaient de la suivre malgré tout, alors qu’ils risquaient gros.

Ça non plus, elle ne comprenait toujours pas. Pourquoi ses collègues du pensionnat étaient venus la rejoindre jusqu’ici, pourquoi tant de militaires avaient choisi la désertion, la fuite, se séparer de leurs familles et amis pour venir se réfugier ici et œuvrer librement sans plus y être contraints par la hiérarchie, les grades, les ordres. Pourquoi tant d’élémentaires avaient eux aussi décidé de prendre le Maquis et de s’engager dans une lutte dont personne ne pouvait prédire ni la fin, ni les conséquences. Beaucoup pouvaient être blessés, voire tués. Inspirant profondément, Gaby releva un peu la tête pour regarder par la fenêtre à la vitre à moitié brisée, observant un moment une partie du cloître et les personnes y passant, portant des poutres, des sacs, poussant des brouettes lourdement chargées. Bien sûr, elle voulait ardemment monter un véritable réseau de résistance contre la dictature, mais n’avait en revanche pas cru que tant de personnes répondraient à l’appel. Que ça allait vraiment fonctionner, qu’il y en avait vraiment tant qui, dans ce pays, étaient prêts à se battre pour leur liberté.

La peur d’échouer venait se mêler au stress d’être tout à coup l’une des responsables d’un projet d’une aussi grande envergure. C’était le pays entier qu’il fallait toucher, lancer des armures dans toutes les régions, engager des personnes, continuer de former et sensibiliser les élémentaires, organiser la logistique et le fonctionnement du réseau, nommer des responsables pour chaque section et secteur, des personnes pour surveiller et espionner. Plongée en pleine réflexion et une légère crise d’angoisse, elle sursauta à moitié lorsque la porte de la pièce s’ouvrit à la volée, laissant entrer Auguste. Il referma aussitôt la porte derrière lui puis fut sur elle en deux enjambées, l’entourant de ses bras avant de la serrer contre lui avec une certaine force. Elle lâcha un petit soupir fatigué, se laissant faire pour une fois, l’écoutant juste lui assurer que tout ira bien, qu’elle pouvait se reposer sur lui et ses alliés, qu’elle n’était pas seule. Gaby eut une sorte de spasme, mêlé à de violents tremblements, puis répondit dans un murmure étranglé que ça faisait trop d’un seul coup, fondant encore plus en larmes, s’accrochant à lui du bout des doigts. Son fiancé lui frotta le dos puis la fit asseoir contre lui à même le sol, sans la relâcher. Désolée… Elle était désolée de craquer comme ça, c’était juste… un peu de fatigue. Un peu de tension nerveuse, aussi, peut-être.

Auguste – Ce n'est pas un échec, ni la fin de tout, déclara-t-il fermement. C'est un renouveau ! Ici, les enfants auront enfin ce que tu souhaites pour eux depuis des mois, la stabilité, la sécurité, une vie en paix. Dès que tout sera prêt, tu verras, la vie reviendra à la normale. Tu pourras à nouveau tenir les jumeaux dans tes bras et les embrasser. Et notre troisième enfant verra le jour dans un environnement serein, bien au chaud.

C’était horrible à avouer, d’accord, enfin… Gabriella avait une très forte tendance, ces derniers jours, à complètement oublier qu’elle était enceinte. Pas encore assez grosse et donc gênée dans ses mouvements, elle n’y pensait plus, trop obnubilée par tout ce qui arrivait autour d’eux en ce moment, son propre état physique devenait secondaire. Elle baissa la tête sur son ventre lorsque Auguste y mit la main et massa un peu, clignant des yeux trois fois de suite en s’efforçant de réaliser que oui, elle attendait un enfant, de lui, qu’elle était bien enceinte de… Un mois… Deux… Ou trois ? Elle n’en avait plus aucune idée. Deux mois sans doute, ou un peu plus, étant donné son état. Un peu perdue, elle eut un petit frisson, juste au moment où Auguste lui fit relever la tête et fondit sur elle pour l’embrasser passionnément, à pleine bouche, lui arrachant un petit hoquet de surprise. Gaby ferma les yeux et passa un bras autour du cou de son fiancé, autant pour le garder contre elle que pour ne pas tomber à la renverse, même s’il la tenait dans ses bras, manquant t un instant de souffle et n’ayant qu’une seconde pour se reprendre. Lorsqu’il se redressa un peu, elle reprit son souffle, les joues plus rouges mais ne pleurant plus.

Auguste – As-tu vu toutes ces personnes, dehors ? Tu es devenue l'une des têtes du mouvement de résistance des élémentaires et de toutes les personnes avides de liberté, ça ne représente pas rien. Donc sourit, ma belle. Sourit parce que tu peux être fière de tout ce que tu as fait jusqu'ici et fière de voir que tant de personnes sont prêtes à te suivre. Fais-moi juste ça, un sourire.

Elle essaya, sincèrement, mais ça devait sans doute plus ressembler à une grimace qu’autre chose. Oui, justement, elle avait vu toutes ces personnes, dehors, c’était bien pour cela qu’elle avait angoissé et paniqué ! Elle en savait pas sil fallait en être fier… Être fier d’entraîner les gens dans la guerre ? Ce n’était pas pas une fierté et c‘est ce qu’elle répondit à Auguste en se redressant un peu pour bien se blottir contre lui. C’était tout sauf une fierté ! Ça pouvait être une nécessité, mais pas une fierté.

Gabriella – Je ne croyais pas que tant de personnes répondraient à notre appel, tu sais, soupira-t-elle en posant sa tête contre son épaule. Qu’il y en auraient tant qui accepteraient autant de sacrifice. C’est… Je trouve ça beau et angoissant, j’ai peur d’échouer et de décevoir ceux qui ont confiance en cet idéal. Je ne sais pas si tout le monde mesure entièrement les conséquences. Il y a encore tant de travail à accomplir pour monter un véritable réseau ! Nous n’avons pas le droit d’échouer. Et là-bas, nos collègues encore avec les enfants, tous nos élèves… Ils attendent aussi, nous devons leur rendre une vie normale. Ce lieu peut être le salut pour eux.

Du moins, il pouvait le devenir si tout le monde s’y mettait, y compris elle-même, et qu’elle cesse de pleurer pour rien dans son coin. Inspirant à nouveau, un peu plus fort, elle se leva sans crier gare, remettant rapidement sa tenue en place et rattachant ses cheveux pour qu’ils ne gênent plus en passant devant son visage ou ses yeux. Allez, on se reprend, Auguste avait parfaitement raison, ce n’était pas la fin du monde ! Ni même une impasse, ils avaient toujours leur liberté d’agir, même s’ils devaient prendre la fuite pour le moment.

Gabriella – Je suis désolée, je sais que c’est idiot de craquer pour ça, il y a eu pire. Retournons plutôt au travail. Les murs de la section où nous allons installer les salles de classes sont en bon état, on peut débuter l’aménagement. Tu viens avec moi ?

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Un grand besoin d'affection   Dim 5 Mar - 14:11

Peu concluant, comme tentative de sourire, enfin, c’était déjà mieux que rien. Auguste lui en rendit un autre plus franc, avec une certaine touche d’amusement, malgré la situation. Ah là là, sa Gaby et les expressions détendues, ce n’était pas encore pour demain. Il la serra un peu plus fort contre lui, profitant sans honte d’être plus grand d’une bonne tête et surtout assez musclé pour pouvoir la soulever aussi facilement que si elle ne pesait que trois kilos. Il l’écouta répliquer que c’était bien tout sauf une fierté, que d’entraîner des gens dans la guerre. Une nécessité, soit, mais pas une fierté, très loin de là. Soit, ce point de vue se défendait très bien, elle n’avait pas tord. Mais cela n’empêchait pas tout de même d’être heureux de voir d’autres personnes, si nombreuses, prêtes à défendre ce genre de cause, quoi de mieux pour redonner foi en l’humanité, on se le demande ? Il voyait les choses ainsi, pour sa part, convaincu que ce n’était que tous ensemble qu’ils arriveront à faire de cet endroit un centre protecteur et accueillant, que tous ensemble ils arriveront à faire évoluer les mentalités dans ce pays et redonner une vraie place aux élémentaires, qui y avaient autant droit que tout autre citoyen.

Gabriella – Je ne croyais pas que tant de personnes répondraient à notre appel, tu sais, soupira-t-elle en posant sa tête contre son épaule. Qu’il y en aurait tant qui accepteraient autant de sacrifice. C’est… Je trouve ça beau et angoissant, j’ai peur d’échouer et de décevoir ceux qui ont confiance en cet idéal. Je ne sais pas si tout le monde mesure entièrement les conséquences. Il y a encore tant de travail à accomplir pour monter un véritable réseau ! Nous n’avons pas le droit d’échouer. Et là-bas, nos collègues encore avec les enfants, tous nos élèves… Ils attendent aussi, nous devons leur rendre une vie normale. Ce lieu peut être le salut pour eux.

Et ce le sera. Tout le monde ici était à fond dans ce projet et tout le monde y croyait dur comme fer, ils avaient les moyens de concrétiser tout cela et le feront. Le professeur doutait que toutes les personnes ici aient vraiment conscience de tous les risques, enfin, ceci dit, eux-mêmes en avaient-ils vraiment conscience ? Réalisaient-ils vraiment ce qui arrivait, à si grande échelle ? Pouvaient-ils prévoir en avance leurs réactions face au danger, voire face à la mort ? Non, du moins, pas sans l’avoir vécu au moins une fois. Gabriella était passée par là, comme plusieurs autres, mais ce n’était là qu’une minorité. L’immense majorité de leurs troupes n’en avait, elle, aucune conscience, et ce n’était pas pour autant qu’elle refusait de prêter main forte. Sa future femme inspira tout à coup puis se leva, quittant l’abri de ses bras et remettant ses vêtements en place, avant de rattacher ses cheveux. Auguste se leva plus doucement avec un sourire, la reconnaissant bien là. Elle ne savait pas prendre plus de dix minutes d’affilée pour se reposer un peu. Lui-même enleva vite fait la poussière venue s’accrocher à son vieux pantalon et au reste, secouant un peu tout ça.

Gabriella – Je suis désolée, je sais que c’est idiot de craquer pour ça, il y a eu pire. Retournons plutôt au travail. Les murs de la section où nous allons installer les salles de classes sont en bon état, on peut débuter l’aménagement. Tu viens avec moi ?

Auguste – Toujours, murmura-t-il en lui faisant un baisemain. Pour la vie.

Il garda cette main dans la sienne en repartant avec elle, sentant l’air très frais de novembre s’insinuer partout, par toutes les ouvertures possibles, avec ce goût piquant et glacé dans l’air, évoquant l’arrivée prochaine de la neige. Se remettre au travail réchauffa néanmoins bien vite. C’est qu’il en fallait, des efforts, pour ouvrir certaines portes condamnées par la crasse, la poussière, le lierre et parfois des nids d’insectes gros comme le poing. Tout comme il fallait de l’huile de coude pour ouvrir les fenêtres tout aussi récalcitrantes. Il est vrai que cette section était l’une des mieux conservées de tout le domaine, les lourds murs de pierre étaient solides et avaient résisté aux attaques du lierre, tout comme aux installations des oiseau, insectes et autres bestioles. Armés de balais, de seaux, de pelles pour racler, aidés par plusieurs bénévoles, il fallut avant tout s’occuper du « ménage ». Un bien faible mot pour décrire les actions visant à rendre habitable un lieu abandonné depuis des dizaines d’années. Une des femmes hurla lorsqu’ils dégagèrent toute une colonie d’araignées énormes logeant entre les poutres au plafond d’une des pièces, provoquant l’hilarité de son mari qui mit vingt bonnes minutes à se calmer.

Au pensionnat, les murs étaient en brique, en bois ou en pierre, le sol était presque uniquement en bois, les fenêtres avaient été élargis pour laisser entrer la lumière et la chaleur. Ici, la pierre prédominait, au sol, aux murs, au plafond, donnant un sentiment de noblesse autant qu’un sentiment d’oppression. On aurait pu se croire dans l’un des châteaux du Moyen-âge, croiser à tout moment une noble dame en tenue d’apparat ou le roi en personne avec son sceptre. Les fenêtres étaient aussi mais peu larges, à petits carreaux ou à croisillons, parfois avec de fines clôtures de fer par-dessus ou à l’extérieur. La température, en ces lieux, ne risquait pas de monter comme au pensionnat, en tout cas… Allumer les cheminées, en hiver, sera indispensable pour ne pas grelotter de froid. Néanmoins, en été, la pierre assurait de conserver une température ambiante stable, qui protégera des pics de canicule ou des fortes chaleurs. C’est en nettoyant l’énorme cheminée d’une des salles de classes que Auguste se fit la réflexion qu’il faudra changer d’uniforme pour les élèves, un plus chaud en hiver et une version moins épaisse en été. Ce sera un petit symbole de plus marquant l’arrivée ici et le renouveau.

Auguste – Quand va-t-on commencer à faire venir les élèves ? interrogea-t-il Gaby tout en faisant tomber les cendres et la poussière du conduit dans de gros bacs. On devrait sans doute pouvoir débuter dès mars ou avril, mais j’a peur que ce soit un peu trop tôt. Il faut aussi songer à un nouvel uniforme, autant pour s’adapter à cet endroit que pour marquer le cap.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Un grand besoin d'affection   Lun 1 Mai - 17:02

Auguste – Toujours, murmura-t-il en lui faisant un baisemain. Pour la vie.

Touchée, elle se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur les lèvres puis repartit avec lui dans les longs couloirs, tout en pierre, où résonnaient les lointains coups et sons de scies ou marteaux, montant d’absolument partout. Cet endroit possédait une certaine solennité que la première école n’avait pas, malgré son âge, on pouvait sentir qu’il y avait eu bien des histoires, même si aucune n’avait grand-chose à voir avec l’éducation de jeunes élémentaires. Ils s’occupèrent d’une première salle de classe, enfin de la pièce qui allait servir à cela, avec du mal pour ouvrir la porte coincée par la poussière, la crasse et le lierre. Gaby eut une grimace de dégoût en voyant une nuée de cafards fuir par plusieurs trous dans les murs, refermant sa veste pour se protéger de l’air très froid. D’autres bénévoles travaillaient dans ce secteur, chacun s’activant avec une énergie étonnante, surtout quand on voyait dans quel état était cet endroit. Enfin, au moins les murs étaient globalement en bon état et aucune grosse réparation n’était à prévoir. Gaby attacha ses longs cheveux blonds et les couvrit d’un petit foulard, après avoir vu toute une colonie d’araignées fuir à son tour. Aucun désir d’en recevoir sur la tête…

La poussière soulevée devint vite si importante qu’il fallut aussi se couvrir la bouche et le nez par de larges mouchoirs ou des foulards, porter parfois des gants quand la crasse était trop importante. Gabriella tira avec peine sur un des fenêtres, avec un autre ouvrier bien plus costaud qu’elle, pour les ouvrir le plus largement possible. Même si le vent était déjà glacé, l’air bien froid, rester confiné au milieu de toute cette poussière aurait été intenable physiquement. Des salles encore « habitables », il en y avait beaucoup, dans cette section, plus qu’elle ne l’avait cru durant sa première visite. Ce sera parfait pour leurs élèves et pour tous les adultes voulant apprendre à se défendre. Des pièces parfois petites, parfois des très larges, des fenêtres rarement larges mais assez hautes, fermées de carreaux sombres ou de barres de fer. Il y avait des cheminées un peu partout, dont une à laquelle Auguste s’attaqua, pour la ramoner. Gaby baissa le foulard lui couvrant presque tout le visage le temps de balayer le plus gros et jeter tout dans l’un des bacs au coin. Bon nombre d’araignées avaient filé jouer plus loin, dérangées à coups de balais, ainsi que quelques souris. Les fenêtres étaient si étroites, bien souvent, qu’ils devaient déjà allumer leurs lampes torches et lanternes, même s’ils n’étaient qu’en mi-journée.

Auguste – Quand va-t-on commencer à faire venir les élèves ? interrogea-t-il Gaby tout en faisant tomber les cendres et la poussière du conduit dans de gros bacs. On devrait sans doute pouvoir débuter dès mars ou avril, mais j’a peur que ce soit un peu trop tôt. Il faut aussi songer à un nouvel uniforme, autant pour s’adapter à cet endroit que pour marquer le cap.

Gabriella – Pour l’instant, je n’en sais rien, pour les élèves, soupira-t-elle. Le mieux sera de les faire venir dès le début de l’année mais nous ne serons pas prêts. On se souciera plus tard de leur uniforme, ce n’est pas le plus urgent.

Une fois le sol entièrement dégagé, elle tendit la main pour le couvrir d’eau, y allant généreusement, tandis qu’une des jeunes femmes les aidant y ajouta pas mal de produit d’entretien au temple, avec une forte odeur de laurier. Elles se mirent à frotter le sol pour le débarrasser de la crasse, épargnant juste le coin où travaillait Auguste. La même opération se répéta dans toutes les salles de la section une à une. Débarrasser, frotter, laver, enlever la poussière, faire fuir les insectes, désengorger les cheminées. A la fin de l’après-midi, la jeune mère avait le dos en miettes et était épuisée, comme presque tout le monde autour d’elle. La soirée s’avançait, chacun terminait sa tâche en cours puis stoppait les travaux et le nettoyage. Sur le toit, les hommes jetèrent de grandes bâches et couvertures pour protéger les travaux en cours durant la nuit, que ce soit du gel ou de la pluie. Tous ceux qui restaient à l’abri du domaine pour la nuit se réunirent dans le bâtiment près du gymnase, encore vide et délabré, qui servira plus tard à abriter les élémentaires en fuite et les résistants.

Des feux furent allumés dans des foyers de fortune ici et là, on fit circuler des gourdes d’eau et une odeur de cuisine se mit à flotter dans l’air. Ils s’étaient installés de nombreux lits de camps, une partie pour les hommes et une pour les femmes, dans la grande pièce d’à côté, séparé par un rideau, et des sanitaires dehors. Un peu plus loin, dans une autre aile, on avait amené des bacs de bois et des affaires de bains, où chaque sexe se rendait tour à tour le matin. C’était spartiate, enfin, plutôt agréable de se retrouver tous ensemble. Cette cohésion réchauffait le cœur de Gaby lorsqu’elle l’observait, elle se disait qu’ils ne travaillaient pas tous pour rien. Elle s’assit sur un petit banc à côté d’Auguste et posa la tête sur son épaule, fermant à moitié les yeux et se détendant un peu. Le jeune Charles alimentait le feu à côté et sortait des saucisses tirés d’un petit paquet pour les griller. A côté, Cassandra, sa femme, avait posé une casserole sur un réchaud et y mit de l’eau à bouillir, comme bien d’autres qui sortaient les mêmes ustensiles pour cuisiner un bon repas pour tout le monde. Les conversations allaient bon train, malgré la fatigue de la journée.

Une main hâlée tapota tout à coup son épaule et Gaby releva la tête, souriant au commandant Beauvais qui lui dit bonsoir d’un ton martial mais avec un grand sourire. Il n’avait plus à l’appeler générale, maintenant, ils étaient tous déserteurs. Il haussa les épaules lorsqu’elle lui souligna cet état de fait et s’assit près d’eux, proposant une gorgée à la flasque d’alcool qu’il avait emmené. Non merci, pas de ça alors qu’elle était enceinte. Elle passa la flasque à Auguste et la redonna ensuite à Henri, lui demandant des nouvelles de l’extérieur comme il avait pu partir assez longuement à Paris et dans la région pour en apprendre un peu plus sur ce qui se tramait. Des élections allaient se tenir, sûrement truquées d’ailleurs, toute la capitale en parlait depuis des jours. Doumer avait tenu beaucoup de conférences et ralliait le peuple à sa cause en promettant le retour aux vraies valeurs, à l’ordre et à la sécurité. Le commandant leur montra un des petits livrets de campagne distribué partout, où on pouvait lire son fameux programme. Elle le feuilleta un long moment, retrouvant là-dedans la plupart des idées réclamées par des politiques de tous bords et effrayés par tout ce qui sortait de l’ordinaire.

Gabriella – Quand seront les élections ?

Commandant – Normalement en janvier, peut-être plus tard le temps de s’organiser, ce n’est encore bien défini. Ils ont beaucoup parlé de les tenir avant noël, cependant, avec tous les bouleversements, c’était impossible, il y a eu pas mal de démissions à beaucoup de niveaux. Fera-t-on un coup à ce moment-là ?

Gabriella – Non, ça ne fera qu’aggraver la haine, par contre, on peut faire diffuser certains messages et combattre la propagande. Un gros coup pour la communication.

Quelque chose qui fera comprendre à Paul Doumer que la partie était bien loin d’être gagnée et qu’il ferait mieux de ne pas trop compter à une bonne collaboration. Quelque chose pour secouer un peu ce petit groupe, l’effrayer s’ils le pouvaient. Le tout était de faire prendre conscience que le rapport de force n’était pas si déséquilibré, très loin de là, que ce ne sera pas une prise de pouvoir dans la douceur. Quels moyens avaient-ils ? La télévision, la radio, les journaux. Pas de face à face pour le moment, pas encore, cela viendra plus tard. A moins que… Hum… Pensive, elle baissa un peu la tête vers le feu, réfléchissant à tout ce qui était à leur portée ou à ce qui pourra l’être après quelques préparatifs. Des idées un peu extrêmes lui vinrent en tête, la poussant à sourire avec un air mauvais.

Gabriella – Nous avons les moyens de manipuler certaines opinions, si on se sert de la réputation déjà faite sur nous, continua-t-elle en se redressant. Et nous avons besoin de plus d’alliés. Auguste, le milieu d’où nous venons aime bien tout ce qui est ragots, rumeurs et histoires. Si nous dévoilons certaines histoires, sur les expériences déjà menées sur les dons, nous pourrions nous faire plus d’alliés. Même eux ne seront pas insensibles à ça et ce sont des personnes qui ont certaines parts de pouvoir.

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MessageSujet: Re: Un grand besoin d'affection   Mar 6 Juin - 18:48

Ne plus devoir porter un uniforme impeccable et prendre garde aux moindres de ses faits et gestes était toujours assez perturbant, le temps d'adaptation n'était pas encore terminé. Fabrice frissonna un peu en sortant dans l'ait glacial du soir, même sous le porche à l'abri du vent, vêtu d'un manteau assez épais et de chaussures hautes. le sol crissait un peu sous chacun de leurs pas, il y avait déjà un peu de givre, à la tombée du soir et très tôt le matin. Le colonel, ou plutôt ancien colonel, leva la main pour protéger la flamme de son briquet des courants d'air et allumer le bout de sa cigarette. Il le fourra ensuite dans sa poche, tirant une petite bouffée en observant le domaine. Dans l'ombre du soir, les échafaudages, brouettes et murs à demi-monté formaient des sculptures noires étranges, se découpant avec netteté dans le décor. Ce n'était guère inquiétant, cependant. Il y avait ici une sorte de... clame, un air paisible, où chaque chose semblait à sa juste place. Ou peut-être était-ce parce qu'il n'avait plus besoin de se cacher qui lui ôtait un gigantesque poids des épaules.

Après avoir fumé, il rentra finalement, toujours impressionné devant le nombre de personnes venues rejoindre la Résistance. C'était... à vous couper le souffle. Cette immense communauté se réunissait en petits groupes autour de feux, de poêles, de réchauds, on mettait légumes, poisson, riz, viande à cuire, quelques bouteilles de vin passaient même et tout le monde discutait avec entrain, malgré la fatigue évidente. A vous réchauffer le cœur. Tout le monde avait vu sa vie basculer du jour au lendemain, et pourtant, un esprit de cohésion régnait ici. Cette cohésion se formant automatiquement et tissant des liens entre des personnes partageant une même situation difficile et devant se serrer les coudes pour s'en sortir. Malgré tout, la construction de l'école, et de la base de la Résistance du même coup, n'était pas tout. Fabrice n'était pas venu ici pour participer uniquement aux travaux mais pour s'allier aux premières actions sur le terrain et savait que c'était le cas pour de nombreux anciens membres de l'armée. Il brûlait littéralement d'agir, se bouger, et cette fois en utilisant pleinement un pouvoir qu'il avait trop longtemps refréné.

Naviguant entre les groupes, il aperçut plus loin le commandant Henri qui lui fit un signe de la main pour qu'il vienne les rejoindre. La générale était là aussi, en compagnie de son mari, ou fiancé, enfin qu'importe le statut, il était en couple avec elle, point final. Installés autour d'un autre feu ronflant et un réchaud par-dessus, ils se fondaient dans la masse, dans la foule de gens rassemblés ici pour le repas du soir. D'ailleurs, où était passé le maréchal là-dedans ? Lui aussi avait une eu une réaction... assez surprenante. Cet homme était comme la générale, il ne pensait qu'au bien global de ce pays et se fichait bien de ce qu'il pouvait écraser ou liquider au passage, c'était hallucinant ! Et le risque de totalitarisme ou dictature était définitivement un danger qu'il n'acceptait pas. Doumer venait de se faire deux grands ennemis, qui, à eux deux, pouvaient soulever une bonne partie de la population... Ce n'était pas à sous-estimer. D'autant plus que Bradley n'était pas arrivé à ce grade pour rien, il connaissait la Guerre, ce n'était pas un ennemi à prendre à la légère.

Générale – Nous avons les moyens de manipuler certaines opinions, si on se sert de la réputation déjà faite sur nous, continua-t-elle en se redressant. Et nous avons besoin de plus d’alliés. Auguste, le milieu d’où nous venons aime bien tout ce qui est ragots, rumeurs et histoires. Si nous dévoilons certaines histoires, sur les expériences déjà menées sur les dons, nous pourrions nous faire plus d’alliés. Même eux ne seront pas insensibles à ça et ce sont des personnes qui ont certaines parts de pouvoir.

Fabrice – Ils auront aussi peur de perdre de l'influence, alors que le nouveau Gouvernement se met en place, glissa tranquillement le soldat en s'asseyant. Doumer est un bon orateur et sait manipuler les opinions aussi bien que nous. En revanche, c'est un joueur. Il ne résistera pas aux défis qu'on lui lancera et il y a moyen de le piéger.

Fabrice fouilla dans la poche intérieure de sa veste pour récupérer les notes qu'on lui avait transmises, de la part d'un bon ami espion à Paris, sur la personnalité du nouveau "Président", ses qualités, ses défauts et un mot sur son parcours. Ce type était l'archétype même du parfait petit politicien, né avec une cuillère en argent dans la bouche et pourtant capable de se faire aimer des populations les plus pauvres. Un homme rigide, sévère, profondément conservateur, qui ne jurait que par une société carrée et bien propre sur elle-même, à la façon de la société telle qu'elle existait avant la Grande Guerre de 1914. Ils l'avaient tous connu et ce retour en arrière n'était pas pour plaire à Fabrice. Quid de toutes les évolutions sociétales survenues après la Grande Guerre ? Doumer comptait s'asseoir dessus et agir comme si ces trente dernières années n'avaient jamais existé ! Et si ce n'était que cela. Aucune raison ne justifiait, dans ce pays, qu'on oblige les élémentaires à dissimuler leurs dons comme une maladie honteuse dont personne n'avait envie d'entendre parler.

Fabrice – Où est le projet, du journal de contre-information, contre le journal de propagande de notre bien-aimé Président ?
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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Un grand besoin d'affection   Lun 10 Juil - 11:20

Il régnait réellement ici une ambiance d’un camp de résistants plongé au cœur d’une guerre arrivée avec surprise et violence. L’entraide s’était bel et bien réveillée, l’envie de combattre aussi, il y avait une fierté certaine d’agir pour ce qui était « juste ». Tout avait été aménagé pour vivre en autonomie, avec de l’aide extérieure également. Des parties communes et d’autres plus privées avaient été installées, des sanitaires, salles de bain de fortune, des lits de camps, des coins cuisine… Auguste sourit en regardant les différents feux de camp, réchauds et autres s’embraser pour le repas du soir, passant doucement un bras autour de la taille de Gaby lorsqu’elle laissa reposer sa tête contre son épaule. Après une longue journée passée dans les travaux ou à préparer la future rentrée, se reposer faisait un bien fou, il s’en endormirait presque, s‘il n’était pas tant alerte en songeant aux semaines à venir. Ce qui se passait était grave, comment l’oublier ? Ils montaient un réseau de résistance, cela n’avait rien d’anodin, et la construction de cette nouvelle école n’était que la face visible de l’iceberg. Auguste était douloureusement conscient de tout ce que cela impliquait, assez pour ne pas avoir l’esprit en paix et encore moins imaginer l’avenir avec sérénité. Que n’auraient-ils pas tous offert pour ne pas vivre ce genre d’époque, hélas, on ne choisissait pas.

Le commandant Beauvais, ex-commandant plutôt, interrompit sa réflexion en venant les rejoindre, lançant un « Bonsoir » si martial et formel qu’il faillit faire rire Auguste. Gaby lui répondit d’ailleurs qu’il n’avait plus besoin de faire ça ni même de l’appeler « Générale », ce à quoi il répondit simplement en haussant les épaules. Ah, sa future femme pouvait rêver, elle restait chef de guerre et ce n’est pas un état qui lui sera ôté avec aisance. Le professeur but un peu à la flasque qu’il leur tendit, assez las pour sentir l’alcool le réchauffer bien plus vite que de coutume, fatigue et ventre vide ne formant pas un bon mélange. Henri baissa un peu la voix, ensuite, pour leur parler de ce qui se tramait dans la capitale et des « élections » qui devaient s’y tenir. Paris était toujours en joie, malgré ce coup clairement totalitaire et rétrograde, c’était des plus étonnants. Comment croire qu’un retour à l’ordre pur et dur, tel celui prôné au début du siècle, pourra être salutaire ? Le commandant leur avait même ramené un livret de campagne, contenant tout le programme électoral de leur cher et bien-aime futur dictateur. Très réjouissant, tout cela, à se demander comment la France pourra vraiment accepter autant de discipline.

Gabriella – Quand seront les élections ?

Commandant – Normalement en janvier, peut-être plus tard le temps de s’organiser, ce n’est encore bien défini. Ils ont beaucoup parlé de les tenir avant noël, cependant, avec tous les bouleversements, c’était impossible, il y a eu pas mal de démissions à beaucoup de niveaux. Fera-t-on un coup à ce moment-là ?

Gabriella – Non, ça ne fera qu’aggraver la haine, par contre, on peut faire diffuser certains messages et combattre la propagande. Un gros coup pour la communication.

Comme une sorte de journal, un appel aux manifestations ou encore autre chose ? Il y avait beaucoup de moyens, cependant, ils devaient aussi prendre en compte qu’ils n’étaient pas assez nombreux pour mener des actions dans toute la France. Il fallait penser stratégie, concentrer tout d’abord leurs efforts vers les points sensibles et se servir de tous les vecteurs à leur disposition. Si on suivait la logique des choses, selon ce qui s’était produit jusqu’à alors, il ne faisait que peu de doutes que leur nombre continuera de croître à mesure. La peur distillée par les journaux n’empêchait pas les personnes vraiment conscientes de la situation de s’engager, dans un camp ou un autre, ils étaient dans une époque incitant à se soulever. Et ce peu importe l’âge ou les opinions personnelles. Triste et fascinant à la fois. Auguste se pencha pour attraper la petite tige leur servant de tisonnier pour le feu, remuant un peu le bois et les cendres pour raviver l’âtre, pendant que sa future femme était plongée dans ses pensées. Une ou deux minutes plus tard, le colonel Gavin vint les rejoindre à son tour, Auguste le saluant d’un bref signe de tête, tout en mettant leur dîner à cuire.

Gabriella – Nous avons les moyens de manipuler certaines opinions, si on se sert de la réputation déjà faite sur nous, continua-t-elle en se redressant. Et nous avons besoin de plus d’alliés. Auguste, le milieu d’où nous venons aime bien tout ce qui est ragots, rumeurs et histoires. Si nous dévoilons certaines histoires, sur les expériences déjà menées sur les dons, nous pourrions nous faire plus d’alliés. Même eux ne seront pas insensibles à ça et ce sont des personnes qui ont certaines parts de pouvoir.

Fabrice – Ils auront aussi peur de perdre de l'influence, alors que le nouveau Gouvernement se met en place, glissa tranquillement le soldat en s'asseyant. Doumer est un bon orateur et sait manipuler les opinions aussi bien que nous. En revanche, c'est un joueur. Il ne résistera pas aux défis qu'on lui lancera et il y a moyen de le piéger.

Peut-être, mais il faudra tout de même jouer très serré, ils ne l’auront pas comme ça, tout comme tenter quelque chose alors que la population était tant montée contre eux serait suicidaire. Fabrice leur donna les feuillets couverts de notes, récupérées par les espions, sur le nouveau chef d’État et ses alliés, ainsi que des informations sur son parcours et son tempérament. Le professeur se pencha un peu pour lire en même temps que sa femme, pinçant un peu les lèvres au fil des mots. Le si bon politicien conservateur et apte à diriger une foule en colère et en souffrance, promettant un retour à l’ordre des années 1900, en effaçant au passage, bien sûr, trente ans d’évolutions sociales. Avec les tensions actuelles, l’idée d’un retour à des valeurs sécuritaires ne pouvait que fonctionner, qui allait remettre en question ce genre de principes ? Auguste rendit le tas de feuillets au colonel, surveillant du coin de l’œil le repas. L’instant présent était aussi détendu que lourd, ils étaient comme enfermés, tous, dans une bulle fragile, préservant ainsi une soirée calme, loin des troubles extérieurs.

Fabrice – Où est le projet, du journal de contre-information, contre le journal de propagande de notre bien-aimé Président ?

Auguste – Stand-by pour le moment. Nous récoltons des informations, puis seulement après, il faudra se mettre à l’écriture puis à la distribution.

Il échangea sur quelques unes des dernières nouvelles récoltées, corrigé parfois par la commandant qui en avait obtenu de plus récentes le matin même, au retour de voyage. Tout en discutant, il servit à chacun une part, dans des bols de fer assez larges, avec une cuillère. C’était un mélange de riz, de légumes et de poisson, légèrement salé, assez consistant pour tenir au corps mais pas trop lourd non plus pour un soir. Autant profiter de cette soirée tant qu’ils le pouvaient, Auguste avait le sentiment que ces brèves périodes de calmes n’allaient plus se reproduire avant bien longtemps.

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