1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Déménagement au château

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Jasper K. Nakajima
Lycéen
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Âge RPG : 16 ans

MessageSujet: Déménagement au château   Ven 16 Sep - 16:20

Un déménagement en urgence après l’installation de Solène, voilà à quoi ils avaient eu droit. Jasper poussa la porte du pied en portant ses affaires dans les bras et sur le dos, ayant un temps d’arrêt en regardant la chambre, qui devait bien faire le double de celle qu’il avait partagé avec sa petite sœur, chez le prof, au village. Il avait complètement perdu l’habitude ce genre de chambre ! Parquet en bois, immenses rideaux de velours aux fenêtres, lit double à baldaquin, grosse armoire, bureau en chêne, tableaux de paysages enneigés aux murs, etc. Et le prof appelait ça un simple manoir ? Jasper appelait plutôt ça un château, oui, fallait faire la différence. Il ne lui fallut que peu de temps pour ranger ses affaires, n’ayant que le strict nécessaire et peu envie de perdre du temps dans les achats de vêtements. A un moment, un homme vint frapper à sa porte et lui demanda s’il avait besoin d’aide pour s’installer, Jasper secouant la tête pour dire non et le remerciant. Pour quelques vêtements, des livres et une paire de chaussures, ça ira. Le reste était au pensionnat, dans sa chambre.

Une fois installé, il ressortit, les mains dans les poches, partant un peu en exploration de la maison. Grande. Très grande. Trop grande. Il essayait de regarder un peu partout, les tableaux, les moulures au plafond, la décoration, le nombre impressionnant de portes, de recoins, d’escaliers, ce serait tellement facile de se perdre, là-dedans il était convaincu qu’il devait y avoir aussi des passages secrets, voire des souterrains. Il croisait des domestiques de temps à autre, tous très discrets et silencieux dès lors qu’ils voyaient un membre de la famille, pour ne pas déranger par des bavardages. Voilà bien une atmosphère qui ne lui avait pas manqué. Il descendit un escalier de plus, arrivant au premier étage et cherchant où était la chambre de sa sœur. Il finit par la trouver au bout de longues et laborieuses recherches, toquant vite fait à la porte pendant qu’elle était en train de ranger ses affaires. Sa chambre était tout aussi grande que celle de Jasper, on se croirait vraiment dans un roman. Il s’avança à la fenêtre pour regarder au-dehors, l’immense parc, les murs au loin.

– C’est immense, ici, dit-il en penchant pour voir en bas. On va bien se perdre pendant quelques jours avant de se repérer un minimum. Tu viens, on va explorer un peu ?

Il attendit que sa frangine ait terminé de s’installer puis repartit avec elle. Il entendait parfois des échos de voix, croisant une chambrière qui passait la serpillière en sifflotant dans un grand salon avec un parquet parfaitement lustré qui brillait et où on avait même pas peur de marcher, tant il était parfaitement propre. Ils s’aventurèrent dans l’aile arrière de la maison, tombant alors sur la bibliothèque, qui arracha un sifflement d’admiration à Jasper. Elle était même plus grande que celle du pensionnat ! Il y avait un plan pour s’y aventurer ? Touchant les rayonnages du bout des doigts, il sortit un bouquin au hasard, avec une reliure en cuir épaisse, l’ouvrant et jetant un regard curieux. C’était un roman de chevalerie, un genre qu’il avait beaucoup lu étant petit, lors de la période où il s’était passionné pour les histoires du Moyen-Âge. Reposant le livre à sa place, il continuait sa route lorsqu’il vit une feuille de papier pliée qui était tombée sous une des tables. Le lycéen se mit à quatre pattes pour aller la récupérer et l’ouvrit. C’était une lettre, datant du 7 octobre 1930, de leur ancienne prof, au pensionnat. Il appela Laura pour la lui montrer, lisant en même temps qu’elle.






Cher Auguste,
7 octobre 1930





Comme promis avant notre départ, je t’envoie des nouvelles. Pour commencer, je tiens à te rassurer, tout se passe bien pour nous. Je me suis bien remise et le reste des blessures guéris plutôt vite, tu peux rassurer nos parents à ce sujet. Aaron a encore du mal à croire à l’hypothèse du simple accident, enfin, qui aurait pu vouloir provoquer tout cela volontairement ? Même si le pensionnat souffrait de légères tensions quand j’en suis partie, personne n’en est au point de vouloir commettre un meurtre ou écarter ainsi quelqu’un de l’affaire en provoquant des accidents, inutile de tomber dans la paranoïa. Je t‘en prie, oublie cette hypothèse, toi aussi. J’en ai parlé avec Gabriella par courrier, également. Elle semble très méfiante vis-à-vis des décisions prochaines du gouvernement mais ne croit pas non plus à une vraie tentative de meurtre.

Pour le moment, nous vivons à Toronto, en attendant de trouver une maison dans un endroit plus calme, sans doute près des montagnes ou dans la région des grands lacs. La France me manque encore un peu, cela fait assez étrange de partir ainsi, de changer de pays, même si le Canada a parfois des airs de la France, dans ses coutumes. Aaron est bien plus apaisé depuis que nous sommes arrivés dans son pays natal, non pas qu’il n’aimait pas la France, malgré tout, il est devenu méfiant contre le pays, lui aussi. Nous en parlons quelques fois et il craint que la situation ne fasse qu’empirer, à la fois pour le pays et pour le pensionnat lui-même. D’où sa hâte de partir, d’ailleurs, cet accident, volontaire ou non, l’a convaincu que rester près du pensionnat était devenu trop dangereux. Pour ma part, je ne sais pas trop quoi en penser. Penses-tu que la situation puisse empirer pour de bon ? C’est une école, après tout, que pourrait faire le gouvernement contre une simple école ? Des enfants ne représentent pas un danger pour la nation.

J’ai échangé un peu avec mes anciens collègues, comme toi, sans doute. Estelle m’a écrit il y a peu pour annoncer la naissance de son premier enfant, le petit Wyatt. Cela passe tellement vite, tu ne trouves pas ? Je la revois encore alors que nous faisions une course toutes les deux à Gray, enceinte jusqu’au fond des yeux et rayonnante. Elle m’a aussi dit que Gabriella avait été assez sombre les jours suivant ton départ de l’école, pour t’occuper de notre famille, tu dois sans doute lui manquer. Je t’avais bien dit que ça crevait les yeux, pourtant, vous étiez mignons, tous les deux. Peut-être se reverra-t-on à nouveau, tous ensemble, lorsque la situation sera plus calme ? J’ai bien hâte aussi de voir le petit Wyatt en vrai, il est sûrement aussi chou que sa maman. Estelle est vraiment une femme en or, à mes yeux, elle est gentille comme un cœur.

Je t’enverrai prochainement des photos et j’espère que nos parents se remettront vite, eux aussi. Tu pourrais devenir tonton dans les prochains mois, dès que nous serons définitivement installés, nous avons envie d’avoir un enfant. On lui donnera un prénom Français comme ce pays fera aussi parti de ses origines. Je t’embrasse très fort, ainsi qu’Aaron.

Bien à toi,
Abigaëlle Levac


© Jawilsia sur Never Utopia



Voilà qui confirmait les quelques mots que la chambrière de monsieur de la Valière leur avait dit l’autre jour, lors du déjeuner familial. C’était étrange, cette lettre avait à peine plus d’un an et il avait pourtant l’impression qu’elle datait du siècle dernier, évoquant un tout autre monde, disparu depuis bien longtemps.

– C’est quand même effrayant, y avait une telle merde dès l’année dernière et personne ne voyait rien. Il y a tellement de trucs qui ont changé, depuis, que ça donne le tournis. Au fait, tu as su pour madame Chevreuil ? Elle a accouché, elle a eu un deuxième garçon. Quant à la sœur du prof, j’imagine qu’on la reverra bientôt, sans doute pour le mariage de la dirlo avec le prof de maths.

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Laura K. Nakajima
Collégienne
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Re: Déménagement au château   Sam 12 Nov - 22:02

Laura avait l’impression d’être revenue chez ses parents. Bon, d’accord, pas à tous les niveaux, n’exagérons rien, mais le côté luxueux avec les domestiques, le mobilier incroyablement cher, une tenue plus que convenable à porter… Le rêve, quoi. Ils avaient à peine eu le temps de s’habituer au rythme de vie de leur professeur d’arts martiaux qu’ils avaient dû déménager. Elle comprenait pourquoi, bien sûr, mais ces changements successifs et répétés l’épuisaient, surtout avec ce qui s’était passé à l’école ces derniers temps. Mais cette maison allait lui donner un excellent prétexte pour penser à autre chose ! Il y avait plein de pièces à découvrir, d’après ce que Laura avait aperçu en grimpant au premier étage et en rejoignant sa chambre. Chambre qui l’avait surprise au plus haut point, dix fois plus grande que tout ce à quoi elle était habituée. Surtout pour une seule personne…

A vrai dire, elle était incapable de définir ce qui la surprenait vraiment. Entre l’énorme lit, son air précieux, les grands rideaux dont le tissu ressemblait à du… velours ou un tissu tout aussi précieux, entre le parquet, la salle de bains, la garde-robe… Le tout rien que pour elle ! Ils étaient au courant, au moins, que Laura n’allait même pas remplir le tiers de cette armoire ? Elle mettait toujours les mêmes vêtements, devant porter son uniforme au Pensionnat. Ne restait, alors, que le week-end durant lequel elle s’habillait comme elle le souhaitait. Seulement, cela ne laissait que deux jours. Autant dire que la collégienne n’avait pas beaucoup de vêtements, n’en ressentant nullement le besoin contrairement aux autres filles de sa classe.

Laura – Bon, au boulot.

Laura laissa retomber sa petite valise sur le sol, la couchant pour pouvoir l’ouvrir. Au même moment, à peine quelques secondes après, un homme habillé du même uniforme que les domestiques entra dans la chambre en s’excusant et en demandant si elle avait besoin d’aide. Oh… Mais oui, c’était un domestique. Elle avait encore du mal à s’y faire, désolée. Se redressant, elle assura que tout allait bien et que ranger ses affaires irait très vite, elle n’avait donc pas besoin d’aide. Dès qu’il fut ressorti, Laura se jura de retenir qu’un pantalon noir, un chemisier blanc et une veste noire avec une cravate faisaient partie, également, de l’uniforme des domestiques. En tout cas, de celui-ci, comme elle ne les avait pas encore tous vus. S’agenouillant à nouveau devant sa valise, Laura tira une première petite pile de vêtements qu’elle alla déposer sur une des étagères de sa garde-robe après l’avoir ouverte. Il y avait suffisamment de place pour deux ou trois personnes, là-dedans… Et tout était en bois, sculpté, travaillé, aucun détail ne semblait avoir été oublié. Prenant une autre pile, on frappa à nouveau à la porte mais la collégienne eut à peine le temps de répondre que son frère entra à son tour. Oh, il avait déjà fini ?

Jasper – C’est immense, ici, dit-il en penchant pour voir en bas. On va bien se perdre pendant quelques jours avant de se repérer un minimum. Tu viens, on va explorer un peu ?

Laura hocha la tête avant de tirer la dernière petite pile de vêtements de sa valise pour la glisser dans sa garde-robe. Pas la peine de prendre trois heures pour ranger tout cela, ils allaient sûrement rester ici longtemps et elle aurait tout le temps de ranger un peu mieux. Pour le peu d’habits qu’elle avait, de toute manière… La collégienne se tourna vers son frère après avoir fermé la porte de son armoire et ils purent sortir. Place à l’exploration ! Ils en avaient déjà fait une petite lorsqu’ils étaient venus ici pour un repas de famille mais, maintenant, il s’agissait du nouvel endroit où ils allaient vivre, ils devaient donc s’habituer aux lieux assez vite. Et cet endroit était tellement grand ! Jaz avait trouvé le bon mot, oui, c’était immense. Laura avait à peine regardé sa chambre, se disant qu’elle allait avoir tout le temps de l’observer plus tard.

Traversant le couloir qu’ils connaissaient déjà, ils arrivèrent dans un grand salon dans lequel une autre jeune femme était occupée à nettoyer en sifflotant. Nettoyer… Qu’il y avait-il à nettoyer ici, au juste ? Le parquet luisait déjà sous leurs yeux, et elle semblait tout juste commencer. Raison pour laquelle ils pressèrent le pas, elle-même ne souhaitant pas déranger la chambrière dans son travail. Tout était extraordinairement propre, brillant, lustré comme si les hôtes allaient tenir une réception le soir-même. Tout semblait parfait et calme, ici. Pourtant… Pourtant, Laura trouvait cette maison – villa, ou peu importe le mot adéquat pour définir cet endroit – incroyablement oppressante. Trop grand, trop propre, trop de souvenirs qui rappelaient leur « ancienne » vie aux côtés de leurs parents. Elle traversa donc les pièces en suivant de très près son frère, évitant de regarder tout ce qui était luxueux dans le coin. Bon, ne pas y prêter trop d’attention du moins.

Au détour d’un énième couloir décoré comme dans les films, ils entrèrent dans une autre salle qui se révéla être la… Minute, c’était la bibliothèque, ça ?! Leur bibliothèque ? Le prof de maths avait une bibliothèque plus grande que celle du Pensionnat ! Et Laura la connaissait par cœur, elle y passait des heures, aucun doute là-dessus. Combien cet homme possédait-il de livres, au juste ? Elle resta muette d’admiration devant les centaines d’étagères et les milliers de bouquins qui se trouvaient devant eux, sans voix tandis que Jasper sifflait, admiratif lui aussi. Echangeant un regard avec son frère, elle s’engouffra dans un des nombreux rayons pour regarder les livres qui y étaient entreposés. Et, bon sang, que c’était varié ! Il y en avait pour tous les goûts, bien que les livres soient plus complexes que ceux qu’ils pouvaient trouver au Pensionnat. Beaucoup de livres d’histoire, de théorie sur l’une ou l’autre chose, de psychologie… Quelques livres d’aventures, également. Mais il était impossible, à Laura, de dire si les livres qu’elle lisait habituellement ne se trouvaient pas dans cette bibliothèque. Il y en avait tellement ! Leur professeur avait vraiment eu le temps de lire tout cela ? Ou même lui ignorait ce qu’il possédait ?

Laura – C’est complètement fou…, murmura-t-elle tout bas.

Laura fut interrompue dans ses hypothèses par Jasper qui l’appela soudain alors qu’il était à côté d’une table dénuée de livres, une feuille à la main. Hum ? Qu’avait-il trouvé ? Elle se rapprocha de son frère, jetant un œil sur ce qu’il lui montrait. C’était une lettre d’une certaine Abigaëlle Levac… Ce nom lui disait quelque chose, oui. Ce n’est qu’en lisant la première phrase que Laura comprit de qui il s’agissait : l’ancienne professeure d’élément de Jasper, la sœur de monsieur de la Valière. Elle ne l’avait pas reconnue parce qu’elle avait changé de nom, et elle ne connaissait pas son écriture. Lisant en même temps que son frère la lettre qu’il tenait entre les mains, elle écarquillait un peu plus les yeux à chaque paragraphe. Elle avait donc été blessée, et gravement pour qu’ils quittent le pays aussi précipitamment… Cela confirmait ce que leur avait dit la chambrière. Dans la famille, tout le monde devait être au courant, sinon pourquoi n’avait-elle pas relevé leur question étrange alors qu’ils venaient juste pour un repas ?

Cette lettre remontait à un an exactement. Un an… Un an et tout semblait avoir été changé, tout avait évolué, la situation était plus catastrophique aujourd’hui qu’à cette époque. Epoque qui semblait, d’ailleurs, bien loin, comme si cela faisait plus d’un siècle. Alors qu’il n’y avait qu’un an, une seule petite année qui s’était écoulée. Relevant la tête pour regarder les traits de Jasper, Laura comprit qu’il pensait exactement la même chose qu’elle. C’était à vous donner le tournis : tout avait basculé depuis ce débat à la télévision. Parce qu’elle était enceinte, que ce n’était pas convenable. Aujourd’hui, la collégienne était sûre d’une chose : ils avaient tout précipité en faisant une belle connerie. Sans doute tout se serait-il mis en place sans eux, mais ils avaient grandement aidé le gouvernement dans leur tâche ignoble. Ce bout de papier avait l’air si… naïf. Détaché. Doux. Laura avait l’impression qu’il aurait même pu provenir d’un livre s’il n’avait pas été rédigé par la main de l’ancienne professeure de Jasper. Comme dans les livres. Le temps de fermer les yeux, tout a disparu.

Jasper – C’est quand même effrayant, y avait une telle merde dès l’année dernière et personne ne voyait rien. Il y a tellement de trucs qui ont changé, depuis, que ça donne le tournis. Au fait, tu as su pour madame Chevreuil ? Elle a accouché, elle a eu un deuxième garçon. Quant à la sœur du prof, j’imagine qu’on la reverra bientôt, sans doute pour le mariage de la dirlo avec le prof de maths.

Laura – Tu crois franchement qu’elle va revenir ? Regarde la réaction de sa famille, elle a changé de pays, de continent même, à cause de ce qui lui est arrivé. Et la situation n’était pas aussi grave qu’elle ne l’est aujourd’hui… Je doute qu’elle revienne, un jour, en France. Surtout qu’elle a eu un enfant d’après ce que la chambrière nous a dit. Il faudrait être fou pour revenir en France avec un bébé alors qu’ils sont en sécurité au Canada…

Laura prit doucement la lettre des mains de Jasper, la regardant un moment pour la relire une deuxième fois. Non, pour elle, aucune chance pour que la sœur de leur professeur revienne en France. En tout cas, pas tant que la situation ne se sera pas calmée, c’était trop dangereux. Surtout avec un enfant. Oui, d’accord, certaines personnes ne craignaient pas le danger d’élever un bébé ici, comme madame Chevreuil, mais c’était… différent. Personne ne s’en était pris à la jeune mère, il ne lui était jamais rien arrivé. Comme si elle était protégée par une bonne étoile ou quelque chose comme cela. Même lorsque tous les profs avaient abandonné la directrice, madame Chevreuil n’en avait pas subi les conséquences. Aujourd’hui encore, les élèves ne semblaient pas lui en tenir rigueur là où ils ne parvenaient pas à pardonner d’autres professeurs tout aussi gentils.

Laura – Elle n’est pas comme madame Chevreuil…, ajouta-t-elle avec un petit sourire triste. Je sais que tu vas me prendre pour une folle mais j’ai… l’impression qu’elle est protégée. C’est vrai, regarde, elle a accouché de son deuxième enfant, toute l’école le sait et s’en réjouit et dis-moi ce qui lui est arrivé depuis que toute cette histoire a commencé ? Je ne parle pas de… son « mari », mais de tout le reste. Même quand elle a abandonné la directrice, qui est son amie, on n’a pas réussi à lui en vouloir. Alors que tu t’engueulais tout le temps avec la prof de maths ! Pourtant, elles sont aussi naïves l’une que l’autre. Madame Chevreuil est peut-être tellement gentille qu’elle a une bonne étoile, c’est pour ça qu’elle reste. Je pense.

A l’inverse, leur tante se battait et défendait l’école de toutes ses forces et s’attirait tous les ennuis du monde. C’était quoi, la morale ? « Restez cachés, sages, il ne vous arrivera rien » ? Non, puisque beaucoup d’élèves étaient morts alors qu’ils n’avaient rien fait. Et l’ancienne professeure de feu, la sœur du prof, qu’avait-elle fait, au juste ? Laura ne la connaissait pas du tout et ignorait quel était son caractère en cours, si elle était du genre à protéger ses élèves ou si elle était, au contraire, du genre complètement naïve. En lisant la lettre, la collégienne n’avait pas l’impression d’une personne naïve et prête à croire tout ce qu’on lui disait. Seulement, aujourd’hui, l’hypothèse de la tentative de meurtre était plus que probable… Était-elle au courant de tout ce que subissait le Pensionnat et ses anciens élèves ? Avait-elle toujours un contact ou est-ce que son frère lui dissimulait une grande partie des faits comme leur tuteur le faisait avec sa propre famille ?

Laura – Qu’est-ce que tu crois qu’il lui est arrivé ?, demanda-t-elle en tournant la tête vers Jasper. Aujourd’hui, c’est horrible à dire, mais je suis sûre que ce n’était pas un simple accident… J’ai l’impression que cela fait un siècle mais je ne serais pas étonnée de cette hypothèse. Quelqu’un a voulu s’en prendre à elle, seulement je ne comprends pas pourquoi vu qu’elle n’avait pas l’air particulièrement dangereuse. Elle était comment, en classe ? Comme ta prof actuelle ou plus comme madame Chevreuil ?

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Ven 25 Nov - 15:42

– Tu crois franchement qu’elle va revenir ? Regarde la réaction de sa famille, elle a changé de pays, de continent même, à cause de ce qui lui est arrivé. Et la situation n’était pas aussi grave qu’elle ne l’est aujourd’hui… Je doute qu’elle revienne, un jour, en France. Surtout qu’elle a eu un enfant d’après ce que la chambrière nous a dit. Il faudrait être fou pour revenir en France avec un bébé alors qu’ils sont en sécurité au Canada…

Oui, mais c’était la sœur du prof de maths et elle avait aussi été une amie de la directrice, donc même si elle laissait son enfant au Canada avec son mari, elle reviendra, c’était certain, on pouvait compter sur ça. Il laissa la lettre à Laura lorsqu’elle voulut la prendre pour la regarder, mettant les deux mains dans ses poches en retenant un petit soupir. Ce serait de la paranoïa de croire que quelqu’un avait vraiment voulu tuer son ancienne prof ? En un sens, ouais, pourtant, tout portait à le croire, même si la situation il y a un an n’était pas aussi tendue qu’elle ne l’était aujourd’hui. Quand le prof de maths était arrivé chez la directrice, cet été, il avait bien parlé d’un accident, d’ailleurs… Oui, il s’en souvenait. Il avait dit ce jour-là qu’il avait dû partir pour s’occuper de leurs parents et de sa sœur jumelle le temps qu’ils se remettent de leurs blessures. Sur le coup, Jaz s’était juste dit que c’était vraiment de la malchance de subir un coup comme ça. Et aujourd’hui, il se disait plutôt que c’était bel et bien une chance d’en avoir réchappé en vie. Ça se tenait, les premiers à avoir cru puis soutenu la directrice, c’était le prof de maths et sa sœur jumelle. Il avait même été avec elle à la Conférence ! Soit une semaine avant cet « accident ». Si ce n’était qu’une coïncidence, elle arrangeait tout de même très bien les affaires de leurs ennemis… Une coïncidence qui avait mis, en un seul coup, hors-jeu les deux seuls soutiens de l’époque de la directrice.

– Elle n’est pas comme madame Chevreuil…, ajouta-t-elle avec un petit sourire triste. Je sais que tu vas me prendre pour une folle mais j’ai… l’impression qu’elle est protégée. C’est vrai, regarde, elle a accouché de son deuxième enfant, toute l’école le sait et s’en réjouit et dis-moi ce qui lui est arrivé depuis que toute cette histoire a commencé ? Je ne parle pas de… son « mari », mais de tout le reste. Même quand elle a abandonné la directrice, qui est son amie, on n’a pas réussi à lui en vouloir. Alors que tu t’engueulais tout le temps avec la prof de maths ! Pourtant, elles sont aussi naïves l’une que l’autre. Madame Chevreuil est peut-être tellement gentille qu’elle a une bonne étoile, c’est pour ça qu’elle reste. Je pense.

– Je ne sais pas trop, marmonna-t-il.

La prof d’histoire, ce n’est pas la même chose, elle ne se mêlait que de ce qui la regardait et aidait les enfants lorsqu’elle assistait à un problème, c’est pour ça que personne ne pouvait lui en vouloir, sans compter le fait qu’elle est vraiment très gentille. Elle était tout de même là et elle aidait , même si elle n’avait jamais affirmé ouvertement sa position, donc on ne pouvait pas vraiment l’accuser de rester inactive ou passive. Pour la prof de maths, elle ne faisait rien même quand elle voyait un problème sous son nez, pas comparable avec madame Chevreuil. Ou mademoiselle Martin, plutôt, comme elle avait divorcé, cette rumeur-là aussi s’était sue, pour une partie de l’école, en plus la prof ne portait plus son alliance ni sa bague de fiançailles. Était-elle protégée par une bonne étoile ? Peut-être. L’hypothèse était mignonne, Laura montrait une fois de plus sa capacité à raisonner encore comme une petite fille rêveuse croyant encore au prince charmant qui viendra l’épouser, à certains moments, une part d’innocence qu’elle n’avait pas encore perdu. C’était tant mieux pour elle, ça la préservait un peu dans quelques situations.

– Qu’est-ce que tu crois qu’il lui est arrivé ?, demanda-t-elle en tournant la tête vers Jasper. Aujourd’hui, c’est horrible à dire, mais je suis sûre que ce n’était pas un simple accident… J’ai l’impression que cela fait un siècle mais je ne serais pas étonnée de cette hypothèse. Quelqu’un a voulu s’en prendre à elle, seulement je ne comprends pas pourquoi vu qu’elle n’avait pas l’air particulièrement dangereuse. Elle était comment, en classe ? Comme ta prof actuelle ou plus comme madame Chevreuil ?

– Elle et son frère ont été les premiers, et seuls au début, à soutenir la dirlo, et comme par hasard, une semaine après la Conférence, elle et ses parents subissent un grave accident, obligeant du même coup le prof de maths à partir pour s’occuper d’eux et gérer les affaires de ses parents ? C’est bien pratique, comme coïncidence. Cette femme ressemblait beaucoup au prof de maths, mentalement, pas que physiquement. Donc oui, clairement, quelqu’un a dû essayer de la tuer. Même s’ils ne réalisaient pas à cette époque que ça pouvait aller jusque là. Même la directrice a mis du temps avant d’admettre que certains voulaient vraiment la voir morte, que ce n’étaient pas des simples menaces en l’air.

Il soupira encore en jetant un regard à la lettre, reconnaissant l’écriture fine, élancée et serrée pour l’avoir vu sur pas mal de ses devoirs théoriques et au tableau, avec des schémas annotés. Il ajouta d’un ton plus neutre à Laura que son ancienne prof avait réagi dès le début à ce qui arrivait, elle possédait un pouvoir plutôt puissant et vindicatif.

– Je suis persuadé qu’elle reviendra, pour ma part, même si elle laisse son mari et son bébé au Canada. Je l’ai eu plus de quatre ans comme prof, elle n’est pas du genre à se cacher dans son coin. Elle était sévère mais toujours optimiste, assez souriante. Elle détestait qu’on ne travaille pas assez pour progresser, aussi.

Jasper récupéra la lettre pour la laisser dans un coin où le maître des lieux la retrouvera facilement et pourra la ranger à sa place initiale, il avait sans doute dû la perdre en rangeant des affaires ou il ne savait quoi. Ce n’est pas le genre de choses qu’on aime laisser traîner partout, même les lettres tristes étaient importantes à conserver, tout ça faisaient des souvenirs précieux.

– Qu’est-ce que tu penses de tout ça ? Tu crois que le sous-directeur est sérieux quand il nous dit que c’est comme une adoption ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Lun 19 Déc - 20:56

Jasper – Elle et son frère ont été les premiers, et seuls au début, à soutenir la dirlo, et comme par hasard, une semaine après la Conférence, elle et ses parents subissent un grave accident, obligeant du même coup le prof de maths à partir pour s’occuper d’eux et gérer les affaires de ses parents ? C’est bien pratique, comme coïncidence. Cette femme ressemblait beaucoup au prof de maths, mentalement, pas que physiquement. Donc oui, clairement, quelqu’un a dû essayer de la tuer. Même s’ils ne réalisaient pas à cette époque que ça pouvait aller jusque-là. Même la directrice a mis du temps avant d’admettre que certains voulaient vraiment la voir morte, que ce n’étaient pas des simples menaces en l’air.

En même temps, elle avait pris du temps tout court avant de réaliser à quel point elle avait l’âme d’une meneuse… Tous l’avaient compris depuis longtemps, dans l’école, les élèves ne cessaient de le répéter depuis qu’ils l’avaient vu au débat télévisé. Cela remontait si loin, aujourd’hui… Laura peinait à croire que c’était il y a à peine un an, qu’ils auraient pu terminer leurs études tranquillement si tout s’était passé autrement. Elle ne déprimait pas, non, elle craignait juste d’entendre une mauvaise nouvelle tous les jours, étant bien plus tendue cette année que l’année passée durant les examens. Jasper avait raison, cela faisait trop de coïncidences, trop d’éléments gênants partis en un clin d’œil. Laura n’y avait pas pensé avant, ne faisant pas les liens entre tous ces événements.

Mais, aujourd’hui, avec cette lettre et les informations données par son frère… Comment rejeter l’évidence alors qu’elle s’imposait, dans ce cas précis ? Non, définitivement, ce n’était pas un « accident » et les hostilités avaient commencé depuis plus d’un an à présent. Son frère ajouta, d’un ton neutre, que sa prof avait réagi dès le début à cause de son pouvoir. Ce qui renforçait encore cette hypothèse de tentative de meurtre… Réprimant un frisson, Laura regarda la lettre, relisant encore une fois ce qui y était inscrit. Une tentative de meurtre, déjà à l’époque. Dieu sait ce que ces gens étaient capables de faire aujourd’hui… Si madame de la Valière était déjà aussi menaçante l’année passée, oui, ils s’en étaient pris à elle. Sans aucun doute.

Jasper – Je suis persuadé qu’elle reviendra, pour ma part, même si elle laisse son mari et son bébé au Canada. Je l’ai eu plus de quatre ans comme prof, elle n’est pas du genre à se cacher dans son coin. Elle était sévère mais toujours optimiste, assez souriante. Elle détestait qu’on ne travaille pas assez pour progresser, aussi.

Laura fit un maigre sourire à son frère, lui laissant la lettre lorsqu’il la reprit de ses mains pour la déposer sur la table, à la vue de tous. Pour que la personne qui l’avait laissée tomber puisse la récupérer. Son regard s’attardant encore un peu sur la lettre, la collégienne ne dit rien tout de suite, réfléchissant à ce que venait de dire Jasper. De loin, en la croisant seulement dans les couloirs, jamais elle n’aurait pu lui imaginer tel caractère. Dure et optimiste, qui pousse au travail pour progresser… Elle la voyait souriante, oui, la croisant souvent en allant à ses propres cours d’élément, mais c’était le seul élément qu’elle pouvait deviner. Un peu comme madame Morin que tous avaient largement sous-estimée, ne réalisant sa puissance et l’exigence de ses cours que lorsqu’ils y avaient assisté, partageant la même salle pour la pratique. Et c’était au début de l’année… Alors qu’elle travaillait ici depuis un moment, maintenant.

Jasper – Qu’est-ce que tu penses de tout ça ? Tu crois que le sous-directeur est sérieux quand il nous dit que c’est comme une adoption ?

Oh, ça, oui, elle en était sûre. Genji le lui avait dit, il l’avait expliqué et avait bien insisté sur l’importance que prenait la famille au Japon. Même si monsieur Nakajima n’y vivait plus, il en conservait les valeurs principales, dont la famille. Et puis, il le leur avait dit lorsqu’il avait demandé à leur parler… Jour où Jasper et elle s’étaient disputés, par ailleurs. Laura continua à avancer, passant doucement son doigt sur le dos des livres qu’elle avait devant les yeux de manière distraite. Elle n’y prêtait pas vraiment attention, c’était plus pour s’occuper, pour faire quelque chose sans rester bêtement en plein milieu de la bibliothèque à parler. Et puis, vu la taille de cet endroit, autant en profiter !

Laura – Je suis sûre qu’il est sérieux. J’ai parlé avec Genji du Japon, de leurs coutumes, et tout ça… Là-bas, la famille prend une telle importance que, même s’il vit en France, monsieur Nakajima n’a pas laissé ses valeurs là-bas. Donc, oui, tu peux être sûr qu’il dit la vérité et qu’il est sérieux quand il parle d’adoption. Même Genji nous considère de la famille…

Ce qui était bizarre, d’ailleurs. Laura n’arrivait pas à intégrer cela, ne se considérant pas de la famille malgré les efforts fournis. Non pas qu’elle n’aimait pas monsieur Nakajima ou Genji, même Solène, elle l’adorait – et elle l’avait tout de suite adorée, d’ailleurs. Mais de là à se considérer comme étant de la même famille… Passer la barrière prof – élève était difficile, surtout après tout ce temps. Depuis leur naissance, ils se disaient sans famille, n’y trouvant aucun refuge. Et, aujourd’hui, ils devaient oublier tous leurs a priori et trouver dans la sphère « famille » un refuge, un cocon au sein duquel rien ne pourrait leur arriver ? Désolée mais, en l’espace de trois mois, c’était difficile. Impossible, même. Laura ne savait pas trop où était sa place, dans tout ça, il lui fallait encore un peu de temps. Et puis… Il y avait aussi le détail de la surprotection de cette famille. Avec leurs parents, ils n’étaient pas aussi surveillés, peu importait leur moral. Alors qu’ici, c’était tout le contraire, ce qui ennuyait franchement la collégienne pour l’instant. Un peu de liberté ne serait pas de trop. Laura se tourna vers Jasper, s’adossant doucement à une des nombreuses étagères couvertes de livres pour regarder son frère.

Laura – Je ne sais pas quoi en penser…, avoua-t-elle en soupirant. C’est très bien, c’est génial, vraiment. Mais ça… fait bizarre. Je veux dire, on passe d’une famille qui se préoccupait peu de nous à une famille qui ne pense qu’à ça et qui, en plus, nous accueille comme si c’était naturel. C’est perturbant. Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour me considérer « de la famille » mais ça risque de prendre un moment. Je ne comprends pas comment on peut… nous accepter aussi facilement. Surtout qu’on est loin d’être des adolescents sages, et le sous-directeur le sait.

En soi, elle ne comprenait pas comment son professeur pouvait leur faire confiance. C’était bête, sans doute étonnant, mais elle avait du mal à l’intégrer. Au-delà de la partie « besoin d’aide », « d’éducation », etc. être tuteur exigeait beaucoup plus de travail et d’implication que simplement professeur, et elle le savait parce qu’il leur en avait déjà parlé. Elle-même, toute seule, ne l’aurait probablement pas réalisé. Leur professeur était comme un parent, aujourd’hui, et lorsqu’ils comparaient le rôle des parents et celui des professeurs…

Laura – Tu vas sans doute trouver ça stupide, mais j’étais sûre d’entendre un « monsieur Nakajima ne vous veut pas, vous allez rester avec moi » de la part de la directrice. Surtout après ce qu’il a connu au Japon… Genji m’a raconté les tensions dans sa famille, il n’a jamais eu… d’exemple. Se retrouver avec trois adolescents à gérer d’un coup… Et, en même temps, quand on agit, on ne peut pas réfléchir à tout, on est encore jeunes, donc on va faire des conneries, même moi j’en fais et je sais que j’en ferai encore plein. Et il a tout accepté en signant, ce que je trouve sincèrement bizarre et incompréhensible. Tu en penses quoi, toi ? En dehors de « ma sœur est folle ».

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Lun 27 Fév - 11:33

Laura – Je suis sûre qu’il est sérieux. J’ai parlé avec Genji du Japon, de leurs coutumes, et tout ça… Là-bas, la famille prend une telle importance que, même s’il vit en France, monsieur Nakajima n’a pas laissé ses valeurs là-bas. Donc, oui, tu peux être sûr qu’il dit la vérité et qu’il est sérieux quand il parle d’adoption. Même Genji nous considère de la famille…

Wow… Alors là, il allait falloir un sacré bout de temps avant de réussir à se fourrer ça dans le crâne. Jasper grimaça légèrement en se frottant un peu le front et quelques mèches rebelles, l’autre main sur la hanche, en faisant quelques pas dans l’immense bibliothèque, un peu perdu. Comment réagir lorsqu’on se retrouvait tout à coup propulsé dans cette situation ? Techniquement, ils devraient être heureux, soulagés, tout ce qu’on veut, etc., enfin, c’était quand même très soudain. Et vu la tête que tirait sa petite sœur en cet instant-même, elle devait se sentir tout aussi perdue que lui. Il aimait bien le sous-directeur, oui, même s’il était intimidant, mais de là à le considérer vraiment comme leur père adoptif, il y avait une sacré marge. Il n’était pas habitué, associant encore le mot « père » au mot « violence » par défaut, dès qu’il y songeait. Oui, c’était ridicule mais il ne pouvait pas s’en empêcher, l’image du père s’associait directement à celle de la maltraitance dans son esprit. Aux souvenirs des coups, des ordres, de la sévérité et surtout de la peur. Evidemment que ce n’était pas comme ça dans toutes les familles, le jeune homme le savait très bien, c’était juste que… Il fallait encore un peu de temps pour chasser tout ça de sa mémoire. S’il y arrivait un jour.

Laura – Je ne sais pas quoi en penser…, avoua-t-elle en soupirant. C’est très bien, c’est génial, vraiment. Mais ça… fait bizarre. Je veux dire, on passe d’une famille qui se préoccupait peu de nous à une famille qui ne pense qu’à ça et qui, en plus, nous accueille comme si c’était naturel. C’est perturbant. Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour me considérer « de la famille » mais ça risque de prendre un moment. Je ne comprends pas comment on peut… nous accepter aussi facilement. Surtout qu’on est loin d’être des adolescents sages, et le sous-directeur le sait.

Ouais… Leur famille ne se préoccupait presque pas de Laura et leur père se préoccupait un peu trop de Jasper, mais pas dans le bon sens. Il soupira un peu puis tira une chaise près de la table pour s’y asseoir, légèrement penché en avant et les mains croisées sur ses genoux. Il ne savait pas trop si le fait qu’ils soient « sages » ou pas comptait vraiment dans l’argumentaire, quand on parlait des motivations du sous-directeur. S’il ne supportait pas les adolescents agités, ça ferait déjà un moment qu’il aurait quitté le pensionnat, comme tous ses prédécesseurs et certains enseignants.

Laura – Tu vas sans doute trouver ça stupide, mais j’étais sûre d’entendre un « monsieur Nakajima ne vous veut pas, vous allez rester avec moi » de la part de la directrice. Surtout après ce qu’il a connu au Japon… Genji m’a raconté les tensions dans sa famille, il n’a jamais eu… d’exemple. Se retrouver avec trois adolescents à gérer d’un coup… Et, en même temps, quand on agit, on ne peut pas réfléchir à tout, on est encore jeunes, donc on va faire des conneries, même moi j’en fais et je sais que j’en ferai encore plein. Et il a tout accepté en signant, ce que je trouve sincèrement bizarre et incompréhensible. Tu en penses quoi, toi ? En dehors de « ma sœur est folle ».

Jasper – Heu, sourit-il un peu, que tu es folle ?

Il éclata de rire en voyant sa moue puis lui fit signe de la main de laisser couler, il n’avait répondu ça que pour l’embêter un peu. Il haussa un peu les épaules en commençant par dire, avec lenteur, qu’il ne savait pas trop ce qu’il devait songer de tout ça, en réalité, même si venant du sous-directeur, ce n’était pas si étonnant que ça. Peut-être ne devraient-ils pas se poser trop de questions, après tout ? C’était comme ça, ils finiront tous les deux par… s‘habituer. Il fit signe à Laura de s’approcher puis la fit asseoir sur la chaise à sa place, se plaçant ensuite derrière elle pour tenter de lui faire une jolie tresse. Quand ils étaient tous petits, elle lui demandait souvent de la coiffer comme ça avant de partir à l’école ou en sortie scolaire, lors de virées au parc avec ses amies. Ne se souvenant pas très bien comment on s’y prenait, il hésita un peu puis commença par lisser au mieux les cheveux avec les doigts, enlever les nœuds comme il pouvait, en s’excusant s’il lui faisait un peu mal. Ce serait plus simple s’il avait un peigne sous la main, après tout, enfin peu importe.

Jasper – Comment ça se passe, avec Antoine ? Et d’ailleurs, comment tu t’es rendue compte que t’étais amoureuse de lui ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Lun 27 Fév - 14:03

Jasper – Heu, sourit-il un peu, que tu es folle ?

Eeeh ! Elle était sérieuse ! Laura fit la moue et croisa les bras, boudeuse, au moment où Jasper fit un geste pour lui faire comprendre qu’il n’était pas sérieux. Elle voulait vraiment avoir son avis là-dessus, c’était vrai ! Puis, se rassurer aussi… Monsieur Nakajima ne cessait de répéter qu’elle était encore petite, alors elle commençait sérieusement à se demander si ce qu’elle pensait était normal ou pas. C’était logique d’en arriver à ce stade, au bout d’un moment, non ? A ses yeux, Jasper était un point de repère, il était son grand frère et, même s’il était vraiment borné parfois, elle préférait lui poser à lui plutôt qu’à un autre les questions plus délicates ou gênantes. Au moins, lui ne la rejetterait pas, jamais, ils se l’étaient promis il y a longtemps déjà. C’était peut-être un peu naïf d’avoir confiance uniquement à partir d’une promesse, ses amies le lui avaient déjà reproché, mais Laura se moquait bien de leur avis là-dessus.

Jasper finit par lui répondre, cependant, après avoir haussé les épaules. Il lui dit qu’il ne savait pas trop quoi penser de tout cela, même s’ils ne devaient pas être étonnés de la réaction du sous-directeur. Peut-être… Sûrement, mais c’était étrange. Ils s’habitueraient sans doute dans quelques années, ou quelques mois, mais il leur faudrait du temps à tous les deux. Le fait que son frère pense la même chose qu’elle la rassurait déjà énormément même si cela en ferait désespérer plus d’un. Tant pis, hein, ils avaient au moins la garantie d’être normaux. Pour ce sujet, du moins. On ne peut pas oublier des années de vie, de maltraitance pour Jasper, en l’espace de quelques mois uniquement parce que d’autres adultes se préoccupaient réellement d’eux. Désolée. Elle voulait l’assimiler et ne plus en être étonnée, vraiment, mais… C’était trop tôt, voilà tout.

Jasper lui fit alors signe de s’approcher, lui faisant froncer les sourcils comme elle ne comprenait pas ce qu’il voulait. Il se leva pour la laisser prendre sa place sur la chaise qu’il occupait il y a une minute à peine, Laura essayant de voir sous la table d’abord au cas où un détail lui avait échappé. Elle ne voyait rien, pourtant. Ou c’était sur la table ? Non plus, la table était parfaitement entretenue, lisse, ne dissimulait rien. Ou alors aux murs ? Mais non… Son frère se mit derrière elle et ce n’est que lorsqu’elle sentit ses mains jouer dans ses cheveux qu’elle comprit ce qu’il voulait faire. Une tresse… Il lui faisait vraiment une tresse ? La dernière fois qu’il l’avait coiffée ainsi, elle était en primaire. Durant ces années, Laura refusait d’aller à l’école sans que Jasper ne lui ait fait de tresse, c’était la condition sine qua non.

Cela faisait… bizarre. Ils n’avaient plus de moments vraiment à deux depuis des semaines, de moment durant lesquels ils ne pensaient pas à ce qui se passait autour d’eux. Au Pensionnat, dans leur famille, en France… Alors, qu’il réagisse de cette manière la surprenait. La collégienne pensait même que son frère n’aurait plus le même comportement avec elle, que quelque chose s’était brisé à cause des changements de « foyer ». Et, là, avec ce geste, il lui prouvait que ce n’était pas le cas. Touchée, elle l’aurait sans doute serré dans ses bras si elle ne craignait pas de gâcher ce rare moment de complicité et de calme. Elle resta donc immobile, le laissant faire, étouffant un petit rire lorsqu’il sembla éprouver quelques difficultés pour la coiffer. Ah, ça, avec ses cheveux… Ils étaient longs, en plus, pour le moment. Ce qui expliquait les quelques nœuds qu’il trouvait dans ses cheveux. Elle lui dit qu’elle n’avait pas mal lorsqu’il s’excusait, étant habituée à pire tous les matins au moment de dompter sa chevelure pour l’attacher.

Jasper – Comment ça se passe, avec Antoine ? Et d’ailleurs, comment tu t’es rendue compte que t’étais amoureuse de lui ?

Pardon… ? D’abord la tresse puis ça ? Elle avait loupé un épisode ? Laura tourna la tête, cette fois, lançant un regard étonné à Jasper, ne s’attendant pas à ces réactions. Elle aimait bien, hein, vraiment, mais… Que s’était-il passé ? Elle avait dit quelque chose qui avait provoqué cela ? Ou alors lui avait réalisé qu’ils passaient moins de temps ensemble ? Ou heu… Adeline y était pour quelque chose ? Ou Antoine ? Elle-même n’avait absolument rien dit, laissant le temps suivre son cours, même si la situation un peu tendue ou distante avec son frère l’affectait un peu. C’était normal, il était plus vieux et engagé dans des problèmes plus sérieux. Et elle gâchait ce moment qui ne se reproduirait plus avant des mois, sans aucun doute… S’excusant, les joues d’un rose plus soutenu, Laura se retourna pour se mettre dans sa position initiale en jurant de ne plus bouger du tout, qu’elle le laissait terminer et qu’elle resterait sage. Désolée, c’était la combinaison de tous ces éléments qui l’avait étonnée. Restant un court moment silencieuse, repensant aux questions de son frère, elle réfléchit à ce qu’elle pouvait lui dire. Il s’intéressait à sa relation, c’était… bien, non ? Enfin, il s’y intéressait sans menacer de brûler le premier qui oserait la toucher, ce qui changeait considérablement la donne.

Laura – Ça se passe… bien, dit-elle en hésitant un peu. Il y a eu une période un peu plus tendue mais tout va bien, maintenant. Et je t’assure qu’il ne m’a pas touchée, qu’il est gentil et que tu peux le laisser en vie et entier.

Laura éclata d’un petit rire à son tour pour lui montrer qu’elle plaisantait – enfin, à moitié – et que les disputes n’étaient pas grand-chose. En fait, la plus grosse dispute qu’ils avaient eue était celle qui avait succédé à celle entre Jasper et elle… Ils étaient restés très tendus un moment puis cela s’était apaisé. Un peu comme la situation avec son frère, sauf qu’ici, elle se modérait et préférait taire certaines réflexions qu’elle jugeait stupides. Ils voulaient qu’elle grandisse… C’est ce qu’elle faisait. Laura avait envie d’agir, de bouger et était profondément frustrée de ne rien pouvoir faire. Lorsque Jasper lui avait dit qu’ils l’écarteraient de leurs recherches, cela l’avait sérieusement vexée et blessée même si elle ne comptait certainement pas le lui dire. Inutile de raviver les disputes, c’était passé et il était trop tard pour faire une quelconque recherche. L’important, aujourd’hui, était de rester vivant et de sourire, de profiter. Comme ils profitaient de ce petit moment à deux, et des moments passés entre amis, ou encore de ceux durant lesquels elle restait avec Antoine pour retrouver un peu de calme comme lui parvenait à l’adoucir – ce n’était certainement pas avec Jasper qu’elle y arriverait, il était plus vif.

Laura – Tu le connais, tu te doutes qu’il arrive à… me tempérer. Comme toi, tu es agité et assez vif, et lui le contraire, il fait contrepoids et m’a souvent répété qu’on l’épuisait plus qu’autre chose parfois, à force de bouger et de ne penser qu’à s’activer sans spécialement réfléchir. Désolée, c’est un peu bizarre d’en parler, t’es son meilleur ami et mon grand frère.

Ce qui l’amenait à sa deuxième question beaucoup plus… gênante. Elle ne savait pas vraiment comment elle avait compris qu’elle était amoureuse d’Antoine, cela s’était fait naturellement. Et c’était surtout lui qui avait fait le premier pas, qui l’avait abordée. Ils passaient beaucoup de temps ensemble comme son meilleur ami était son frère mais, de là à le voir autrement d’elle-même… Laura ne pensait pas du tout à ça, à ce moment-là, difficile d’ouvrir les yeux sur quelque chose qu’on ne connaît pas. Ils s’étaient contentés de flirter, simplement, avant d’enfin se mettre ensemble. Mais parler de cette histoire avec Jasper était incroyablement gênant. Il était son grand frère ! Bon, c’était mignon, il se montrait attentif et tout ça, mais… C’était bizarre, inhabituel. D’un coup, elle s’en voulait un peu de n’avoir rien fait pour ne pas le laisser s’éloigner, de lui cacher certaines choses, comme ses pensées. Son regard se reportant sur un bout de table juste devant elle, Laura en observa les moindres détails – griffures, couleur du bois, bois en lui-même, motifs… – sans répondre tout de suite, choisissant bien ses mots comme c’était un sujet délicat. Il s’agissait du meilleur ami de son frère ! Il y a des choses que l’on ne peut pas dire.

Laura – Bon, si tu veux tout savoir, je t’avoue que… je ne sais pas, avoua-t-elle d’une petite voix. Ça s’est fait… normalement, je crois. C’est lui qui m’a abordée à la bibliothèque, puis on s’est rapproché au cours des mois et, comme tu as disparu un très long moment, il a été un précieux soutien. Ce sont les circonstances qui ont tout déclenché… Je suppose que ça se fait comme ça, non ? Comme pour quelques-uns de nos amis. Et même Solène, regarde, elle était toute seule et s’est rapprochée du sous-directeur à mesure que le temps passait.

En un sens, c’était mignon. D’accord, leur union avait surpris beaucoup de personnes dans leur entourage mais Solène était fragile, gentille, douce. Personne ne voulait qu’il lui arrive quelque chose, donc c’était rassurant de la savoir avec monsieur Nakajima. Même si, par conséquent, cela faisait d’elle leur mère adoptive… Alors qu’elle n’avait même pas cinq ans de plus qu’eux. Laura la voyait comme une amie, certainement pas comme une mère, lui parlant sans trop de problème de sujets banals. La seule barrière à l’option « parler de ce qui préoccupe » était, en fin de compte, le fait qu’elle soit avec leur tuteur. Même si les choses s’étaient faites naturellement, pour elle aussi, et qu’ils allaient bien ensemble.

Laura – Ça a été différent entre Adeline et toi ? Comment tu as su que tu l’aimais ? Je sais tous les efforts que tu as faits pour pouvoir lui parler tout de même et apprendre la langue des signes, ne t’inquiète pas. Et, en fait, je la connais très peu…

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Mar 28 Fév - 13:10

Directement après sa question, sa sœur tourna assez brusquement la tête vers lui, ses cheveux volant du même coup et lui échappant des mains. Il poussa un petit soupir en voyant le peu qu’il avait réussit à faire jusqu’ici complètement réduit à néant. C’était si grave et étonnant que ça qu’il s’occupe d’elle, maintenant qu’ils étaient tranquilles et juste tous les deux, sans adultes autour, d’amis pour parler de d’autres sujets ou de travail à faire ? Bon sang, quoi, il était son frère, c’était quand même normal ! Non, plus pour elle ? Il lui coula un regard plus excuse lorsqu’elle rougit et s’excusa, se retournant pour revenir à sa première position et jurant de ne plus bouger. Mouais… Ce jour était à noter d’une pierre blanche sur le calendrier, c’était la toute première fois de sa vie qu’il arrivait à choquer sa petite sœur en se comportant comme un frère… Aucun risque qu’il n’oublie ça, elle pouvait en être sûre et certaine ! Et dire qu’ensuite, elle osait s’étonner lorsque les autres avaient des réactions inattendues, elle ne s’était vraiment pas regardé elle-même. Il secoua la tête en se remettant à sa place, lui aussi, pinçant un peu les lèvres, en se demandant si Laura ne venait pas de se trahir, avec cette réaction… Peut-être ne le voyait-elle plus vraiment comme son grand frère.

Laura – Ça se passe… bien, dit-elle en hésitant un peu. Il y a eu une période un peu plus tendue mais tout va bien, maintenant. Et je t’assure qu’il ne m’a pas touchée, qu’il est gentil et que tu peux le laisser en vie et entier.

Distrait, Jasper n’écoutait plus qu’à moitié. Il savait qu’Antoine respectait certains points importants et qu’il ne touchera pas vraiment à Laura tant qu’elle ne sera pas prête ou plus âgée, pour ce genre de choses. Sa sœur rit un peu, laissant tout de même voir la tension l’habitant transparaître au-dessous. Il était toujours très surpris, limite ahuri. Sérieusement, faire un bond pareil juste parce qu’il lui demandait comment ça allait et qu’il profitait d’un temps avec elle … ? Elle aurait dû répondre directement, ou bien commencer par dire qu’elle était gênée de parler de ça, mais pas le regarder comme si c’était le truc le plus choquant au monde qu’il se soucie d’elle, ça non ! Nettement refroidi, Jaz retint un petit soupir puis continua ce qu’il avait commencé toute à l’heure, commençant par enlever avec les doigts tous les nœuds qu’il trouvait. C’est vrai, il y avait eu des périodes tendues, plus de disputes, plus d’incompréhensions entre eux, plus de distance prise, mais tout de même, il n’avait pas cru que c’était à ce point-là. Maintenant, comment y réagir ? Faire semblant de n’avoir rien remarqué de particulier et continuer comme ça, en espérant que leurs relations s’améliorent avec le temps ?

Laura – Tu le connais, tu te doutes qu’il arrive à… me tempérer. Comme toi, tu es agité et assez vif, et lui le contraire, il fait contrepoids et m’a souvent répété qu’on l’épuisait plus qu’autre chose parfois, à force de bouger et de ne penser qu’à s’activer sans spécialement réfléchir. Désolée, c’est un peu bizarre d’en parler, t’es son meilleur ami et mon grand frère.

Ou bien il trouvait un petit temps pour qu’ils en parlent tous les deux, à cœur ouvert, qu’il lui pose carrément la question, avec aussi le risque qu’elle se braque, se mette à pleurer comme ça, paf, sans raison, ou ne voit pas de quoi il voulait parler. Cette dernière option était probable si elle ne le voyait effectivement plus vraiment comme son grand frère. Ah, bon sang, il n’avait aucune idée de quoi faire, maintenant. Légèrement penché en avant, il sépara en deux longues couettes les cheveux noirs de sa sœur, essayant de se souvenir comment il procédait auparavant, ça ne devait pas être si compliqué.

Laura – Bon, si tu veux tout savoir, je t’avoue que… je ne sais pas, avoua-t-elle d’une petite voix. Ça s’est fait… normalement, je crois. C’est lui qui m’a abordée à la bibliothèque, puis on s’est rapproché au cours des mois et, comme tu as disparu un très long moment, il a été un précieux soutien. Ce sont les circonstances qui ont tout déclenché… Je suppose que ça se fait comme ça, non ? Comme pour quelques-uns de nos amis. Et même Solène, regarde, elle était toute seule et s’est rapprochée du sous-directeur à mesure que le temps passait.

Oui, si on veut, il y a aussi le caractère qui joue beaucoup. Jasper ne répondit pas tout de suite, ayant retrouvé la façon dont il s’y prenait il y a quelques années à force de chercher et fouiller sa mémoire. Maintenant, ce sera plus simple. Il s’y prit avec un peu plus de soin, reprenant depuis le début pour défaire ce qu’il n’avait mal effectué toute à l’heure, faute de souvenir. Au moins, Laura évitait vraiment de bouger dans tous les sens et de tourner la tête partout en gigotant, c’était bien ça qui lui posait le plus de problèmes auparavant, réussir à quoi que ce soit lorsque la personne ne sait pas rester en place. Bon, « à chaud », comme ça, il ne pouvait pas vraiment se décider, peut-être avait-il mal interprété sa réaction, même s’il ne voyait aucune autre interprétation que « Je suis choquée que tu te comportes en frère avec moi ». C’était blessant… Quelques disputes suffisaient donc pour s’éloigner à ce point ? Il fallait vraiment si peu ? Il n’aurait pas cru que sa sœur soit si susceptible, pourtant, c’était nouveau ça.

Laura – Ça a été différent entre Adeline et toi ? Comment tu as su que tu l’aimais ? Je sais tous les efforts que tu as faits pour pouvoir lui parler tout de même et apprendre la langue des signes, ne t’inquiète pas. Et, en fait, je la connais très peu…

Jasper – Pas vraiment différent, on se tournait autour depuis déjà un petit moment et j’étais souvent en cours avec elle. J’ai appris la langue des signes pour ne pas devoir l’obliger à tout écrire à chaque fois pour se faire comprendre. Baisse un petit peu la tête.

Il fila une mèche avec les doigts pour en retirer des nœuds puis tâcha de terminer la tresse, se servant de deux petits élastiques qu’il traînait un peu partout avec lui dans ses poches, sans en avoir pour autant l’utilité. Une fois terminé, il donna une petite pichenette dans la tresse en disant à sa sœur que c’était bon, avec un léger sourire aux lèvres. Et voilà, exactement de la façon dont il lui arrangeait ça lorsqu’ils étaient petits et d’une façon tout à fait contraire à l’affreux chignon très strict et petit que leur mère tenait à ce qu’elle porte lorsqu’ils étaient en primaire. Une école primaire « de haut standard, tout à fait en adéquation avec les critères de qualité et de rigueurs exigés par les plus hautes familles de ce pays ». Lamentable… Si l’école n’avait pas été terrible en soit, elle exigeait bien trop de discipline et tout le monde savait à quel point Jasper aimait la discipline. Dieu merci, cette époque-là était terminée, révolue, plus jamais ils ne devraient entendre leur mère leur parler de rigueur, de discipline, de respect de l’image renvoyée aux autres, des codes sociaux et il ne savait quoi encore.

Jasper – Voilà, comme ça, c’est terminé. Je te montrerai comment les faire toute seule, ce sera plus mignon avec ça qu’avec une simple queue-de-cheval. Tu as envie de rester lire ici ou on va explorer le grenier ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Mar 28 Fév - 14:39

Jasper – Pas vraiment différent, on se tournait autour depuis déjà un petit moment et j’étais souvent en cours avec elle. J’ai appris la langue des signes pour ne pas devoir l’obliger à tout écrire à chaque fois pour se faire comprendre. Baisse un petit peu la tête.

Laura savait que son frère ne s’étendait pas spécialement sur ses sentiments, mais là, il avait explosé son record de « je ne dis rien ». Elle avait un mauvais pressentiment, sa réponse agissant sur elle comme une douche froide. Il était un peu ailleurs, dans le ton qu’il avait employé et elle était sûre qu’il n’avait pas écouté tout ce qu’elle avait dit. Alors que c’était lui qui lui avait posé la question ! Une fois encore, elle avait l’impression d’avoir loupé un épisode, de ne pas avoir fait attention à quelque chose d’important. Ou alors, elle avait dit ce qu’il ne fallait pas ? Il voulait savoir mais ne voulait pas tout savoir ? Ou elle avait bougé, détruit tout son travail en miette ? Non, pourtant… Elle avait fait bien attention à rester immobile, se souvenant du calvaire que cela représentait quand il le lui demandait, enfant. Rester sans bouger, même deux minutes, était un véritable supplice pour elle. Aujourd’hui, avec les longues journées de cours, c’était plus simple même si son envie de bouger se traduisait autrement.

Laura patienta, sans bouger toujours, gardant la tête baissée pour ne pas déranger son frère dans son entreprise de lui faire des tresses. Il avait l’air de se souvenir des gestes, cependant, c’était peut-être comme le vélo en fin de compte. Une fois qu’on a appris, on n’oublie pas. Bon, il y a quelques rajustements à faire en cours de route, évidemment, mais rien de très important, le fil rouge restait gravé dans la mémoire à jamais. Elle sentit son frère attacher ses cheveux avec deux élastiques qu’il sortait d’elle-ne-savait-où et donner une pitchenette dans la tresse en avant de lui dire que c’était bon. Elle secoua un petit peu la tête pour sentir la différence, toujours étonnée qu’il arrive à rassembler tous ses cheveux dans deux tresses telles que celles-ci. Répondant à son sourire, Laura le remercia avant de se relever, jetant un regard à Jasper. Regard qui confirma que, malgré son sourire, non, quelque chose n’allait pas. Il mentait terriblement mal et ne parlerait pas si elle ne disait rien. Qu’avait-elle dit… ?

Jasper – Voilà, comme ça, c’est terminé. Je te montrerai comment les faire toute seule, ce sera plus mignon avec ça qu’avec une simple queue-de-cheval. Tu as envie de rester lire ici ou on va explorer le grenier ?

Comment ça « comment les faire toute seule » ? Mais, pour l’instant, il pouvait les lui faire, ils avaient encore le temps et, en plus, il ne fallait pas trois heures pour apprendre à faire des tresses. Si ? Mais non, ce n’était pas compliqué. Quelque chose clochait définitivement mais quoi… Quant à sa question, évidemment qu’elle choisissait l’exploration ! Toujours ! Rester lire ici, peu d’intérêt, ils baignaient dans les livres du matin au soir alors explorer le grenier était bien plus intéressant et promettait de grandes découvertes étant donné l’âge et la taille de la maison. Ils allaient forcément tomber sur des trésors, des meubles ou des objets qu’ils ne connaissaient pas, peut-être même des secrets sur Gray ou les anciens professeurs du Pensionnat. Une exploration comme ils les aimaient, tous les deux, en somme. Et, pour une fois, en toute sécurité !

Mais… Avant cela, Laura voulait éclaircir la situation. Elle voyait bien que Jasper n’était pas normal, qu’elle avait dit ou fait quelque chose qui l’avait complètement distrait. Voire blessé… ? Il n’avait rien dit sur le temps de faire la tresse à sa sœur, ne l’avait pas ennuyée, rien du tout alors qu’il aurait pu la charrier mille fois sur ses cheveux ou son immobilité incroyable. Elle ne pouvait pas laisser passer cela et, même si elle le pouvait, elle le refusait. Si c’était pour laisser les paroles, les gestes ou elle-ne-savait-quoi aggraver la situation et préoccuper inutilement Jasper… Elle ne voulait pas d’une nouvelle dispute douloureuse, sachant qu’elle ne la supporterait pas, pas maintenant. Ils avaient trop gardé, trop longtemps, et cela avait failli les perdre tous les deux tout en les faisant souffrir. Elle ignorait si son frère allait vraiment mieux ou s’il faisait semblant, le guettant de loin comme monsieur Nakajima, Antoine et d’autres lui avaient conseillé de le laisser respirer, mais il était hors de question qu’elle ne mette pas les choses au clair immédiatement.

Laura – Ce n’est pas une vraie question, tu sais très bien que je vais choisir l’exploration !, dit-elle en essayant de sourire. Mais, avant, je crois qu’on a quelque chose à régler. Tiens, tu t’assieds là, et moi, je me mets là.

Laura lui désigna la chaise qu’elle venait de quitter, à son tour, puis le fit asseoir elle-même pour étouffer toute protestation. Elle rapprocha ensuite une chaise pour se mettre juste à côté de lui, au coin de la table, de façon à pouvoir l’empêcher de se défiler s’il y tenait malgré tout. Il n’allait pas bien, elle l’avait blessé d’une manière ou d’une autre et elle refusait de laisser les choses en l’état, désolée. Si, il y a quelques semaines encore, elle aurait laissé le temps faire, aujourd’hui, c’était non. Ils s’étaient fait souffrir tous les deux inutilement alors que se soutenir mutuellement, pour l’instant, est plus qu’important. C’est justement dans ces moments-là que prime le lien frère-sœur, et le leur était suffisamment développé pour les aider.

Laura – Je t’ai blessé. Ne me dis pas non, je le sais… Je ne sais pas ce que j’ai fait ou dit, mais je suis désolée, vraiment désolée, tu sais bien que ce n’était pas volontaire. J’ai détruit le premier moment de complicité qu’on a ensemble depuis des semaines et j’ignore comment je m’y suis pris, mais je ne le voulais pas. On n’est pas frère et sœur pour rien, Antoine dirait qu’on est deux têtes de mules, il l’a déjà dit et on a failli se perdre à cause de notre caractère qui nous pousse à tout garder pour nous.

Elle reconnaissait que tout garder pour elle était devenu une spécialité, ces derniers temps. Elle le savait, ne se le cachait pas comme elle ne voulait ennuyer vraiment personne avec des problèmes futiles. Jasper n’étant pas bien, les adultes trop occupés, Antoine aussi, elle avait juste relégué au second plan ce qu’elle jugeait moins important. Mais cela ne concernait que Laura et personne d’autre, ce qui était complètement différent dans ce cas-ci. Si son frère était touché, et à cause d’elle en plus, elle devait réparer ses erreurs le plus tôt possible. Il avait un tout autre comportement en arrivant dans cette bibliothèque, la collégienne ne pouvait le laisser partir avec un air triste ou préoccupé.

Laura – Je sais que je le fais encore, je ne te rejette pas la faute même si j’aimerais vraiment pouvoir t’aider, te soutenir, et tout ce que font les frères et sœurs en temps normal. Mais la dispute de l’autre fois… Je ne veux plus qu’elle se reproduise alors que c’était pour des bêtises, à la base. Et pas qu’à cause de moi, on était tous les deux fautifs de ne pas avoir parlé de ce qui nous rongeait. Je tiens à toi, je respecte ton besoin de… d’air, mais je ne te laisserai pas sortir de cette pièce tant que tu ne m’auras pas dit ce que tu as. Et je suis très sérieuse, s’il le faut, je t’attacherai à cette chaise. Je sais que tu es assez responsable pour ne pas utiliser ton don dans une bibliothèque remplie de livres avec du bois partout.

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Ven 28 Avr - 16:11

Laura – Ce n’est pas une vraie question, tu sais très bien que je vais choisir l’exploration !, dit-elle en essayant de sourire. Mais, avant, je crois qu’on a quelque chose à régler. Tiens, tu t’assieds là, et moi, je me mets là.

Encore ? Si ça tournait comme la dernière fois, Jaz serait plutôt d’avis de couper court et ne plus revenir sur le sujet, ils avaient déjà tout dit. En hurlant. C’était rare qu’ils en arrivent à ce point mais voilà, c’était arrivé, plus rien à dire sur le sujet. Il s’assit avec une certaine méfiance, l’observant faire de même et tirer sa chaise près de lui. En réalité, depuis cette fameuse dernière dispute, il avait une bine plus grosse tendance à se méfier des réactions de sa petite sœur. Autant, plus jeunes, il la comprenait sans problème et ne se posait pas plus de questions que ça, autant, depuis que son don la travaillait en évoluant, il avait beaucoup de mal à la suivre. Bien trop de fois, son comportement était parfaitement illogique, ce que tout le monde réalisait sauf elle, bien entendu. Si on ajoutait que lui-même s’énervait plus vite que d’habitude, depuis quelques mois, autant dire que leur relation frère-sœur n’avait plus grand-chose à voir avec ce qui arrivait entre eux il y a un an à peine. Ils grandissaient tous les deux, la vie adulte approchait lentement, les envies et besoins aussi. Donc c’était sans doute normal. Pas envie d’aller discuter avec des adultes pour en avoir le cœur net.

Laura – Je t’ai blessé. Ne me dis pas non, je le sais… Je ne sais pas ce que j’ai fait ou dit, mais je suis désolée, vraiment désolée, tu sais bien que ce n’était pas volontaire. J’ai détruit le premier moment de complicité qu’on a ensemble depuis des semaines et j’ignore comment je m’y suis prise, mais je ne le voulais pas. On n’est pas frère et sœur pour rien, Antoine dirait qu’on est deux têtes de mules, il l’a déjà dit et on a failli se perdre à cause de notre caractère qui nous pousse à tout garder pour nous.

Elle ne réalisait toujours paaas… Jasper retint une fois de plus un très gros soupir, se demandant à quel moment il était vraiment devenu incapable de comprendre le cheminement de pensées utilisé par sa petite sœur. Le problème ne venait même pas de tout garder pour soit ou non, cette fois-ci, mais juste du comportement général en lui-même. Si vraiment c’était devenu normal, pour elle, que ça s’était brisé pour de bon, et bien, soit, il n’allait pas la harceler jusqu’à ce que mort s’ensuive, elle avait le droit de tracer la route qu’elle voulait et son frère laissera du temps au temps. Il fallait toujours laisser un peu d’eau passer sous les ponts, avec ce genre de situations, même beaucoup d’eau parfois. Avec ça, peut-être trouvait-elle qu’il l’étouffait ou la couvait trop et avait envie de s’éloigner. Si c’était ça, peut-être devrait-il… Réfléchissant, il la regarda droit dans les yeux, fixement, comme si faire ça pouvait l’aider à avoir accès à ses pensées. Voilà bien un pouvoir magnifique et très utile, être capable de décrypter les autres et donc de ne pas commettre de grosses erreurs avec elles.

Laura – Je sais que je le fais encore, je ne te rejette pas la faute même si j’aimerais vraiment pouvoir t’aider, te soutenir, et tout ce que font les frères et sœurs en temps normal. Mais la dispute de l’autre fois… Je ne veux plus qu’elle se reproduise alors que c’était pour des bêtises, à la base. Et pas qu’à cause de moi, on était tous les deux fautifs de ne pas avoir parlé de ce qui nous rongeait. Je tiens à toi, je respecte ton besoin de… d’air, mais je ne te laisserai pas sortir de cette pièce tant que tu ne m’auras pas dit ce que tu as. Et je suis très sérieuse, s’il le faut, je t’attacherai à cette chaise. Je sais que tu es assez responsable pour ne pas utiliser ton don dans une bibliothèque remplie de livres avec du bois partout.

Jasper – J’ai juste une question, en réalité, dit-il d’un ton assez perplexe et perdu. Pourquoi ça te choque autant quand je me comporte en grand frère avec toi ?

Il garda le silence suite à cela, attendant simplement une réponse. Après, elle pourra faire ce qu’elle voudra. Lui en vouloir et partir. Sourire et passer l’après-midi avec lui. Ou encore autre chose, peu importe. Elle pouvait même refuser de répondre, si elle voulait, mais puisqu’elle demandait, voilà, c’était dit. Pourquoi sursauter à cause d’un geste d’affection, pourquoi avoir été choquée, pourquoi… Pourquoi agir comme s’il était un étranger pour elle, voilà tout. Jasper continuait de la regarder droit dans les yeux, parfaitement impassible, attendant simplement sa réaction.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Dim 30 Avr - 13:26

Jasper – J’ai juste une question, en réalité, dit-il d’un ton assez perplexe et perdu. Pourquoi ça te choque autant quand je me comporte en grand frère avec toi ?

Pourquoi ça la… Mais ça ne la choquait pas ! Enfin. Bon, d’accord, Laura avait été très surprise qu’il ait de tels gestes envers elle après tout ce qui s’était passé. Seulement, ce n’était pas pour cette raison qu’elle ne le considérait plus comme son grand frère ou comme la personne devant veiller sur elle, loin de là. Elle pensait qu’il avait besoin de plus d’air, qu’elle le collait trop, qu’il avait envie de prendre ses distances un moment comme il s’énervait plus facilement. Et elle ne voulait pas le perdre à cause de réactions stupides… Comme celle-ci, en l’occurrence. Jasper ne dit rien d’autre, ne tournant même pas autour du pot pour une fois, se contentant de la regarder avec un air impassible.

Sauf que Laura savait qu’elle l’avait blessé. Uniquement à cause de son étonnement… Idiote. Elle soutint son regard difficilement, mal à l’aise, prenant le temps de réfléchir aux mots qu’elle allait utiliser cette fois-ci. Elle n’avait pas voulu le blesser ! Vraiment pas, il était la personne qui comptait le plus au monde pour elle. Antoine était important, évidemment, mais ce n’était pas la même chose. Jasper était celui vers qui elle pensait toujours à se tourner, ils avaient tout connu ensemble et fait les quatre cents coups sans se prendre la tête. Et même quand elle était en train de se noyer, Jasper n’avait pas hésité une seule seconde à plonger dans un lac glacé pour la sauver alors qu’il était lui-même « malade ».

Laura fit une petite moue sans le remarquer, regrettant qu’ils abordent un tel sujet, hallucinant presque que cette question soit posée. Alors qu’il y a quelques mois… Elle baissa un peu les yeux sur la table pour en observer les détails, une fois encore, réalisant qu’il n’y avait aucune griffure contrairement à celles de la bibliothèque de l’école. Elle se mordit ensuite les lèvres un bref moment avant de redresser la tête pour regarder Jasper, ouvrant et refermant la bouche sans oser répondre immédiatement. D’accord, elle admettait que le comportement de son frère l’avait surprise mais uniquement à cause des circonstances et de ce qui s’était passé récemment. Désolée. Elle ne voulait pas qu’il comprenne à quel point leur dispute l’avait blessée, sur le moment et voulait encore moins en arriver à parler de cela. Seulement, c’était Laura qui avait demandé à ce qu’ils parlent. Alors, autant parler calmement et ôter tous les doutes d’emblée.

Laura – Je suis désolée, je ne voulais pas te donner cette impression…, finit-elle par dire tout bas en ramenant ses mains sur ses genoux. Ce n’est pas que ton comportement m’a choquée, c’est seulement que je… Je pensais que tu avais besoin d’air et que tu voulais mettre plus de distance jusqu’à une durée indéterminée, et que je te collais trop. Que tu… que j’avais été trop loin pendant notre dispute.

Et qu’il l’aimait moins, qu’il ne la supportait plus comme avant. Même le fait d’employer le mot « supporter » était dur. Mais ces mots-là, elle était incapable de les dire pour l’instant, même si Jasper allait sûrement comprendre tout seul. Elle avait seulement eu peur de le perdre, leur dispute et les mots échangés l’ayant franchement refroidie. Evidemment, qu’elle avait plein de choses à lui dire ! Elle s’était retenue quelques fois d’aller le trouver, de lui poser une ou deux questions qui la préoccupaient, notamment à propos de la situation avec leur tuteur. Jasper en avait parlé de lui-même, ce qui l’avait poussée à en faire de même, mais elle n’avait pas osé avant. Par peur de réagir en enfant, en fait… En fin de compte, Laura voulait éviter de l’ennuyer, de le déranger alors qu’il n’était pas bien du tout. Désolée. Elle savait que c’était idiot, qu’il ne pensait pas tout ce qu’il avait dit, en tout cas c’est ce qu’avait dit Antoine plus tard, mais… Voilà. Elle pensait simplement qu’il avait moins le temps, ou moins envie de passer du temps avec elle comme il avait Adeline.

Laura se mit à lisser un pan de son haut avec minutie, détaillant les plis, ses doigts les suivant pour les aplatir inutilement, refusant de ne pas tout dire comme Jasper avait été franc avec elle. Hors de question de mentir ou de laisser les choses en suspens, il déciderait après s’il avait toujours envie d’explorer le château ou de lire tout seul ou d’aller s’exercer avec son don ou de… d’une activité seul plutôt qu’avec elle. C’était tout à fait plausible, sinon pourquoi aurait-il proposé lui-même de rester lire ici ? Ce n’était pas une activité de groupe, « lire », mais bien une activité solitaire. Quelque chose que l’on fait pour passer le temps ou lorsque l’on veut être tranquille. Seulement, le moment de complicité qu’ils venaient de partager indiquait le contraire… Jasper n’aurait pas agi comme cela s’il avait voulu être seul. Mais s’il le pensait sans oser le dire ? Même si, d’après ses réactions, il ne semblait pas vouloir l’écarter de ses temps libres. Elle avait envie de bouger, vraiment, mais ignorait comment elle réagirait si Jasper lui avouait qu’elle avait raison, qu’il préférait rester seul ou prendre ses distances pour le moment. Elle l’accepterait, bien sûr. Difficilement mais c’était son choix et elle devait le respecter si elle tenait à lui.

Laura – Il y a plein de questions que j’ai voulu te poser, comme celle avec monsieur Nakajima et notre situation. Comme avant, quand j’hésitais ou que je ne comprenais pas quelque chose… Mais j’avais peur de… te déranger ou d’être trop envahissante depuis ce que tu as dit pendant notre dispute. Je sais que tu ne le pensais pas ! Mais ça m’a fait réfléchir et j’ai eu tellement peur de te perdre que… Enfin, si tu penses que je suis trop petite, je ne veux pas te déranger. En plus, tu as Adeline et elle t’aide beaucoup.

Laura ajouta, un ton plus bas et baissant la tête, qu’il savait tout à présent et qu’elle respecterait son choix, quel qu’il soit. Inutile de l’influencer ou de pleurer, dans le pire des cas, elle pourrait faire un tour comme le domaine était très grand. Pas d’exploration seule, elle n’en aurait pas l’envie, mais aller à Gray ou se balader, pourquoi pas. Il faisait beau dehors, non ? Elle ne savait plus, en fait, tant la majesté de l’endroit et sa taille l’avaient étonnée. Sa première pensée avait été qu’ils allaient vivre ici, à présent, alors que c’était un endroit immense dans lequel ils passeraient leur temps à se perdre. Mais, maintenant… Ils n’avaient vraiment visité que la bibliothèque, tout aussi grande et imposante que le reste de cette maison. Même le nombre d’employés l’indifférait en cet instant précis. Si Jasper se mettait à la détester ou à ne plus la supporter… Laura se mordit les lèvres, préférant garder la tête baissée pour l’instant. Elle entendit seulement, un peu plus loin, des pas sur le plancher et de l’activité. Mais peu importe.

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Jasper K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Sam 26 Aoû - 17:07

Laura – Je suis désolée, je ne voulais pas te donner cette impression…, finit-elle par dire tout bas en ramenant ses mains sur ses genoux. Ce n’est pas que ton comportement m’a choquée, c’est seulement que je… Je pensais que tu avais besoin d’air et que tu voulais mettre plus de distance jusqu’à une durée indéterminée, et que je te collais trop. Que tu… que j’avais été trop loin pendant notre dispute.

Donc malgré les dizaines de fois où ils s'étaient déjà disputés, fort ou non, fait la tête ou pas, elle croyait encore qu'il l'aimait moins, voire plus du tout, par la suite ? Jasper ne put s'empêcher de lui lancer un regard mélanger perplexité et incrédulité, se grattant un peu la tête au passage. Très bien, il avait un eu comme un arrêt du cerveau, tant il trouvait ça complètement idiot, et ne savait pas comment réagir. Lui répéter une énième fois que c'était stupide ? Toujours répéter l'évidence le gonflait, ça, c'était clair. Il finit par la fixer d'un air légèrement désespéré, ce qu'elle ne remarqua même pas au passage, en se demandant ce qui pouvait bien se passer dans la tête des gens lorsqu'ils arrivaient à graver toutes sortes de conneries diverses et variées dans leur cerveau, au point de les confondre avec la réalité. Sérieusement, ça se passait comment, dans ces cas-là ? C'était peut-être une maladie ? Sa sœur souffrait peut-être d'un trouble quelconque ? Elle n'avait pourtant jamais pris de coups sur la tête, c'était bizarre.... A moins qu'elle n'ait souffert d'un grave accident étant bébé, peut-être qu'une de leurs nourrices lui avait malencontreusement cogné la tête dans un mur, on ne sait jamais. Ce n'est pas à leurs parents qu'il pourra poser la question, de toute façon.

Laura – Il y a plein de questions que j’ai voulu te poser, comme celle avec monsieur Nakajima et notre situation. Comme avant, quand j’hésitais ou que je ne comprenais pas quelque chose… Mais j’avais peur de… te déranger ou d’être trop envahissante depuis ce que tu as dit pendant notre dispute. Je sais que tu ne le pensais pas ! Mais ça m’a fait réfléchir et j’ai eu tellement peur de te perdre que… Enfin, si tu penses que je suis trop petite, je ne veux pas te déranger. En plus, tu as Adeline et elle t’aide beaucoup.

Jasper – T'es tellement illogique. Notre nourrice avait dû te bercer trop près du mur.

Il lui colla une petite pichenette sur le bout du nez avec un soupir désespéré, secouant un peu la tête au passage. Puis il expliqua point par point tout ce qui était crétin là-dedans, en insistant lourdement sur le fait que c'était au moins la quarantième fois qu'il le faisait et que ça le crevait, à force. C'est vrai, ça, si elle oubliait tout le temps qu'il n'allait pas détester sa propre sœur ni la mettre à l'écart sous prétexte qu'il avait une petite amie, là, c'était son problème, il ne pouvait plus rien faire pour elle, car il n'allait pas non plus lui redire toutes les quatre minutes qu'elle se trompait. A la place, il lui redit le tout bien patiemment puis finit par lâcher un petit rire, en ajoutant qu'elle pouvait autant avoir des réactions d'adulte que des réactions de gamine de quatre ans.

Jasper – Tu fais la même tête qu'à six ans, quand tu boudais, c'est dingue. Manque plus que tu croises les bras en tirant la langue.

Il s'attendait à ce qu'elle le fasse, d'ailleurs, sentant son envie de plus en plus grandissante comme s'il était dans sa tête. Et elle ne le fera par simple esprit de contradiction, raison précise pour laquelle il lui avait balancé ça. Et il assumait totalement. Elle répondit avec une moue aux lèvres qu'elle détestait quand il faisait ça et que c'était de la triche, qu'il devrait avoir honte, avant de conclure sur un "En plus, je n'allais pas tirer la langue.". Jasper ne put pas se retenir, éclatant de rire à en avoir mal aux côtes, puis il se leva et lui prit la tête entre les deux mains, penché sur elle et l'embrassant sur le front. Allez, on arrête de bouder et de chouiner, elle était grande, maintenant. Il connaissait ses réactions par coeur, c'était si facile de trouver comment la faire réagir simplement en appuyant sur certains points. Même dans dix ans, sa petite sœur sera sûrement toujours comme ça, c'était gravé en elle. Elle commença à le taper un peu, avec ses petites mains, puis vint quand même dans ses bras pour un câlin. Gagné. C'était tellement prévisible, oui, et surtout très facile, il ignorait si elle s'en rendait compte ou non.

En quittant la bibliothèque, ils repartirent à l'exploration du manoir, enfin, du château, grimpant encore d'autres escaliers, don un de service, avant d'arriver à une partie moins chic et entretenue. Au bout d'un moment, un autre escalier plus étroit, en bois grinçant, les amena à une lourde porte de chêne qu'ils durent pousser à deux pour l'ouvrir. Derrière, le grenier, s'étalant visiblement sur tout l'étage. Ils étaient juste sous les combles et à leur entrée, quelques pigeons s'envolèrent bien vite en passant près un petit trou dans le coin du toit, juste au-dessus de leur tête. Quelques fauteuils sous des draps étaient près de la porte, le plancher était poussiéreux, personne ne devait venir ici, d'habitude, ou pour de très brefs passages. Quand cette baraque avait-elle était construite ? Et combien de générations étaient passées dedans ? Un vieux porte-manteau soutenait des vestes qui auraient ou appartenir à leurs grands-parents et quelques caisses étaient remplies de vieux livres, de portes-documents et de gros albums. Jasper s'accroupit près d'une des caisses et tira une chemise enroulée d'une grosse ficelle, qu'il dénoua. Dedans, des actes de notaires et des liasses de vieux documents, datant pour certains de 1810.

Cette caisse-là semblait surtout contenir des dizaines de papiers administratifs ou personnels. Factures, livret de famille, actes de mariage ou de naissance, vente d'objets, devis, extraits comptables, feuilles des impôts... Rien de très passionnant, somme toute, Jasper ne savait même pas que la famille du prof de maths avait autant d'entreprises, mais ceci expliquait la richesse de la famille. Reposant les dossiers, il trouva des albums photos, certains très vieux, d'autres récents. L'un était intitulé "Joyeux anniversaire ma chérie" et il  le tira pour regarder, louchant un peu en voyant la directrice à quoi... Dix-huit ou dix-neuf ans, assise près d'un feu de camp et tout sourire. La deuxième page était couverte de photos d'elle, bébé ou toute petite fille. Jaz marmonna qu'elle avait vraiment été petite fille, alors, que c'était bizarre. Elle faisait parti de ces personnes qu'on n'arrivera jamais à imaginer bébés, à moins d'avoir une preuve claire sous les yeux. Laura dit qu'elle souriait beaucoup, en plus. C'était vrai, sur presque toutes les photos, elle était très souriante. Et toutes, sans rire, surtout une où elle souriait tant qu'on ne la reconnaissait même pas. D'ailleurs, la ressemblance soudaine avec Solène était particulièrement flippante.

Jasper – 1921, commenta-t-il en tirant la photo de l'album pour regarder derrière. 23 ans au compteur.

Au moins, en souriant, elle était très belle, et pas terriblement flippante et intimidante comme aujourd'hui, avec un regard de tueur. Enfin, un regard très froid, très... Bon, angoissant, ça résumait tout. Il remit la photo à sa place, regardant celle d'à côté où elle devait déjà être plus âgée, peut-être vingt-huit ou trente ans, où elle souriait toujours, plus femme que jeune fille.

Laura – C'est possible de changer à ce point en dix ans à peine ?

Jasper – Même pas dix ans. Regarde celle-ci, elle sourit à bloc et est très détendue, et cette photo a été prise au mois d'août 1930.

Soit quelques semaines avant le début véritable des ennuis, enfin, quelques semaines avant que les ennuis se dévoilent au grand jour car il était évident que tout avait débuté il y a des déjà des années, mais dans l'ombre, sous le couvert du secret, avant de finalement éclater au grand jour. Laura sembla très choquée et Jaz lui frotta un peu l'épaule. Tirant un autre petit portefeuille de photos, il chercha les photos d'elle et finit par réussir en aligner une dizaine, datant de septembre 1930, puis de novembre, décembre, février, mars, mai, juin... Il les étala les unes après les autres par terre, dans l'ordre, et eut un léger frisson. Quand on regardait ainsi, le changement était flagrant, à mesure des mois, tout semblait se dégrader. Le sourire avait déjà disparu en octobre. En décembre, c'était l'air global du visage qui s'était durci. En février, le regard avait beaucoup changé. En mars, la posture était bien plus tendue, agressive. En mai, les joues creusées montrait une fatigue croissante. En juin, la photo semblait presque avoir été faite par surprise, et le regard était glacial. Il en chercha d'autre, finissant par trouver une prise en septembre, celle-ci aussi en cachette, visiblement. Gabriella était tournée vers Bradley, l'air aussi grave que si quelqu'un venait de mourir, tous les deux semblaient discuter.

Jasper – Une année passée, commenta-t-il en levant la photo du 31 août 1930 et celle du 1er septembre 1931. C'est... Très bizarre.

Laura – Je trouve ça effrayant, moi...

Jasper – Peut-être pas tant que ça, mais je trouve ça triste, c'est comme si cette femme était morte pour renaître en une autre. Elle était... Bah, comme Solène, puis elle a disparu pour devenir comme ça.

Il reposa les photos, se sentant tout à coup un peu bizarre et surtout très jeune. Eux étaient encore bien jeunes, ils s'amusaient, embêtaient souvent les adultes et croyaient pouvoir aider comme eux, pourtant, en y réfléchissant bien, ils savaient qu'ils ne pouvaient pas tout faire et encore moins se rendre sur certains fronts.

Jasper – Elle était quand même toute mimi, petite fille, ça me rappelle ta bouille. Dommage que ça soit perdu à jamais. Je me demande comment elle réagirait en voyant ces photos.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Déménagement au château   Sam 21 Oct - 18:15

Laura suivit Jasper, quittant enfin la bibliothèque avec l’impression d’être plus légère. L’explication était nécessaire, même si cela énervait son frère de lui « répéter plein de fois qu’il ne la détesterait pas ». Elle ne pouvait pas deviner ! Avec tout ce qu’ils s’étaient dit ce jour-là, avec le contexte et les changements qu’ils vivaient intérieurement tous les deux… Naturellement, elle avait douté. Même si c’était stupide, qu’elle n’aurait pas dû avoir peur, qu’elle aurait pu en parler plus tôt et ne pas tout garder pour elle, n’en parlant même plus avec Antoine vu leur dispute le lendemain de la « discussion » avec son frère. Mais elle avait compris, cette fois, elle ne douterait plus ou elle essaierait d’en parler directement. Si cela pouvait lui éviter un tour « à la Jasper » comme il venait de le faire… Elle s’était fait avoir d’une manière complètement ridicule, elle aurait largement pu réagir autrement mais, sur le coup, Laura avait juste été… contente, soulagée.

Ils arrivèrent dans une partie moins fréquentée du château, moins raffinée, grimpant plusieurs escaliers dont le dernier qui menait à une porte massive en chêne qu’ils durent pousser à deux pour réussir à l’ouvrir, débouchant dans une pièce très grande que Laura devina être le grenier. A leur entrée, plusieurs oiseaux s’envolèrent, sans doute effrayés, la faisant légèrement sursauter honteusement tandis qu’ils découvraient un tas d’objets, meubles et reliques entreposés ici depuis des années. Il y avait des fauteuils, protégés sous des draps blancs, près de la porte d’entrée, des caisses en quantité incroyable fermées ou non, un grand porte-manteaux sur lequel reposaient un grand nombre de vestes anciennes et de manteaux très vieux, parfois abîmés. Certaines caisses, ouvertes, contenaient de vieux livres, albums et porte-documents. Laura ne pouvait s’empêcher de se demander depuis combien d’années les objets et cartons s’entassaient dans ce grenier et quel objet ou livre était le plus ancien.

Laura s’arrêta près d’un premier carton, posé en travers sur un genre de commode à côté d’un des fauteuils, tandis que Jasper continuait d’avancer et venait de s’accroupir près d’une des autres caisses. Elle ne prêta pas attention à ce qu’il faisait, dans un premier temps, s’occupant de son propre carton dans lequel étaient rangés de nombreuses coupures de journaux, des photos de famille – sans doute celle de monsieur de la Valière –, même de vieux documents qu’elle ne comprenait pas. Des chiffres, des lignes de texte dont elle ne saisissait aucun sens, des têtes qu’elle ne connaissait pas… Rien de bien intéressant, en somme. Rangeant ce qu’elle venait de tirer de la caisse pour ne rien déranger, Laura leva la tête et se frotta les mains à cause de la poussière, balayant un peu devant elle pour chasser la poussière soulevée à cause de leur passage. Elle remarqua alors que son frère était toujours au même endroit et qu’il tenait un album apparemment très intéressant. Oh ? La collégienne se rapprocha de Jasper pour se pencher à son tour sur le livre qu’il tenait, découvrant des photos de… Hein ? Des photos de leur tante ? La directrice, enfin, l’ex-directrice de l’école ? Mais qu’est-ce que… Pardon ?

Elle souleva un peu la couverture de l’album, lisant qu’il s’agissait d’un cadeau d’anniversaire avec, comme première photographie, une scène très détendue et souriante de leur tante avec un homme au bord du feu. Elle était souriante, comme jamais Laura ne l’avait vue sourire depuis qu’elle était au Pensionnat. Enfin… Surtout depuis le début de l’année passée. Et sur toutes les photos, ici, elle souriait, vraiment, d’un sourire sincère et pas crispé. Des photos d’elle bébé, toute petite, fillette du même âge qu’elle ou que Jaz qui murmurait qu’elle avait vraiment été petite fille, que c’était bizarre. Roh… Et ça le choquait ? Bon, d’accord, peut-être que c’était un peu incroyable, mais ça restait logique. Ce qui était le plus choquant, ici, était le sourire de leur tante sur les photos, ce que Laura dit tout haut, trouvant une ressemblance flagrante entre Solène et sa sœur à ce moment précis. Evidemment, plusieurs personnes l’avaient déjà souligné, mais le voir avec une photo était plus étonnant, même si c’était elle-même qui avait dit à son amie qu’elle ressemblait à la directrice.

Jasper – 1921, commenta-t-il en tirant la photo de l'album pour regarder derrière. 23 ans au compteur.

Laura – C'est possible de changer à ce point en dix ans à peine ?

Jasper – Même pas dix ans. Regarde celle-ci, elle sourit à bloc et est très détendue, et cette photo a été prise au mois d'août 1930.

Laura peinait presque à reconnaître la directrice, sur ces photos, tant elle avait changé en… moins de dix ans. Un an, en réalité. De souriante et détendue, elle était devenue un vrai glaçon sans plus un seul sourire, le regard très froid et déterminé entre août 1930 et août 1931. Et encore, elle était sûre que la directrice avait cessé de sourire avant les vacances, elle ne s’en souvenait juste plus du tout… Quand, précisément ? Laura l’avait peut-être vue sourire au début de l’année, mais sans pouvoir l’affirmer à cent pourcent, ayant l’impression que cela datait de plusieurs années alors qu’une seule année s’était écoulée. Elle ne put dissimuler le choc qu’elle avait en voyant ses photos, le changement s’imprimant difficilement dans sa tête, tout ce qui s’était passé depuis qu’ils avaient provoqué la grossesse de la directrice défilant presque devant ses yeux. Jasper dut le ressentir puisqu’il lui frotta le dos, comme elle était à côté de lui, geste qui lui rappelait les soirées où elle venait se blottir dans ses bras après un cauchemar ou une dispute. Ces moments, même moins joyeux, lui manquaient en cet instant précis. La douceur, leur naïveté, les seules préoccupations des cours à suivre et des disputes avec les parents à éviter… Tout cela semblait si loin, aujourd’hui.

Comme pour appuyer ses pensées, son frère continua de tirer d’autres photos de l’album, en en mettant plusieurs les unes à la suite des autres, toutes prises à un mois ou quelques semaines, voire quelques jours parfois, d’écart depuis 1930. Et le changement était… Laura dut détourner le regard, refermant ses bras sur elle-même comme si elle avait froid, tout à coup. Elle les croisa, laissant Jasper regarder les photos pendant qu’elle se concentrait sur les éléments du décor, même un grain de poussière sur le plancher était plus intéressant que ces photos, soudainement. Ce n’était pas que sa tante l’effrayait, non, mais l’évolution de la situation était terrifiante. Comme si la directrice du Pensionnat dépérissait en même temps que le Pensionnat en lui-même, son état physique attestant de plus en plus de l’impossibilité de faire face aux décisions du gouvernement dans l’immédiat. Il fallait plus de travail, plus de… Elle ne savait pas. En tout cas, la fatigue en témoignait, tout comme cet air sérieux qu’elle affichait sur la dernière photo.

Jasper – Une année passée, commenta-t-il en levant la photo du 31 août 1930 et celle du 1er septembre 1931. C'est... Très bizarre.

Laura – Je trouve ça effrayant, moi...

Jasper – Peut-être pas tant que ça, mais je trouve ça triste, c'est comme si cette femme était morte pour renaître en une autre. Elle était... Bah, comme Solène, puis elle a disparu pour devenir comme ça.

Morte pour renaître… Laura frissonna à cette phrase, ne pouvant nier ce que Jasper disait face à ces photos. Il les redéposa dans le carton, avec cet air plus inoffensif et fragile à ses yeux qu’il prenait lorsqu’il se sentait plus petit, lorsqu’il était moins bien aussi, sans chercher à le cacher pour une fois. C’était rare, très rare, mais la collégienne l’avait déjà vu et se blottissait souvent dans ses bras pour essayer de l’aider sans se justifier, prétextant que c’était elle qui allait un peu moins bien parfois. Soudain, la discussion avec son tuteur, juste après leur déménagement en août, prit tout son sens à propos de l’aide qu’elle apportait à Jasper en étant présente, simplement… Lui disait qu’il la connaissait par cœur, mais c’était réciproque, même si elle doutait parfois de certaines choses.

Jasper – Elle était quand même toute mimi, petite fille, ça me rappelle ta bouille. Dommage que ça soit perdu à jamais. Je me demande comment elle réagirait en voyant ces photos.

Laura – Ma bouille…, dit-elle en levant les yeux au ciel. Tu sais que j’ai quatorze ans, rassure-moi ? Je ne suis plus ta toute petite sœur, même si tu me connais et que tu peux prévoir mes réactions. C’est de la triche pure et simple, d’ailleurs, mais passons. En tout cas, j’espère ne jamais suivre le même chemin qu’elle…

Laura n’avait pas envie de perdre son sourire, sa bonne humeur et son optimisme. Certes, elle l’avait moins ces derniers temps, mais son visage n’avait pas changé du tout au tout, aussi radicalement, en l’espace de quelques mois à peine. Elle avait grandi, tout simplement, ce qui expliquait le changement dans ses traits, mais c’était tout. Pas d’histoire de guerre civile, de dispute, de danger de mort… Elle était consciente de toutes ces histoires, du danger qui les entourait et de tout le reste mais la collégienne ne devenait pas plus dure pour autant, ne s’isolait pas tant que ça et gardait de vrais liens avec ses amis. En dehors du léger froid qu’il y avait eu avec son frère, rien ne clochait. Parce qu’elle n’oubliait pas le reste, que son quotidien faisait qu’elle pensait constamment à ce qui la poussait à se battre et à tenir le coup. Peut-être le problème était-il là… Peut-être n’était-ce plus le cas pour leur tante qui se battait plus par nécessité que par motivation personnelle ? Elle tenait à ses amis et sa famille, oui ! Mais s’ils n’étaient pas en danger, Laura était sûre que la directrice se battrait tout de même pour ses principes ou… d’autres raisons. Difficile à dire.

Laura – J’ai l’impression qu’elle a changé à ce point parce qu’elle est devenue plus… moins… elle-même. Avant, elle se battait pour l’école, mais maintenant, elle est générale et continue malgré tout, alors qu’on sait tous que ce n’était qu’un prétexte pour attaquer les élémentaires. Je ne sais pas comment expliquer mais, par exemple, nous, c’est en grosse partie pour nos amis et pour notre famille qu’on bouge, alors qu’elle…

Elle fit la moue, s’interrompant en réalisant que c’était tout sauf clair. S’excusant auprès de son frère, Laura ajouta que ses amis et sa famille l’avaient abandonnée quand elle en avait le plus besoin, elle les protégeait mais ce n’était pas dans la même attitude qu’eux. Et, en fait, plus elle essayait de s’expliquer, moins elle était claire, moins Jasper devait la comprendre. C’était compréhensible, dans sa tête ! Mais uniquement dans sa tête. Elle observa à nouveau les photos déposées dans le carton, une moue frustrée aux lèvres tandis qu’elle cherchait comment se faire vraiment comprendre. Pour l’instant, eux tenaient et restaient eux-mêmes grâce à leur entourage là où leur tante ne voyait pas qu’elle était soutenue et entourée par des dizaines et des dizaines de personnes. Même sa famille, ses parents du moins, la soutenaient ! Preuve en est avec cet album. Mais elle ne le réalisait pas, vraiment pas, et son moral ainsi que son physique en prenaient un sacré coup. Jasper avait raison, Laura voulait aussi voir sa réaction en tombant sur cet album.

Laura – Il faudrait lui montrer cet album, finit-elle par dire en relevant la tête vers son frère. Mais si on le lui donne en personne, j’ai peur qu’elle ne nous foudroie parce qu’on a fouillé alors qu’on ne devrait pas, surtout que c’était visible que cet album lui était destiné. Ou alors, on le laisse dans son bureau à l’école ? Ou ici ? Mais j’ai peur qu’un domestique ne le range… Ou alors, j’ai une meilleure idée ! On le glisse dans une valise, ou dans un sac qu’elle prendra forcément pour voyager ? Histoire qu’on ne soit pas trop près quand elle le redécouvre… Par contre, il faut trouver sa chambre et ses affaires sans se faire prendre. Et c'est là que ça devient plus risqué.

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Déménagement au château
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