Pensionnat de la Ste Famille

1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Tentative de meurtre

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Gabriella de Lizeux
Leader de la Résistance
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Âge RPG : 33 ans

MessageSujet: Tentative de meurtre   Lun 17 Oct - 20:40

HJ : Ecrit avec Bradley pour les réacs

Ce n’était pas la première fois que Gabriella était accueillie par des coups de feu mais c’était bien la première fois qu’elle était accueillie par des explosions. Une bruine persistante rendait le chemin légèrement glissant alors qu’elle courait à en perdre haleine, pieds nus, s’étant débarrassée de ses talons dès le début pour courir plus vite, tout en maudissant l’abruti qui avait un jour imposé à ce qu’une femme marche sur des échasses de dix centimètres pour être élégante. Et comble du luxe, elle était même accompagnée de Bradley dans cette course, qui avait, à sa grande surprise, assez de souffle pour à la fois courir et tempêter contre la mort de ses hommes, tués lors que les premières balles et missiles les avaient atteints, contre les voitures. Il avait un sacré souffle, le vieillard ! Il avait vingt ans de plus qu’elle ! Une nouvelle rafale de vent violent les frappa de plein fouet, faisant grogner Gabriella de rage. Le vent contre la foudre. Danger. Principe élémentaire. Son propre pouvoir se retournerait contre eux si elle l’utilisait maintenant. Un vent qui s’intensifia encore alors qu’elle entendait des ordres criés contre eux derrière, des bruits de balle se faisant entendre.

– Que vous n’utilisiez pas votre don terrifiant vous redonne votre humanité, pour une fois, ricana tout à coup Bradley tout en continuant de courir.

– On ne pourrait pas plutôt se concentrer sur notre moyen de survie ?! Même si je serai ravie de vous voir mort, je n’ai pas envie d’assumer votre boulot à votre place !

– Procédure habituelle ! Comme à l’entraînement, on revient aux anciennes méthodes ! Ils ne veulent pas nous tuer, à mon avis, juste nous capturer, ils auraient déjà tirés bien plus sinon !

Ils tiraient déjà bien assez à son goût ! Gabriella reprit son souffle en continuant à courir, suivant Bradley lorsqu’il sauta par-dessus une clôture et fonça dans une prairie descendant en pente assez raide jusqu’à un gros torrent qu’ils voyaient en contrebas. Elle avait déjà les pieds en sang, à courir sur les cailloux pointus et les rocailles, courir sur l’herbe lui permit d’aller un peu plus vite. La bruine s’était transformée peu à peu en une pluie plus persistante et ils entendaient toujours leurs poursuivants derrière eux et parfois sur les côtés, avec ce vent violent. Ça sentait le roussi. Gaby jura entre ses dents, se demandant pourquoi il fallait toujours qu’il y ait une personne dans ce pays qui ait envie de la voir morte et surtout, comment elle s’était retrouvée à fuir avec son pire ennemi, ou son meilleur allié en la circonstance actuelle. A la base, ce n’était qu’un court voyage pour visiter une base militaire spécialisée dans la conception et l’ingénierie des nouvelles armes, pas une virée où les tentatives d’assassinat se multiplieront ! Arrivant au bord du torrent, elle eut un sursaut lorsque Bradley la tira brusquement par le bras et la fit se cacher sous les racines d’un très gros chêne, dont une partie plongeait dans les eaux tumultueuses.

– Ils ne veulent pas nous tuer, vraiment ? souffla-t-elle à voix très basse, d’un ton suintant l’ironie. Vous m’excuserez d’avoir comme un très léger doute.

– Ils ont plusieurs fois l’occasion de le faire, c’est pour ça que je pense qu’ils cherchent à nous neutraliser pour nous capturer. Pourquoi, je l’ignore encore, même si je soupçonne que cela fasse parti de tout un plan… Peut-être un coup d’État.

– C’est ridicule !

– Je suis les chefs des armées, vous êtes à la fois mon bras droit et la figure de résistance des personnes douées d’un don, alors réfléchissez deux minutes, ce ne serait pas un coup de maître de nous descendre tous les deux, afin de placer ses pions en bonne place sur l’échiquier ? Dans le jeu d’échec, je suis le roi, vous êtes la reine, même des pions peuvent détruire ces deux pièces en jouant avec soin.

Un Coup d’État… Tout de même pas, ils ne… Elle s’interrompit alors qu’elle venait d’ouvrir la bouche, entendant des bruits de pas et des voix d’hommes se rapprocher. Ils fouillaient partout, arpentant les bords du fleuve et secouant les buissons, échangeant d’un ton de voix pressé et même un peu inquiet. Gabriella se leva en parfaite synchronisation avec Bradley, se plaçant dans l’ombre d’un arbre, lui de l’autre côté du chemin. Trois hommes passèrent sur le sentier et ils se jetèrent aussitôt sur eux, la jeune femme plaçant un coup de genoux en plein dans l’abdomen du type le plus près d’elle puis lui flanqua un coup de coude dans la tempe pour l’assommer, se baissant ensuite pour éviter le coup du second type et le repoussa d’une prise. Bradley le réceptionna et l’assomma lui aussi, après s’être débarrassé du troisième homme. Un combat très bref, cependant, ils n’avaient pu tout de même éviter leurs cris d’alerte. Bradley et elle coururent à nouveau sur le chemin, sous l’ombre des arbres bordant le sentier, s’enfonçant dans la forêt. Stoppant après une cinquantaine de mètres, elle s’appuya contre le tronc d’un sapin, une main sur son ventre légèrement gonflé.

Bradley s’arrêta près d’elle, regardant attentivement les alentours, puis lui demanda si elle savait nager. Pourquoi ? Hochant la tête, Gaby eut sa réponse lorsqu’il l’attrapa de nouveau par le bras puis la tira vers le torrent, plongeant presque aussitôt en l’entraînant avec lui. Le choc de l’eau glacée et très remuante lui souleva le cœur et elle se laissa un moment ballotter par l’eau avant de reprendre le contrôle, repérant le maréchal et nageant, à moitié emportée par le courant qui les porta tous les deux à une vitesse folle en les enfonçant parfois dans les profondeurs par sa force. Ils gagnèrent beaucoup de terrain sur leurs ennemis, en revanche, en sortant de l’eau glaciale une fois le torrent calmé, la jeune femme fut secouée d’un très violent frisson, ayant à la fois chaud et très froid. Un bain tout habillée dans des eaux glacés au mois de novembre avec le stress d’être tuée ou enlevée, quoi de mieux pour la santé, on se le demande ? Gaby reprit son souffle puis observa les environs, voyant un village, au loin, puis leva le nez en cherchant un sentier, des cabanes de bûcheron, un abri moins évident que ne l’était le village.

– Si c’est vraiment un coup d’État, retourner dans une caserne pourrait signer notre arrêt de mort, on ne peut pas se mettre à découvert tant qu’on en saura pas plus. Il faut quand même trouver une cabine téléphonique, quelque chose pour joindre les autres. Je commence à avoir peur pour mes élèves…

Pour une fois, le maréchal ne lui rétorqua rien sur le thème « Commencez par avoir peur pour vous », il eut même un hochement de tête avec un air compréhensif. Gabriella en resta complètement secouée un instant. Se pouvait-il qu’il… ait des craintes lui aussi pour ses hommes ? Lui qui avait toujours l’air parfaitement insensible aux autres !

– Donc on s’y prend comment ?

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Albert J. Bradley
Leader de la Résistance
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Âge RPG : 54 ans

MessageSujet: Re: Tentative de meurtre   Jeu 27 Oct - 20:00

Le journal ne donnait que de mauvaises nouvelles en ce moment, les politiques se déchiraient de plus en plus entre eux.Combien de temps cela allait-il durer avant que de nouvelles élections présidentielles ne soient exigées par l’Assemblée et le Sénat ? Le maréchal replia le journal et le laissa retomber dans un petit sac à ses pieds, la voiture brinquebalant un peu dans les cahots de la voiture et les secouant du même coup. Ils étaient partis avec simplement deux voitures assez petites et rapides, afin de procéder à l’inspection d’une nouvelle base. La journée était plutôt belle, de longs nuages gris se profilaient à l’horizon sans s’approcher, il y avait beaucoup trop de vent pour que la pluie parvienne à s’installer. Un ton de novembre, le vent faisait voler feuilles mortes et brindilles, glacial, annonça déjà les prémices de l’hiver. Après un bref sursaut sur un passage à niveau, les deux voitures s’engageaient sur une route plus en pente lorsque tout à coup, un bruit très aigu se fit entendre et la voiture de devant fut brutalement touchée par un missile à courte portée, explosant.

Bradley se jeta aussitôt en avant en poussant sa subordonnée à faire de même et se coucher sur le siège, fermant les yeux lorsque leur propre voiture fut projetée par le souffle de l’explosion et renversée sur plusieurs mètres, arrachant un bref cri à leur chauffeur, cri qui fut coupé net lorsqu’un morceau de tôle s’enfonça dans son thorax. Dès que la voiture s’arrêta, Bradley s’arc-bouta pour enfoncer la portière défoncée d’un coup de pied et sortir de ce traquenard, soulagé en voyant sa subordonnée bien vivante. Il lui cria de courir et s’élança avec elle sur un long setier descendant entre deux prairies, la voyant jeter ses talons hauts dans un coin pour aller plus vite. Le vent avait encore redoublé, emportant avec lui la lourde fumée noire venant des deux voitures, l’une en feu, l’autre qui n’allait pas tarder. Ses hommes… Le soldat poussa un juron en accélérant l’allure, gorgé d’une brusque poussée d’adrénaline, maudissant ces sales rats qui avaient tué ses hommes si lâchement. Ils paieront pour cela ! Sautant par-dessus un ni-de-poule, il lança un regard à la jeune femme, trouvant très étonnant et amusant qu’elle ne puisse pas, pour une fois, utiliser son pouvoir, voilà qui la rendait plus femme que de coutume.

– Que vous n’utilisiez pas votre don terrifiant vous redonne votre humanité, pour une fois, ricana tout à coup Bradley tout en continuant de courir.

– On ne pourrait pas plutôt se concentrer sur notre moyen de survie ?! Même si je serai ravie de vous voir mort, je n’ai pas envie d’assumer votre boulot à votre place !

Bah voyons, voilà qui changeait un peu ! Il y a deux ou trois mois, elle lui aurait répondu qu’il pouvait bien crever et que l’armée s’en remettrait très bien, aujourd’hui, elle répondait qu’elle allait bel et bien assumer ce travail même sans en avoir envie. Bradley eut pas mal de peine à retenir un immense éclat de rire, aussi agacé qu’exaspéré, porté par ses nerfs. Il ne lança qu’un bref regard derrière eux pour juger de la position de leurs ennemis, leurs moyens, leur nombre et leur équipements. Ils étaient armés mais n’avaient pas de chiens pour les traquer, c’était une très bonne nouvelle, Bradley et sa collègue avaient toutes les chances de leur échapper, ils connaissaient cette région, ce terrain, et surtout, savaient exactement sur qui compter. Même si l’armée avait été plus infiltrée qu’il ne l’avait cru, cette attaque en témoignait, le maréchal savait sur quels hommes et femmes il pouvait placer sa confiance dorénavant, le temps d’en savoir un peu plus.

– Procédure habituelle ! Comme à l’entraînement, on revient aux anciennes méthodes ! Ils ne veulent pas nous tuer, à mon avis, juste nous capturer, ils auraient déjà tirés bien plus sinon !

Bifurquant, il sauta par-dessus une barrière et dévala la prairie avec sa subordonnée, tous deux courant comme s’ils avaient le diable aux trousses. Son regard acéré examina le terrain où ils s’enfonçaient, repérant les meilleurs endroits où évoluer ensuite pour se débarrasser d’au moins une partie de leurs poursuivants. Le torrent, plus loin… Ils pourront s’en servir pour gagner du terrain et ses abords contiendront assez de sentiers et de caches pour former un piège contre les types les talonnant de plus près. La pluie était parvenue à tomber malgré le vent violent, une pluie encore plus glaciale, forte en ce mois de novembre. Il fallait se dépêcher ! Les types derrière gagnaient du terrain. Il glissa le long d’un sentier puis repéra ce qu’il cherchait, une cache possible et qu’il leur permettra de tendre un piège à ces crétins. Bradley tendit la main pour attraper sa subordonnée par le bras et la tirer dans ce petit abri de fortune, formé par de très grosses racines sous un chêne, au bord du torrent, dans une sorte de cavité creusée par les eaux puissantes. Parfait. Deux minutes… Peut-être un peu plus avant que les plus proches ne les rattrapent.

– Ils ne veulent pas nous tuer, vraiment ? souffla-t-elle à voix très basse, d’un ton suintant l’ironie. Vous m’excuserez d’avoir comme un très léger doute.

– Ils ont plusieurs fois l’occasion de le faire, c’est pour ça que je pense qu’ils cherchent à nous neutraliser pour nous capturer. Pourquoi, je l’ignore encore, même si je soupçonne que cela fasse parti de tout un plan… Peut-être un coup d’État.

– C’est ridicule !

Ça oui, il aimerait tant que ce soit une idée ridicule ! Hélas, pour elle comme pour lui, c’était loin d’être ridicule. Depuis des mois, les tensions politiques et sociales s’aggravaient, une majeure partie de la France réclamait à très grands cris des mesures fortes et plus de cohésion sociale. Et quoi de mieux que de désigner un ennemi commun pour rassembler la population derrière un chef se révélant fort et autoritaire ? Les Allemands n’étant pas encore disponibles pour être désignés comme l’ennemi de la nation, il restait les porteurs de dons. Ils étaient un bouc émissaire, un moyen de détourner l’attention et d’inciter la population à se rassembler derrière un gouvernement plus fort.

– Je suis les chefs des armées, vous êtes à la fois mon bras droit et la figure de résistance des personnes douées d’un don, alors réfléchissez deux minutes, ce ne serait pas un coup de maître de nous descendre tous les deux, afin de placer ses pions en bonne place sur l’échiquier ? Dans le jeu d’échec, je suis le roi, vous êtes la reine, même des pions peuvent détruire ces deux pièces en jouant avec soin.

Et pour le coup, ceux qui jouaient face à eux étaient des maîtres de stratégie. Tout était organisé et calculé depuis des mois. L’armée avait ainsi servi d’arme pour faire grimper les tensions et pointer les porteurs de dons. Ils avaient été manipulés, manipulés par les Hautes Instances, on s’était servi des soldats pour diviser puis instaurer la crainte, avant de mettre en place la suite du plan. La propagande dans les journaux, le règne de la peur, les émeutes, la montée des activistes et des extrêmes… Tout le monde dans ce pays avait été manipulé et voilà où en arrivait aujourd’hui. Une dictature pouvait à tout moment être mise en place, elle sera accueillie à bras ouverts par une population avide de sécurité et e changements ! Pour lui, qui était maître de la stratégie militaire, il n’avait pas vu venir cette manœuvre de stratégie politique. Entre combattre un ennemi face à soit et mener sournoisement dans le dos un pays à accepter la dictature, il y a un vaste gouffre. Joli, très joli… Un coup magnifique, monté durant une année entière, peu à peu, le maréchal avait presque envie d’être admiratif. Il le serait s’il n’était pas aussi furieux.

Le petit groupe de trois personnes arriva à leur hauteur, l’empêchant de réfléchir plus avant à ce coup monté. Avec sa subordonnée, ils se levèrent exactement en même temps puis prirent place, sautant sur leurs agresseurs dès qu’ils furent à portée. Rapidement, le combat prit fin, la surprise leur permettant aussitôt de gagner l’avantage. Ils repartirent aussitôt en courant le long du sentier, longeant le fleuve, le maréchal cherchant un endroit où les eaux commençaient à être moins vives et moins profondes, pour leur permettre de nager. Dès qu’il jugea avoir trouvé le bon endroit, il s’arrêta puis demanda tout de même à la jeune mère si elle savait nager. Dès qu’elle acquiesça, il l’attrapa aussitôt par le bras puis plongea avec elle dans le torrent. Plongeant d’abord au fond, le soldat donna un coup de pied dans une roche au lit du torrent pour remonter, reprenant son souffle en toussant un peu. Nager restait difficile, l’eau était très froide et engourdissait le corps, se laisser porter par le courant en tâchant de garder la tête hors de l’eau était déjà plus aisé. Ils avaient pu avancer longuement avant de sortir du torrent, frissonnant, glacés, déjà épuisés. Bradley tordit un peu ses vêtements pour les débarrasser de l’eau, reprenant son souffle.

– Si c’est vraiment un coup d’État, retourner dans une caserne pourrait signer notre arrêt de mort, on ne peut pas se mettre à découvert tant qu’on en saura pas plus. Il faut quand même trouver une cabine téléphonique, quelque chose pour joindre les autres. Je commence à avoir peur pour mes élèves…

Ce n’est pas que pour les élèves qu’elle aura peur, très bientôt. Le soldat hocha la tête avec lenteur, tout en observant les environs. Une cabane là-haut, appartenant sans doute à un bûcheron du coin, un village à environ trois kilomètres, une route menant vers la nationale où ils circulaient il y a peu en voiture. Le vent violent, la pluie qui n’avait pas cessé, tous deux trempés, glacés et surtout isolés. La jeune femme avait raison, impossible de rejoindre une caserne avant d’en savoir plus. Aller au village, hors de question également, c’était trop risqué, leurs assaillants y étaient sans doute déjà, c’était le seul bourg à proximité.

– Donc on s’y prend comment ?

– Cherchons plutôt une ferme à l’écart, au moins pour se réchauffer un peu et trouver un téléphone. Je voudrai bien que l’on puisse passer inaperçus, enfin… Les journaux ont si bien faits leur travail que toute la France doit connaître votre visage. Et peut-être le mien. Peu importe, avançons, nous aviserons sur place.

Albert ôta sa veste et la tendit à la directrice pour qu’elle s’en couvre. Même si le vêtement était lui aussi trempé, ce sera au moins une petite protection de plus. Enceinte, elle était plus fragile que lui et ce n’était franchement pas le moment de tomber malade. Ils reprirent la route sous le couvert des arbres, dans un chemin vraisemblablement entretenu par les gardes forestiers. Une marche qui dura ainsi presque une heure dans un silence complet avant d’arriver aux abords d’une ferme. S’arrêtant, Bradley examina les lieux avec les petites jumelles de précision, accrochées à sa ceinture, observant le cheptel avant de s’en approcher avec sa subordonnée. C’était assez joli, avec des murs en pierre, comme la maison, l’étable et la grange. Un grand-père était occupé à couper des bûches à la hache, à côté du moulin tournant avec le renfort des eaux du torrent. Il releva la tête lorsqu’ils s’approchèrent en le saluant, sa bouche s’ouvrant en forme de o. Bradley ne rentra pas dans les détails, racontant brièvement leur situation et demandant s’il pouvait les aider. Le grand-père appela aussitôt sa femme et ils rentrèrent dans la ferme, la petite mamie allant leur chercher des vêtements secs et poussant la directrice dans la salle de bain, à grands « Oh mon Dieu, pauvre enfant, et enceinte, vous allez attraper la mort ».

– Allez donc vous réchauffer, « ma pauvre enfant », ricana Bradley à voix très basse en passant à côté d’elle.

Le regard noir qu’il reçut en réponse valait tout l’or du monde. Le papi lui prêta également d’anciens vêtements de son fils, aujourd’hui parti vivre au village avec sa petite famille. Le maréchal écouta patiemment le grand-père lui décrire, avec une joie débordante, à quoi ressemblaient ses fils, ses belles-filles et ses petits-enfants, se séchant puis enfilant des vêtements secs. Voilà qui était mieux. Interrompant le grand-père, il lui demanda s’il possédait un téléphone, soulagé lorsque le vieillard lui répondit par l’affirmative. Bradley s’isola ainsi pour contacter ses hommes et faire le point sur la situation. Le général Vandebert lui répondit enfin qu’ils n’avaient rien, aucune information venant de Paris, tout était très calme, ordinaire. Le Coup d’État ne saurait pourtant tarder. Albert s’appuya contre le mur derrière lui, passant une main sur son front, réfléchissant un long moment. Il donna ensuite ses directives et ordres, afin de préparer la suite des événements. Mieux valait être trop vigilants que pas assez, il ne faisait aucun doute que ce qui allait suivre n’allait pas leur plaire. Après ce coup de fil, il s’assit dans un coin en attendant le retour de sa subordonnée, patientant jusqu’à ce qu’elle vienne le rejoindre sur le petit banc, près de la fenêtre.

– Nous allons atteindre ici, une voiture va passer nous prendre.

Il lui expliqua ensuite les conclusions auxquelles il en était arrivé. Le Coup d’État à venir, la préparation qui en était faite depuis de longs mois, l’armée manipulée tout comme l’avait été l’école et tous ses occupants, les élémentaires pointés du doigt, la population amenée à réclamer par elle-même plus de sécurité, de stabilité, de retour aux anciennes valeurs. Le maréchal parlait rapidement, à voix basse, d’un ton ton froid et direct, sans se perdre dans les détails inutiles. Cependant, rien ne pouvait dissimuler la fureur l’habitant désormais, le dégoût, la rancœur. Contrairement à ce que beaucoup croyaient, le soldat ne voulait pas d’une dictature. Tout ce qui lui importait était que le pays soit fort face à ses ennemis extérieurs ! L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne… Il ne voulait pas d’une guerre civile ou d’un régime totalitaire, pas du tout. Pas alors qu’il passait sa vie à préparer la France contre la force de frappe des dictateurs des pays ennemis.

– Je ne soutiens pas la thèse du « attendre et voir venir », conclut-il. Et je refuse qu’une dictature soit instaurée. Parlons peu mais bien, qu’êtes-vous prête à faire aujourd’hui pour ce pays ? Pour les élémentaires ? Pas seulement vos élèves. Si nous devons être alliés, décidons-le maintenant.

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Gabriella de Lizeux
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Âge RPG : 33 ans

MessageSujet: Re: Tentative de meurtre   Ven 4 Nov - 12:44

– Cherchons plutôt une ferme à l’écart, au moins pour se réchauffer un peu et trouver un téléphone. Je voudrai bien que l’on puisse passer inaperçus, enfin… Les journaux ont si bien faits leur travail que toute la France doit connaître votre visage. Et peut-être le mien. Peu importe, avançons, nous aviserons sur place.

Ouais, saloperies de journalistes… Serrant les dents, Gaby lança un regard un peu perplexe à Bradley lorsqu’il ôta sa veste et la lui tendit pour qu’elle l’enfile. Il avait peur qu’elle ne tombe malade ou quoi ? Elle n’était pas si fragile, en plus de ça, lui aussi était glacé. Gabriella était peut-être enceinte mais avait quand même vingt ans de moins, de quoi rendre la politesse à ce niveau. Une petite moue aux lèvres, elle se contint et ne répondit pas, se contenta de mettre le vêtement sur ses épaules puis de suivre sur le sentier. Ni l’un ni l’autre ne parlaient, ou très peu, pour échanger des phrases brèves sur la direction à emprunter ou se mettre à couvert et ne pas être repérés. Les minutes s’écoulèrent avec une certaine lenteur, ils passèrent un peu plus d’une heure à suivre ces fichus sentiers avant d’enfin arriver près d’une ferme isolée où ils pourront peut-être se réfugier. Épuisée et gelée, elle patienta pendant que son supérieur hiérarchique observait les alentours avec ses petites jumelles, la pensée « Coup d’État » tournant en boucle dans son esprit. Elle craignait que l’école n’ait été attaquée pour de bon, cette fois, priait pour que ses collègues se comportent tous en adultes responsables, histoire de changer un peu, et protègent les enfants.

En s’approchant de la ferme, entourée par un long muret de pierres, avec plusieurs bâtiments en pierre et en bois, une étable et un moulin, surmonté d’une haute grange et d’un hangar aux dimensions plus modestes, ils tombèrent d’abord sur un vieil homme occupé à faire des bûches à la hache, le saluant poliment. Bonjour, deux inconnus arrivent chez vous trempés jusqu’aux os en demandant un coup de main ! Tout va très bien, dans ce pays. Elle retint un rire nerveux en laissant Bradley raconter brièvement ce qui leur était arrivé, sans s’encombrer du léger détail « Des personnes ont voulu nous capturer ou nous tuer ». Voilà un paramètre de l’histoire si peu important… La femme du vieil homme arriva peu de temps après et Gaby se retrouva tout à coup submergée par une vague de douceur maternelle qu’elle n’avait pas vu venir, se laissant pousser vivement à l’intérieur par la petite mamie qui ne cessait de l’appeler pauvre enfant, en ajoutant qu’elle devait se réchauffer, enfiler des vêtements secs, qu’une femme enceinte était fragile, etc. Fragile… « Fragile » ? Sérieusement ? Quelle était la dernière personne dans ce monde à l’avoir déjà taxée de fragile ? Et sans rire en plus.

– Allez donc vous réchauffer, « ma pauvre enfant », ricana Bradley à voix très basse en passant à côté d’elle.

Abruti ! Gabriella lui lança un regard assassin avant d’entrer dans la salle de bain, avec la grand-mère qui faisait déjà couler de l’eau chaude en la pressant de se débarrasser de ses vêtements mouillés. Elle alla fermer la porte puis revint mettre un petit liquide de bain dans la baignoire. Trop fatiguée pour être pudique, la jeune femme tira sur ses habits trempés et les laissa sur une petite chaise avec le maigre espoir qu’ils sèchent un peu, frissonnant avec violence en entrant dans la baignoire d’eau brûlante. La petite mamie vint même l’aider à se laver les cheveux, Gabriella se laissant faire sans rien dire, pour une fois. Une fois lavée et un peu réchauffée, elle enfila des sous-vêtements et une robe que la vieille femme lui prêta, un habit qu’elle-même avait porté lorsqu’elle était enceinte. C’était la mode une quarantaine d’années plus tôt, ça, Gabriella n’était même pas née lorsque les femmes portaient encore ce genre de robe très droite, longues, avec des petits cols blancs et des bouts de manches sages, cachant bien la poitrine et les jambes. Enfin peu importe. Ressortant de la salle de bain, elle rejoignit Bradley sur un petit banc, placé près de la fenêtre, dans la pièce principale de la maison. Un feu ronflait dans la cheminée, réchauffant agréablement la pièce.

– Nous allons atteindre ici, une voiture va passer nous prendre.

Il ne perdait pas de temps. Les bras croisés, elle l’écouta exposer ce qu’il avait songé à propos de tout ça, silencieuse, le regard dans le vague. Que tout ce qui arrivait depuis des mois soit l’aboutissement d’un vaste plan destiné à déstabiliser profondément le pays pour instaurer un régime plus dur et sec, clairement une forme de dictature. Pointer du doigt un ennemi commun pour rassembler le peuple, ça, c’était une tactique vieille comme le monde et qui fonctionnait toujours, quelle que ce soit l’époque. Les citoyens manipulés, comme l’armée elle-même, comme les élémentaires… Inutile de lire les pensées de Bradley pour deviner sa fureur et son dégoût. Exiger plus de sécurité, de la stabilité, de revenir à un ancien modèle désigné comme l’âge d’or. La jeune femme prit une petite inspiration, regardant à présent par la fenêtre, tout en écoutant. Présenté ainsi, les choses prenaient une tournure évidente, comme si on parvenait enfin à imbriquer toutes les pièces d’un puzzle pour lui donner une forme cohérente. Et c’était très douloureux. Reportant le regard sur le maréchal, elle s’apprêta à dire quelque chose puis se ravisa. Ils avaient tous été manipulés, réaliser qu’on s’était battu, débattu, durant des mois pour ne pas céder de terrain alors que tout était déjà joué par avance… Pour le coup, elle avait vraiment envie de fondre en larmes. Tout ça pour ça. Rendue déjà amère durant ces derniers mois, Gabriella avait le sentiment qu’elle ne pouvait plus du tout faire machine arrière, dorénavant. Et le pensionnat… Il semblait soudain si petit au milieu de toute cette affaire.

– Je ne soutiens pas la thèse du « attendre et voir venir », conclut-il. Et je refuse qu’une dictature soit instaurée. Parlons peu mais bien, qu’êtes-vous prête à faire aujourd’hui pour ce pays ? Pour les élémentaires ? Pas seulement vos élèves. Si nous devons être alliés, décidons-le maintenant.

– A-t-on le choix, seulement ? grinça-t-elle en le regardant droit dans les yeux. Je ne veux pas non plus d’une dictature et abandonner maintenant après avoir subi tout ça… Je ne peux pas non plus. J’avais prévu de… Disons confier plus de responsabilité dans le pensionnat à mes collègues le temps d’en apprendre plus sur ce qui se trame vraiment dans ce pays. Au moins, aujourd’hui, c’est clair. Il nous faut plus d’informations. Puis organiser la résistance. Je ne devrai pas mais je vous confiance. Au moins dans ce genre de domaine.

Douloureux à avouer… Ne tenant plus assise, elle se leva d’un bond et fit les cents pas dans la pièce, réalisant peu à peu ce qu’elle venait de dire. Désormais, elle acceptait de travailler de son plein gré avec Bradley et ceux qui les rejoindront pour lutter contre la dictature se mettant soigneusement en place dans ce pays. Près des mois de luette, de soupçons, de blessures, de crises de nerfs, d’agressions et d’enlèvements. L’école n’avait été qu’un simple pion que leurs opposants avaient agités et voulaient achever aujourd’hui. Ils avaient déjà décidé de déménager l’école dans un endroit beaucoup plus retiré et dissimulé, ce déplacement devenait urgent. Dans quelques jours à peine, les enfants partiront en classe de neige dans les Alpes. C’était le moment ou jamais, il faudra commencer à vider l’école et tout déplacer. Restait à trouver un lieu. Gabriella pouvait aider à mettre l’école en sécurité une ultime fois puis elle la quittera. La gorge serrée, elle serra ses bras autour d’elle puis inspira assez fort. Allez, on se reprend, c’était une « simple école », après tout. Juste un travail. Ne pas pleurer, surtout ne pas pleurer, ce n’était rien qu’une étape de plus. Pas le bon moment pour craquer un peu.

– Le pensionnat va devenir un des derniers refuges pour les élémentaires, connaissez-vous un endroit reculé, loin de la Franche-Comté et de Paris, où il sera possible de le cacher ? demanda-t-elle en se retournant vers le militaire. Et un endroit pour rassembler aussi les élémentaires et autres personnes qui voudront rejoindre la résistance. Se préparer si on en arrive vraiment à un massacre d’ampleur ou une guerre civile.

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Tentative de meurtre   Dim 13 Nov - 14:40

HJ : Thank you pour l’idée de lieu et le reste, car moi, j’en avais pas du tout.xD

– A-t-on le choix, seulement ? grinça-t-elle en le regardant droit dans les yeux. Je ne veux pas non plus d’une dictature et abandonner maintenant après avoir subi tout ça… Je ne peux pas non plus. J’avais prévu de… Disons confier plus de responsabilité dans le pensionnat à mes collègues le temps d’en apprendre plus sur ce qui se trame vraiment dans ce pays. Au moins, aujourd’hui, c’est clair. Il nous faut plus d’informations. Puis organiser la résistance. Je ne devrai pas mais je vous confiance. Au moins dans ce genre de domaine.

Très touchant… Et visiblement, avouer ça lui arrachait la langue étant donné la tête qu’elle tirait à présent. Bah, elle s’en remettra, il y avait bien pire à gérer, dorénavant. Albert resta assis sur le banc, un bras posé contre le dossier, lorsque sa collègue se leva d’un bond pour faire les cents pas dans la pièce. Le maréchal passa une main devant sa bouche puis se frotta un peu le menton avec lenteur, plongé dans ses pensées, réfléchissant à la suite de leurs manœuvres. L’avantage avec la population de ce pays était qu’elle n’était guère difficile à soulever, il était bien facile d’allumer le feu de la révolte dans le cœur des Français, et encore plus facile d’attiser colère et ressentiment chez les élémentaires, ainsi que leur désir de justice, après ce qu’ils avaient subi ces derniers mois. Ils répondront à l’appel de résistance, même s’ils étaient très peu nombreux au début, cela suffira pour le début des actions, les rangs grossiront peu à peu. Bien… Il était donc temps de quitter ses fonctions officielles pour emprunter le chemin de la désertion. Puisque le gouvernement décidait de bafouer ce pays, il ne méritait plus d’être servi, il ne fallait se concentrer que sur les intérêts et la défense de la nation. Une nation qui avait perdu les services de ses dirigeants, soit, ce n’était guère une raison pour tout abandonner. Le cœur de sa défense ne mourra pas.

– Le pensionnat va devenir un des derniers refuges pour les élémentaires, connaissez-vous un endroit reculé, loin de la Franche-Comté et de Paris, où il sera possible de le cacher ? demanda-t-elle en se retournant vers le militaire. Et un endroit pour rassembler aussi les élémentaires et autres personnes qui voudront rejoindre la résistance. Se préparer si on en arrive vraiment à un massacre d’ampleur ou une guerre civile.

– Dans un premier temps, rassembler les deux endroits en un seul lieu caché me semble judicieux, répondit-il en se levant. Même pour les nerfs de vos élèves ou professeurs, ils paniqueront moins que si vous leur dites que vous quittez tout pour partir avec la Résistance.

Albert plongea la main dans sa poche et en sortit une carte pliée avec soin, l’étalant sur la table en bois. C’était une carte représentant tous les chemins, routes, sentiers de randonnées et petites voies d’accès possibles en France, une carte qui recouvrait presque toute la table, que le maréchal gardait sans cesse sur lui. Il la lissa puis passa la main dessus, son regard balayant les différentes régions et s’arrêtant sur des points et d’autres, des codes et des insignes, dont la carte était parsemée. Sa main s’arrêta sur la région du Centre, sur le Périgord et ses quatre zones. Ici. Il tapota la région du doigt et expliqua qu’un lieu pourra convenir. C’était autrefois, au treizième siècle, un sanctuaire religieux, composé d’un monastère, un couvent, une cathédrale et une école de moines pour les enfants destinés à rejoindre les Ordres. Il expliqua que ce sanctuaire avait été utilisé jusqu’à la Révolution Française, où il avait été saccagé et vidé de ses richesses. Les lieux étaient ensuite passés de main en main avant d’atterrir dans celles de l’État, qui les avait remis à la vente quelques temps plus tard. Le propriétaire actuel était l’un des généraux de Bradley et s’était souvent plaint qu’il ne trouvait aucun acheteur pour ce « gros tas de pierre inutile », comme il l’appelait.

– Quelques aménagement seront nécessaires, bien entendu, ainsi que des travaux de restauration dans la plupart des parties du bâtiment. Je vous engage à venir visiter ? Nous avons le temps, mieux vaut se faire discret, nos ennemis sont sûrement déjà en train de surveiller les alentours du pensionnat et le village, ainsi que le domaine de votre futur mari, pour savoir quand vous allez y rentrer.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Tentative de meurtre   Mer 23 Nov - 14:01

– Dans un premier temps, rassembler les deux endroits en un seul lieu caché me semble judicieux, répondit-il en se levant. Même pour les nerfs de vos élèves ou professeurs, ils paniqueront moins que si vous leur dites que vous quittez tout pour partir avec la Résistance.

Ils n’allaient tout de même paniquer juste pour cela, non ? Même si elle partait, en leur disant qu’elle ne pouvait plus assumer son poste ou une partie, ils allaient réagir en adultes. Gaby se rapprocha de la table pour regarder l’immense carte très détaillée que le maréchal étala avec soin, la lissant du plat de la main. Il se promenait toujours avec ça sur lui ? Appuyée des deux mains sur le bord de la table, toujours gelée et un peu tremblante, elle regarda la région Centre lorsqu’il la tapota du doigt, observant le dédale de chemins, sentiers, routes, voies ferrées… La région était encore très mal desservie et peu accessible. Bradley lui indiqua alors un point plus précis et expliqua qu’on y trouvait un ancien domaine religieux, datant du treizième siècle, qui avait été délaissé à la Révolution Française et qui appartenait aujourd’hui à un de ses proches généraux. Sera-t-il assez grand pour abriter à la fois la Résistance et l’école ? Quelle était la configuration plus précise des lieux ? Les travaux à prévoir pour rendre l’endroit habitable ? Faudra-t-il consolider la structure ? Dans l’absolu, oui, ce sera un lieu isolé, sans doute très dur d’accès, mais c’était ce qu’il leur fallait, dorénavant. Et abandonner Sainte Famille… Le déménagement et les travaux prendront du temps, mais ils avaient le reste de l’année scolaire pour eux, en plus de l’été.

– Quelques aménagement seront nécessaires, bien entendu, ainsi que des travaux de restauration dans la plupart des parties du bâtiment. Je vous engage à venir visiter ? Nous avons le temps, mieux vaut se faire discret, nos ennemis sont sûrement déjà en train de surveiller les alentours du pensionnat et le village, ainsi que le domaine de votre futur mari, pour savoir quand vous allez y rentrer.

Certains de ses collègues allaient avoir l’impression qu’elle passait pas mal de temps à disparaître de la circulation sans prévenir… Le retour allait être joyeux. « Bonjour, oui, tout va bien, des types ont fait exploser notre convoi mais ça va, je suis en vie, merci beaucoup. Ah, et on a trouvé un lieu pour cacher les enfants. Il faut changer la direction de l’école, aussi, car la Résistance va se mettre en place, plus vraiment le temps pour tout. » Cette approche risquait effectivement de faire un petit peu paniquer. Gabriella hocha la tête en confirmant au maréchal que c’était le moment ou jamais pour aller visiter, oui. En attendant la voiture qui devait venir les chercher, la jeune femme alla remercier le couple pour leur aide puis se cala près de la cheminée pour tâcher de se réchauffer un peu. Il se passa presque une heure avant qu’un bruit au-dehors ne lui fasse relever la tête. Le départ se fit avec une certaine appréhension, après ce qu’ils avaient traversé. Où avaient bien pu passer leurs ennemis ? Il se passa un long moment dans un silence presque total avant qu’elle ne parvienne à se détendre un peu, allant jusqu’à somnoler à moitié durant le trajet. Il fallait au moins quatre ou cinq heures de route avant d’arriver à destination.

La nuit était tombée lorsque leur chauffeur avertit qu’ils approchaient. Gabriella rouvrit les yeux avec une certaine difficulté, secouée par les cahots de la route. Ils étaient en pleine forêt, dans un paysage très abrupt. Les falaises immenses couvertes de forêts cernaient des vallées étroites où pointaient fièrement les clochers des villes et villages. Le paysage entier était flamboyant des couleurs d’automne, du rouge, orange et jaune partout, la forêt semblait avoir pris possession de chaque centimètre carré de l’espace, c’est à peine si on pouvait déceler les routes et les bourgs. La voiture filait plus lentement sur un long chemin tout aussi encerclé par les bois, caillouteux et malaisé à emprunter en voiture. S’arrêtant, ils empruntèrent ensuite un autre sentier qu’il faudrait dégager avant que la voiture ne puisse prétendre y passer, un sentier qui les mena jusqu’à un haut et long mur de pierres anciennes, tombant en ruines, avec plus loin encore un très haut portail en fer forgé, rouillé et grinçant. L’ouvrir fut assez dur, ils s’y mirent à trois pour pousser ne serait-ce qu’un peu l’un des battants.

Derrière les grilles, une route de terre, encadrée par les arbres et toujours la forêt, étaient encombrées de mauvaise herbe, de cailloux et envahie par les feuilles mortes d’automne. Ils marchèrent sur une centaine de mètres avant d’arriver à un terrain plus dégagé et voir les différents bâtiments du sanctuaire. Une sorte de parc entourait tout d’abord un vaste bâtiment avec de hauts murs de pierre et des fenêtres avec vitraux et renforcements en fer. Ils entrèrent en passant par deux lourdes portes en bois à moitié défoncées, arrivant tout d’abord dans un cloître où restait encore quelques vieux outils de jardinage, comme on en utilisait autrefois, couverts de poussière et de moisissure. Ce devait être le monastère. Vide, délabré, poussiéreux, ne restait que les sols d’époque, magnifiques sous la crasse et la terre accumulé, les vitraux intérieurs, de vieux meubles tenant à peine debout et d’autres en chênes, très solides. Ils avançaient avec de grosses lampes torches emmenées par leur chauffeur, balayant l’endroit de larges faisceaux de lumière. Difficile de juger la taille alors qu’il faisait si noir et qu’ils n’avaient ni plan ni points de repères. Il y avait sans doute un sous-sol ou des celliers ? Elle n’avait pas fait attention si un étage existait. En sortant, ils trouvèrent plus loin un autre bâtiment tout aussi imposant, se découpant dans les ombres de la nuit, le couvent. La cathédrale était en retrait, bien plus loin, à moitié démolie.

– Très douillet, commenta-t-elle en voyant deux renards détaler à la lumière des lampes-torches. Avec un aménagement, ce sera parfait, personne ne trouvera l’école ici. Et à présent ? On passe la nuit ici ? J’aurai besoin de me faire une idée plus précise de l’endroit, en plein jour.

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Albert J. Bradley
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MessageSujet: Re: Tentative de meurtre   Lun 5 Déc - 17:05

Le maréchal replia la carte avec soin puis la rangea dans la poche intérieure de sa veste, s’étirant un peu en retournant près de la fenêtre pour surveiller l’arrivée de la voiture. Voyant voir… Si l’endroit visé convenait, d’importants travaux seront à prévoir pour permettre aux élèves et aux résistants d’y vivre cachés et s’y entraîner. Parallèlement à ça, il faudra une organisation de fer pour monter le réseau rebelle et y intégrer les personnes, préparer la contre-offensive, les moyens de communication, les ressources, les entrepôts secrets dont ils auront besoin, les différentes planques, les postes qu’il faudra mettre en place et les compétences-clés à rechercher, les personnes de confiance sur qui s’appuyer, etc. Des mois seront sans doute nécessaires avant de parvenir à monter un réseau opérationnel et fiable, qui devra tout d’abord permettre aux élémentaires et leurs soutiens de s’organiser, reprendre des forces et ensuite seulement passer à la contre-attaque. Des mois, mais qu’importe, Albert savait être patient. Ce ne sera pas la première guerre qu’il devra mener et certainement pas la dernière. Songer à abandonner serait immonde.

La voiture vint les chercher plus d’une heure après, leur chauffeur silencieux et partant dès qu’ils furent à l’intérieur, après avoir salué leurs hôtes du jour. Bradley passa tout le trajet à réfléchir à la mise en place du réseau rebelle qu’ils devaient mettre sur pied, laissant sa collègue somnoler à côté de lui. Peu à peu, le jour baissa, la journée avançait vers la fin. Les paysages défilaient, par la fenêtre de la voiture, ils quittèrent la région, passèrent sur des routes peu fréquentées, la nuit avançant de plus en plus. Une nouvelle route, puis encore une autre, la voiture continuait inlassablement, emportant ses passagers vers ce qui promettait de devenir un nouvel espace de liberté. La colère d’avoir été ainsi manipulé ne quittait Albert, le motivant plus que jamais à faire payer cet affront et empêcher qu’une dictature s’installe durablement sur ce pays, qu’il s’était juré de défendre jusqu’à la mort. Il était déjà bien terre lorsqu’ils arrivèrent, devant quitter la voiture pour poursuivre à pied. Le chemin était trop impraticable en voiture ou même en vélo, l’avancée devint vite compliquée, surtout dans le noir.

Après vingt bonnes minutes de marche dans les fourrés, le rochers, les racines sortant du sol, les feuilles montant presque jusqu’au-dessus des chevilles, la terre, la boue et un semblant de sentier tellement envahi par la végétation qu’il en devenait invisible, ils arrivèrent près d’un immense mur de pierre, recouvert de lierre. Encore un eu de marche et ils arrivèrent à grand portail de fer forgé, rouillé, contre lequel ils durent s‘y mettre tous les trois avant de parvenir à le pousser suffisamment pour pouvoir y entrer. Aucun des propriétaires successifs n’avait jamais dû venir dans le coin depuis un bon siècle… La route, encadrée par une épaisse forêt, filant par-delà l’entrée aurait pu faire un très bon terrain pour un film d’horreur, même si elle était plus large que le sentier auparavant. Ils continuèrent durant une centaine de mètres, le maréchal tenant une des torches électriques en main et l’autre serrant son arme. Un immense bâtiment de pierre finit par sortir des ombres, se découpant dans le ciel nocturne, imposant et impressionnant, comme un gros monstre de pierre assoupi depuis des années.

D’autres bâtiments se dessinaient dans la nuit, l’endroit serait, pour une personne facilement effrayée et impressionnable, un lieu de terreur, à ne pas en douter. En entrant, le maréchal sentit qu’il soulevait une épaisse couche de poussière, qui fit courir une myriade de petits insectes. Les lieux étaient complètement délabrés, le lierre grimpait aux murs avec la moisissure, des insectes grouillaient sans doute par milliers, des toiles d’araignées géantes s’étiraient entre les poutres au plafond, les quelques meubles restants étaient couverts de crasse et de poussière, en résumé, un endroit où personne n’avait dû entrer depuis bien des années. Les faisceaux de leurs lampes balayaient les différentes pièces pour ne trouver que poussière et délabrement. L’endroit semblait grand, même s’il était difficile d’en juger précisément en pleine nuit. Le maréchal leva le nez en rehaussant sa lampe pour observer l’état des plafonds. Les murs, même ceux pris par le lierre, résistaient et étaient encore très solides, de la construction comme on n’en faisait plus aujourd’hui, cette qualité solide et en même temps harmonieuse était typique du Moyen-Âge, âge d’or des bâtisseurs de Cathédrales et des sanctuaires.

– Très douillet, commenta-t-elle en voyant deux renards détaler à la lumière des lampes-torches. Avec un aménagement, ce sera parfait, personne ne trouvera l’école ici. Et à présent ? On passe la nuit ici ? J’aurai besoin de me faire une idée plus précise de l’endroit, en plein jour.

– Il vaut mieux dormir dans la voiture, après l’avoir caché. On ne va pas rester ici sans savoir si une pierre ne va pas se détacher du plafond pour nous tomber dessus au cours de la nuit.

Il était déjà tard, ce ne sera qu’un maigre repos qu’il sera possible de grappiller. Bradley fit signe aux deux autres de suivre, ils allaient sortir de là pour le moment. Le chemin du retour prit plus de temps que l’aller, car la nuit s’était encore épaissie, la lune masquée par de lourds nuages. Il devait sans doute être plus d’une heure du matin lorsqu’ils purent enfin se reposer dans le véhicule, chacun replié dans un petit coin, pour tâcher de prendre au moins deux ou trois heures de sommeil. Une nuit inconfortable et assez agité, qui ne fut sans doute profitable à personne et encore moins réparatrice. La lumière du jour vint les trouver, accompagnée d’une brume persistante, et d’un air si froid de novembre. Même le maréchal se sentit fatigué en quittant à nouveau la voiture pour observer les alentours à la lumière. Il était très tôt et même les manteaux qu’ils portaient ne les protégeaient pas du froid et de l’humidité. Ajouté à cela, la pression de la veille et tout ce qu’il y avait à penser pour monter un vaste réseau de résistance… Les nerfs étaient mis à rude épreuve. S’étirant longuement, il rejoignit ses collègues à l’entrée du sentier, prenant un des sacs à dos que le chauffeur avait emmené avec lui avant de venir les chercher, contenant du matériel et un peu de provisions.

– Il y a une chose que je ne vous ai jamais demandé, d’ailleurs, lança-t-il à la jeune femme en se remettant en route. Pourquoi avoir voulu lutter, dès le début, même seule ? Vous aimez plus la liberté que votre propre vie ?

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Tentative de meurtre   Ven 13 Jan - 21:57

– Il vaut mieux dormir dans la voiture, après l’avoir caché. On ne va pas rester ici sans savoir si une pierre ne va pas se détacher du plafond pour nous tomber dessus au cours de la nuit.

Pas faux. Gabriella haussa les épaules, n’ayant plus guère la volonté de décider de quoi que ce soit pour ce soir ou cette nuit. Ils reprirent le chemin en sens inverse, torches en main, avançant plutôt péniblement et se prenant régulièrement les pieds dans les racines, les branchages, s’enfonçant dans la terre ou se griffant à ils ne savaient quoi. Après un trop long trajet, ce fut épuisés qu’ils arrivèrent à la voiture et y entrèrent à nouveau. Gabriella se blottit dans son coin et ferma les yeux, frissonnant à cause du froid mais ne tardant pourtant pas à s’endormir. Quelques heures ainsi grappillées, d’un mauvais sommeil, qui la laissa encore plus fatiguée qu’elle ne l’était en se « couchant » pour la nuit. En sortant de la voiture, Gabriella eut un léger temps d’arrêt en voyant que même le maréchal avait un air fatigué, scène assez exclusive. Détournant le regard, elle attrapa un des sacs à dos que le chauffeur lui tendit au passage, le jetant sur ses épaules sans même prendre la peine d’en vérifier le contenu. Allez, ils étaient repartis. A la lumière du jour, le sentier lui semblait encore plus tortueux que la veille, ils ne pouvaient même pas progresser plus vite tant ils avaient du mal à voir où ils posaient les pieds.

– Il y a une chose que je ne vous ai jamais demandée, d’ailleurs. Pourquoi avoir voulu lutter, dès le début, même seule ? Vous aimez plus la liberté que votre propre vie ?

– Vous arrivez encore à me poser ce genre de questions… Vous ne pensez pareil, vous-même ? Qu’il y a des causes pour lesquelles on ferait n’importe quoi, même seul, même si tout le monde vous crache dessus ? C’est pour les mêmes raisons que moi que vous êtes ici aujourd’hui.

N’est-ce pas ? Elle tourna brièvement la tête pour le regarder, lisant dans son regard qu’elle avait ciblé juste. Souriant malgré elle, en un rictus mêlé d’autant de désespoir que de résignation, elle poursuivit son chemin en tâchant de ne plus perdre du temps. A présent, s’ils avaient un endroit où déplacer l’école et installer la Résistance, il fallait s’y mettre tout de suite pour le déménagement. Ce qui voulait dire qu’ils devaient tous deux, le maréchal et elle, disparaître dès maintenant…

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