1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Appel angoissé

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
Professeur d'arts martiaux

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  • Membre
Récits : 261

Âge RPG : 42 ans

MessageSujet: Appel angoissé   Dim 18 Sep - 23:02

Kimmitsu tenait encore la lettre en main lorsqu'il prit le téléphone. Il était très tard ici et dans le cours de la matinée au Japon, ça ira bien. En attendant qu'on décroche, il relut la missive avec un profond soupir, s'appuyant contre le mur. Ce fut leur mère qui décrocha et il commença par la saluer poliment, demandant s'il était possible de parler à Josuke. Lorsqu'il prit le téléphone à son tour, Kimmitsu dit rapidement bonjour, tirant une chaise pour s'y asseoir. Il ignorait si la discussion allait être longue ou non, cependant, dans tous les cas, autant se mettre un peu à l'aise, on ne savait jamais. Il reposa la lettre près du combiné, y jetant un regard en entendant vaguement quelqu'un, derrière, quitter la pièce et refermer la porte coulissante.

– Je t'appelle car je m'en voudrai de mourir idiot, commença-t-il en soupirant à nouveau. Qu'est-ce qui s'est passé, comment es-tu arrivé à penser que tu aurai pu avoir un don qui s'est perdu ? On ne le perd pas comme ça, tu sais, même enfant, il faut un certain choc.

– Je ne me souviens plus de rien, Kimmitsu, soupira-t-il. Je sais juste que c'est logique, on en a parlé avec Eisen, puis Munemori. Pourquoi cela te préoccupe-t-il tant ? C'est de l'histoire ancienne, tout ce qui compte est que Genji et... qu'il soit tiré d'affaire.

– Eisen qui fait des recherches sur les dons et qui en parle avec qui que ce soit, ce n'est déjà pas normal... Que Himako en vienne à te traiter d'ahuri qui ne sait pas se révolter, ça aussi, ce n'est pas normal. Ensuite, étant donné la situation, oui, je trouve bizarre que tu ne te souviennes pas.

Appuyé contre le dossier de son chaise, il tapota légèrement des doigts sur le guéridon, près du téléphone. Le majordome d'Auguste, qui passa dans la pièce au même instant, lui montra tout à coup un bloc-notes et un crayon, Kimmitsu secouant la tête avec un geste de remerciement. Non, ça va, il ne devait pas noter quoi que ce soit. Steven s'inclina rapidement puis quitta la pièce. Il avait vraiment un œil partout, cet homme, c'était impressionnant. Tel était le rôle d'un majordome, toujours précédant son maître sans jamais s'imposer, afin d'être là en cas de problème, chef des domestiques et responsable de bien des affaires, bras droit du maître de la maison en toutes circonstances. L'emploi était important dans ce genre de milieu et confié à des personnes de grande confiance. Des personnes qui devenaient très souvent des proches intimes de la famille, tout en restant dans leur rôle. Reportant le regard sur ce qui l'entourait, il attendit que son frère daigne lui répondre, tout en se demandant combien de mauvaises nouvelles ou d'annonces stressantes il pourra encore encaisser avant d'être vraiment épuisé.

– Akane a développé l'eau et était terrifiée, répondit enfin son frère à voix plus basse. Eisen l'a aidée puis a fait des recherches.

– Et quel rapport avec la dispute entre toi et Eisen, alors ? Et pourquoi as-tu oublié ton don, si tu en as vraiment eu un ?

– Il m'a pris Akane des bras en pensant qu'elle était en danger, ça a dégénéré et on s'est hurlé dessus. Puis il a émis certaines hypothèses, disant que c'était possible que je n'en garde aucun souvenir si j'étais jeune à ce moment, comme il s'agissait d'un don naissant, soupira-t-il encore. Ce n'est rien d'important, Kimmitsu, pourquoi tiens-tu à le savoir ? C'est le passé.

Le professeur s'appuya du code sur le guéridon, la tête posée contre le creux de sa paume, les yeux fermés, silencieux. Réussir à faire hurler Eisen de colère, un très grand bravo pour cet exploit. Il comprenait mieux la façon dont leur frère avait dû perdre ce pouvoir... Ce qui voulait dire que la peur et la colère contre ces éléments aurait pu ne pas être alimenté si fort. Avait-il eu peur de ces pouvoirs à ce point ? Au point d'en être malade en les voyant naître chez ses propres enfants ? Une larme silencieuse roula sur sa joue alors qu'il repensait à toutes ces disputes, ces hurlements. S'il avait su, il aurait même emmené Himako avec lui, sans doute aurait-elle été plus heureuse en grandissant loin de tout ça.

– Je vois, murmura-t-il.

– Je suis désolé... murmura-t-il d'une voix rauque. Oublie tout ça, garde juste en tête que Genji ne risque rien.

– Désolé de quoi ? marmonna Kimmitsu d'un ton perplexe. Pour le coup, ce n'est pas toi qui devrais être désolé.

– Si j'avais gardé ce souvenir, les choses auraient été différentes depuis des années. Ce n'est que maintenant que je comprends...

Et ça n’aurait rien changé du tout les années suivantes, lorsqu’ils étaient adolescents, ce que Kimmitsu répliqua d’une voix lasse en s’essuyant les yeux. Il rajouta à son frère qu’il n’allait quand même pas s’en vouloir pour ça, il n’avait rien demandé et qu’une fois qu’on vous éduquait dans un sens, ce n’était pas évident d’en prendre un autre. Il fallait un caractère plus… revendicatif. Ou être une « tête d’imbécile ingrat qui ne respectait rien », comme son père le lui avait reproché à quinze ans. Kimmitsu ne put s’empêcher de sourire en se souvenant de ça, trouvant cette dispute tellement dérisoire aujourd’hui, ridicule. C’était comme ça, le temps était passé, la colère et l’amertume aussi, la solitude également. Le temps ne pouvait pas tout guérir mais il pouvait atténuer certaines peines.

– Je ne m’en veux pas, je réalise seulement certaines choses et j’aurais pu vous aider avant, agir plus tôt au lieu d’attendre des années. Mais c’est le passé, le principal est que vous alliez bien quand même aujourd’hui. Enfin, autant que possible.

– Tu ne me feras pas avaler que tu ne t'en veux pas, marmonna Kimmitsu en levant les yeux au ciel. Tu mens aussi mal que ton fils lorsque tu ne vas pas bien. Donc en résumé, Genji et Akane ont un don tous les deux, tu en as eu un que tu as perdu, suite à... Disons, une certaine forme d'éducation, et aujourd'hui, tu arrives à te prendre la tête avec Eisen ?

– Eisen a changé aussi, il n'est plus celui que nous connaissions. Il a dit lui-même que je ne le connaissais pas, alors ce n'est pas si étonnant que cela.

– Je ne peux pas prétendre le connaître non plus, il avait quoi, à peine plus de dix ans, lorsque je me suis sauvé ? Et que pense sa femme de tout ça ?

C'était un autre point particulièrement important. Si Kimmitsu connaissait finalement très peu son petit frère, il connaissait encore moins sa belle-sœur et ne s'était jamais particulièrement bien entendu avec elle les quelques fois où il avait rendu visite à sa famille, ces dernières années. Il y avait un rejet latent contre les pouvoirs et pour être en paix, il ne fallait ni les montrer, ni en parler, c'était le seul moyen d'éviter les disputes à ce sujet et ne blesser personne. Si Sayuri n'était pas tant contre ce genre de pouvoirs, Eisen pourrait les utiliser plus librement devant elle et sans doute s'installer ailleurs dans le village avec elle et leur fils, même si c'était contraire aux coutumes. Son frère ne répondit pas tout de suite, faisant craindre à Kimmitsu que non, définitivement non, l'épouse d'Eisen n'était pas prête à accepter tout cela.

– Comme on s'y attend... Elle n'aime pas les dons, ce qui n'est pas étonnant, et je crois qu'Eisen reste normal avec elle, autant que possible.

– Normal, c'est ça, il finira par devenir dingue. Ou tomber malade.

Accumuler un sentiment de fureur, d'injustice et de révolte, jusqu'à ne plus arriver à relativiser les choses et être prêt à faire, accepter n'importe quoi pour se sortir d'une situation trop étouffante, même si rien n'était spécialement difficile. S'emporter contre sa propre famille, tout laisser tomber du jour au lendemain et ne plus jamais revoir personne pour Himako. Faire des crises de nerfs, fuguer parfois, tomber malade pour Genji. Rejeter l'autorité paternelle, briser les coutumes ancestrales et quitter son continent de naissance pour lui. Les réactions pouvaient être assez violentes.

– Je le sais déjà, ça, Kimmitsu, dit-il d'un ton assez désespéré, mais que veux-tu que je fasse ? Il veut partir mais n'ose pas, et je ne peux pas l'y pousser, l'y obliger. De toute façon, il ne m'écouterait pas.

– Pourquoi n'ose-t-il pas ? demanda Kimmitsu d'un ton perplexe. Qu'est-ce qui le retiens ?

– Il ne me l'a pas dit, je n'ai que des hypothèses. Sa femme s'oppose à tout déménagement, c'est tout ce qu'il a dit.

– Ah... Dis-moi... Sayuri n'a jamais parlé des dons avec Himako ou quelqu'un qui s'y connaît ? Ne t'alarme pas trop, hein, par contre, si tu pouvais me la passer...

Qu'elle sache au moins qu'une personne poussée à bout comme Eisen risquait de développer un second don de manière violente, un don qui entrera en conflit direct avec le don de naissance et pourra causer des dommages psychiques et physiques à son porteur. Ils avaient eu le cas avec la jeune Céleste il y a quelques mois et le sous-directeur n'avait pas envie que ça se reproduise avec son propre frère. Il attendit que son frère lui passe la jeune femme, se frottant les yeux avec une certaine lenteur. Par où commencer ? Si elle détestait déjà les dons... Ou en avait peur, ce qui revenait au même, ça s'annonçait très compliqué. Il entendit un peu de remue-ménage, puis une voix très claire lança un "Oui, allô ?" au téléphone. Il commença par lui dire qui l'appelait, tâchant de garder une voix neutre au possible, pour bien engager la discussion. Il pouvait sentir depuis la France la méfiance extrême de sa jeune belle-sœur, débutant par faire un bref résumé de la situation et ajoutant qu'il s'inquiétait pour Eisen. Derrière, il pouvait entendre Josuke faire il ne savait quoi, sans doute cuisiner.

– Tu t'inquiètes pour un frère que tu vois une fois tous les trois ans ? marmonna tout à coup Sayuri.

... Merci... Donc. Il passa sur le reproche comme si de rien n'était, ajoutant ensuite qu'ayant le même don qu'Eisen, il savait qu'il devait éprouver certaines difficultés en ce moment avec une vie où il ne pouvait pas exprimer librement son pouvoir, la jeune femme émit un léger sifflement mais il ne lui laissant pas le temps d'l'interrompre, ajoutant aussitôt que le danger était, à force de trop serrer et étouffer un don, qu'on risquait d'être blessé, de tomber malade, et même de développer un second pouvoir qui entrera en opposition au premier, et donc accroître les risques de blessures, voire la mort. Il écarta tout à coup vivement le combiné lorsque sa belle-sœur hurla sans crier gare qu'elle en avait assez de toujours entendre les mêmes bêtises et que c'était complètement impossible, qu'il devrait arrêter de "délirer depuis son pays de dingue et qu'elle refusait d'écouter les soit-disant conseils d'un homme qui avait jeté sa propre famille comme un déchet pour quitter le pays". Elle dû jeter le téléphone sur le buffet ensuite, car il entendit un choc sourd et un bruit de pas s'éloigner. D'accord... Kimmitsu en resta coi, rapprochant le combiné à nouveau en entendant ensuite une porte qui se refermait. La honte était toujours profonde... Il l'avait sous-estimé, le temps n'avait rien atténué du tout.

– Que lui as-tu dit pour la mettre en colère comme ça ? Je vais essayer de la calmer.

– Je lui ai expliqué ce qui risque d'arriver à Eisen. Ce qui a été évité à moitié avec Genji, en résumé. Elle ne m'a pas cru et je ne pense pas que tu arrives plus à la convaincre... Ecoute. Himako refuse toujours de venir à la maison ?

Son frère confirma et Kimmitsu soupira assez fort, une main contre le front.

– Eisen est en vacances, là, non ?

– Oui, mais pourquoi ? répondit-il avec un temps d'hésitation. A quoi penses-tu ?

– Demande-lui de venir quelques jours chez nous. Si Himako est au terme de sa grossesse, je ne vais pas la charger d'une tâche de plus. Je pourrai l'aider avec son don et ça lui fera changer d'air.

– Avec la dispute que tu viens d'avoir avec sa propre femme ? Il ne pourra jamais venir...

– Si tu trouves plus facile de convaincre Himako de revenir à la maison que de convaincre Eisen de partir quelques jours en France, je t'en prie. Tu es prêt à affronter notre sœur ? Elle est plus colérique que nous tous réunis.

– Je comptais sur toi pour la convaincre, dit-il d'un ton plus pressé. Je préfère parler à Eisen, sinon je demanderai à Munemori de m'aider.

– Bien ce que je me disais... Arrangez-vous pour qu'il puisse venir au moins quelques jours. Sinon, rien à voir, mais puisqu'on parle de voyage, tu es vraiment d'accord pour que Genji passe quelques jours en Chine ?

Ce point-là, le sous-directeur avait mis un moment avant de le croire, n'ayant pas cru que Josuke et Emiko soient prêts à laisser leurs fils ne pas rentrer tout de suite aux vacances d'hiver et le laisser aller passer quelques jours en Chine dans la famille d'Océane, malgré tout ce qui était arrivé et leur envie de le revoir. Son aîné répondit un "Oui, bien sûr", d'un ton très convaincu, faisant hausser les sourcils du futur père.

– Les parents d'Océane préféraient être sûrs aussi... Bon, normalement, il ne devrait plus rien arriver de trop grave d'ici la fin de l'année, enfin, pas d'autres décès. On devra parler quand je viendrai.

Il lui rappela de parler à leur petit frère et sa femme assez vite, que cette histoire puisse être en partie réglée. Après quelques mots, il raccrocha finalement, se fourrant la tête entre les mains avec un profond soupir. Les dons causaient pas mal de soucis et étaient sources de beaucoup de joies, difficile de se faire une opinion solide lorsqu'on avait pas toutes les cartes en main...

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