1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Escapade mal préparée

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Laura K. Nakajima
Collégienne
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MessageSujet: Escapade mal préparée   Mer 31 Aoû - 23:03

Laura se retourna encore et encore dans son lit, n’arrivant pas à fermer l’œil. La nuit était déjà bien avancée, à présent, elle avait entendu chaque pas dans les environs et avait vu, par la fissure au bas de la porte, les lumières s’éteindre les unes après les autres à mesure que les domestiques allaient dormir. Jasper, Genji et elle avaient été rappelés à la villa du prof de maths pour ce week-end comme Solène avait été agressée. Ce qui ne les arrangeait pas du tout, entre parenthèses, mais ils n’avaient pas trop le choix étant donné que les adultes craignaient qu’ils ne se fassent agresser. Et, à cause de cela, elle dormait ici… Dans cette chambre aux dimensions incroyables qui lui rappelaient, par certains aspects, la chambre qu’elle avait chez ses parents. Rien que cette perspective lui donnait envie de s’enfuir à toutes jambes de cette maison.

Elle disposait d’un lit de deux places au milieu de la chambre, dont le sol était recouvert d’un parquet très bien entretenu. Elle avait une petite table de nuit à ses côtés avec une cruche qu’elle avait demandé à la domestique qui lui avait fermé ses rideaux, beaucoup trop lourds pour qu’elle y parvienne seule. Depuis, Laura restait prostrée dans son lit, au milieu, emmitouflée dans la grande couverture au sein de laquelle elle se sentait littéralement noyée. Elle n’arrêtait pas de remuer, passant ses bras au-dessus, en-dessous, un bras au-dessus l’autre en-dessous… Rien à faire, ce lit ne lui semblait pas confortable. Et puis, cette chambre était terrifiante ! Elle faisait au moins deux fois, voire trois, la chambre qu’elle avait avant. Et elle était toute seule… C’était stupide mais Laura n’avait plus l’habitude de dormir seule. Surtout dans une chambre aussi grande. Ils n’étaient plus rentrés chez eux, Jasper et elle, depuis plus d’un an. Depuis, ils avaient toujours dormi, ou ensemble, ou avec quelqu’un. Mais pas seuls…

Il ne lui fallait déjà pas beaucoup pour ne pas s’endormir ces derniers jours, alors maintenant ! Depuis la mort d’Alexis, elle ne cessait de s’en vouloir et de penser qu’elle aurait pu l’aider, vraiment l’aider, plutôt que de lui donner de lamentables conseils qu’il avait dû entendre une bonne centaine de fois. Et elle n’était jamais allée le voir au cimetière toute seule depuis l’enterrement, n’y trouvant pas le courage. Et en parler à Solène… Non. Non, non, non. Faire une telle chose signifierait avouer que cela la touchait, ce qu’elle refusait catégoriquement étant donné le tempérament surprotecteur des adultes présents ici. Désolée, mais elle avait eu son compte, c’était bon. Pas besoin d’être ultra-surveillée, elle s’en tirait sans problème.

Laura se redressa soudain dans son lit, une idée traversant son esprit. Pourquoi ne pas y aller maintenant ? Quitte à ne pas dormir… En plus, les domestiques dormaient, elle était seule dans sa chambre et ils n’étaient pas au Pensionnat mais dans une grande villa avec de nombreuses pièces pouvant la dissimuler au cas où. Et ils étaient au début du week-end, leurs professeurs devaient dormir à poings fermés, épuisés par la semaine écoulée – surtout avec l’agression de Solène et le déménagement. C’était le moment idéal. Décidée, Laura se leva précautionneusement de son lit du côté le plus proche de la porte donnant sur sa garde-robe et y prit les premiers vêtements qu’elle trouva : une jupe et un chemisier, ainsi qu’un pull pour éviter de tomber malade. Difficile de l’expliquer le lendemain, sinon… Elle prit quelques piles de vêtements dans son armoire et les glissa sous la grosse couverture pour donner l’illusion que quelqu’un dormait toujours ici, au cas où. Depuis le temps, Laura avait acquis quelques réflexes lors de ses escapades nocturnes.

Prudente et fin prête, la collégienne entrouvrit légèrement la porte de sa chambre pour y risquer un coup d’œil et écouter les bruits de la maison. Tout semblait calme, tout était éteint et paisible. Elle n’entendait que des bruits lointains, parfois, mais ils ne provenaient pas de l’intérieur de la maison. C’était bon, elle pouvait sortir. Prenant une petite inspiration, elle sortit de la chambre sur la pointe des pieds et vérifia encore une fois que le couloir était bien désert. Apparemment, oui… Avançant un peu, elle ralentit, reprit, s’arrêta à nouveau pour guetter les bruits. Un instant, Laura crut entendre des bruits de pas qui l’avaient poussée à se réfugier dans la première pièce ouverte et déserte qu’elle trouva, le cœur battant. Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’elle jugea avoir halluciné et décida de ressortir. C’était peut-être trop risqué, elle n’était même pas descendue ! Il y avait encore les escaliers, moment où elle serait incroyablement vulnérable… Mais soit, il le fallait. Elle les apercevait, il ne fallait guère que quelques mètres avant d’y être et de pouvoir enfin descendre. Bon, allez, elle n’allait pas s’arrêter maintenant. Laura prit une autre inspiration et sortit de la pièce, pressant le pas vers les escaliers.

Laura mit une main sur la rampe puis descendit progressivement les marches, tâchant d’aller le plus vite possible pour regagner la sûreté de l’étage et ne pas rester en position de faiblesse comme maintenant. Il n’y avait que de petits bruits, de temps en temps, mais elle essaya de se rassurer, se doutant qu’il ne s’agissait que de son imagination. Ce n’est qu’arrivée en bas qu’elle entendit nettement du bruit, mais trop tard. Monsieur de la Valière était occupé sur un petit bureau, en train de travailler sur elle ne savait quoi. Mais enfin, les profs ne dormaient jamais ?! Laura, paniquée, se retourna immédiatement avec l’intention de remonter dans sa chambre, ni vu ni connu. Enfin, ça, c’était dans ses projets… Elle n’avait pas pris plus de précaution que nécessaire, son prof l’avait, évidemment, entendue descendre.

M. de la Valière – Que fais-tu habillée et debout à cette heure ?

… C’était une excellente question. Laura n’avait pas du tout songé à la possibilité de se faire prendre, s’en tirant toujours d’habitude. Elle baissa la tête sur ses vêtements, comme pour détailler sa tenue, et ouvrit la bouche en cherchant une réponse. Qui ne vint pas. Elle bredouilla quelques mots, déjà terrifiée par le professeur de maths depuis le début, alors dans cette situation… Stop ! On se reprend et on respire. Elle pouvait avoir eu envie de sortir prendre l’air, ce n’était pas interdit. Si ? Mais non, tant qu’elle restait à l’intérieur du domaine. Laura mit ses mains dans son dos, jouant nerveusement avec ses doigts derrière pour éviter de le montrer. Se faire prendre aussi lamentablement… Elle n’avait que descendu les escaliers !

Laura – Je voulais… prendre un peu l’air. Je ne me sentais pas bien, je voulais seulement… aller un peu dehors, dans le jardin.

M. de la Valière – Un peu dehors dans le jardin ? Ouvrir la fenêtre aurait été trop dur ?

Bon, d’accord, sa défense était pitoyable. A vrai dire, Laura avait pensé à cette possibilité de réponse dès l’instant où ses paroles étaient sorties mais c’était trop tard. Et maintenant ? Elle n’avait qu’à dire qu’elle avait besoin d’air, qu’elle avait fait un cauchemar et qu’elle avait ressenti un immense besoin de sortir. Puis, pourquoi ne pas s’excuser et remonter en disant qu’elle se contenterait de la fenêtre ? C’était possible aussi. Tout était mieux que d’admettre qu’elle avait l’intention d’aller au cimetière… Laura avait seulement pris de quoi bien s’habiller et de quoi s’assurer qu’elle ne se ferait pas griller bêtement. Sauf qu’elle n’avait pas pris en compte le caractère « je travaille pendant la nuit » de leur professeur… Il ne lui restait plus que l’esquive, la fuite pure et simple, en priant pour qu’il ne raconte rien à leur tuteur, Jasper, sa tante ou Solène.

Laura – Je… J’ai fait un cauchemar, dit-elle d’une petite voix. Je n’osais pas m’approcher, j’ai ressenti le besoin de sortir de la chambre et je pensais que rester dans le domaine ne posait pas de problème. Je suis désolée, je ne… le referai plus.

M. de la Valière – Du mal à dormir ?

Son professeur se leva alors, venant près d’elle puis remontant à l’étage. Devinant qu’elle devait le suivre, craignant les ennuis plus que jamais, Laura lui emboîta le pas docilement. Mais ils n’allèrent pas vers ce qu’elle avait deviné être son bureau, non. Lors de leur visite de la maison à trois, Genji, Jasper et elle avaient repéré les chambres, deviné celle dans laquelle devaient dormir leurs profs et celles qui étaient encore vides – actuellement occupées par eux tous, du coup. Et là, en l’occurrence, il la conduisait vers sa propre chambre… La gorge serrée, Laura ralentit considérablement, se demandant ce qu’il avait derrière la tête. Il n’allait quand même pas réveiller la directrice en pleine nuit… Pas pour cela. N’est-ce pas ? Mais non. Non, effectivement, il ne la réveillait pas… Arrivés devant la porte, il lui fit comprendre qu’il voulait qu’elle dorme ici. Pardon ? Non, non, non. Certainement pas ! Laura s’arrêta, disant à son professeur qu’elle allait retourner dans sa chambre et ne plus y bouger, qu’elle dormirait. Ce qui n’eut aucun effet.

Laura – Je ne veux pas réveiller la directrice, je vais retourner dans ma chambre, je vous promets que je ne bougerai plus… Elle a besoin de sommeil.

M. de la Valière – Vas-y, en silence.

… Laura regarda l’intérieur de la chambre, se disant que son professeur n’avait pas cru un seul mot de ce qu’elle avait dit. Sinon, il n’insisterait pas autant pour qu’elle dorme sous ses yeux… Se mordant les lèvres elle entra dans la chambre, résignée et plus mal à l’aise que jamais, craignant d’autant plus les conséquences de son début d’escapade nocturne. Monsieur de la Valière allait sûrement revenir là-dessus, elle était grillée, définitivement. Ôtant ses chaussures, Laura s’assit doucement dans le lit occupé par sa tante avant de la voir bouger un peu et ouvrir les yeux. Oups… Elle tourna la tête vers son professeur avec son air « j’ai rien fait ! », paniquée. Désolée, désolée, désolée. Elle avait prévenu qu’elle la réveillerait ! Laura se releva, descendant du lit pour s’écarter.

Tante – Qui a attaqué la maison ? marmonna-t-elle.

Son professeur lui dit de se recoucher avant de répondre à la directrice que Laura avait fait un cauchemar et qu’elle ne se sentait pas bien. S’il l’avait grillée, en tout cas, il n’en disait rien… Elle ne savait pas trop si c’était une bonne nouvelle ou non. Bien obligée et de mauvaise foi, la collégienne se recoucha dans le lit, près de sa tante qui… ouvrit les bras pour l’accueillir. En plus… ? Marquant un léger temps d’arrêt, Laura s’allongea et se laissa faire sans fermer les yeux. Elle n’avait pas sommeil, elle ne pouvait pas dormir. Au moins, dans sa chambre, personne ne vérifiait. Ici, par contre, son professeur pouvait la voir sans aucun problème. Elle n’avait pas envie de dormir, c’est tout. Dès qu’elle fermait les yeux, elle pensait à Alexis. Ce n’était pas pour rien si elle voulait aller sur sa tombe ! Voyant que son professeur regardait encore vers elle, Laura ferma les yeux précipitamment, les gardant ainsi un moment avant de déplacer sa main un peu plus sur son visage pour se cacher, l’air de rien.

Laura le guettait derrière sa main, préparant sa défense pour demain au cas où ils parlaient à son tuteur. C’était un cauchemar, oui, un tout petit, de rien du tout. Ne pas se sentir bien, ça arrive à tout le monde. Il l’avait crue, n’est-ce pas ? Sinon pourquoi aurait-il dit cela à sa tante ? Il n’allait pas lui mentir. Mais il la surveillait. Il restait à côté, refusant qu’elle regagne sa chambre malgré sa promesse de ne pas en sortir. A quoi bon se triturer les méninges ? Elle était coincée, la directrice s’endormait petit à petit mais monsieur de la Valière ne bougeait pas, toujours occupé à travailler. Et puis, honnêtement, même s'il s'éclipsait à un moment où à un autre, Laura ne pouvait pas fuir. Que dirait-il en ne la voyant pas à son retour ? Il travaillait depuis des heures, jamais elle n'aurait cru cela possible.

Laura attendit que le temps passe, somnolant par moment, dormant peut-être une heure mais passant le plus clair de son temps à réfléchir. Coincée entre deux profs, désolée, mais elle avait de quoi être mal à l’aise. En plus, elle était toujours habillée, si elle croisait quelqu’un dans cette tenue… Il fallait au moins qu’elle aille se… Minute. Ses vêtements ! Son lit ! Qu’allaient dire les domestiques en voyant un tas de vêtements sous les couvertures, sans y voir Laura ? Ils allaient immédiatement penser qu’elle avait fugué ! Il fallait qu’elle rentre, retourne dans sa chambre et range tout, et ce le plus rapidement possible. Elle attendit longtemps que le temps passe, comptant dans sa tête pour estimer le nombre de minutes qui s'étaient écoulées. Ce n’est que très tôt, au bout d’une heure qu’elle estima acceptable, que la collégienne s’extirpa doucement des bras de sa tante pour se relever et se rapprocher de son professeur, tâchant de modérer sa hâte de partir.

Laura – Je… voulais m’excuser de vous avoir dérangé. Et j’aurais aimé savoir si vous comptiez… parler de tout cela à monsieur Nakajima. Et est-ce que je peux retourner dans ma chambre pour me changer ? J’ai dormi dans mes vêtements, je ne peux pas rester avec ceux-ci aujourd’hui.

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Dim 4 Sep - 12:04

Seul le bruit du style griffonnant contre la papier perçait parfois le silence de la chambre, en plus du bruit léger de la respiration de Gabriella. Auguste jeta un coup d'oeil à sa future femme et à la fillette, endormies l'une contre l'autre, malgré toute la volonté de Laura à ne pas se laisser aller au sommeil, depuis une heure. Bah, elle somnolait et dormait malgré elle, de toute manière. Tendant la main pour rehausser un peu la lumière de sa lampe du bureau, il retourna à ses papiers, occupé à vérifier les comptes de leur entreprise de textile, dans le nord de la France, spécialisée dans les vêtements moyenne gamme pour homme et femme. Ils s'étaient agrandis il y a peu en proposant une ligne pour les enfants, testant dans divers magasins les ventes que cela pouvait donner. Auguste consulta le graphique des ventes actuelles, depuis la mise en rayon. Les ventes étaient plutôt bonnes dans le Nord et un peu moins sur paris, les coupes de ces vêtements ne devaient pas plaire de la même façon dans la région de la capitale. Il nota de refaire effectuer une nouvelle étude de marché pour la région Parisienne et d'étendre également l'expérience dans d'autres magasins, en Normandie, par exemple.

S'interrompant pour boire une gorgée de thé, il consulta un rapport d'un de ses commerciaux, tasse à la main et sourcils légèrement froncés. Il serait temps de se mettre à la page, ces techniques commerciales d'un autre âge ne fonctionnaient plus, à présent, la réclame avait beaucoup évolué depuis dix ans. Peut-être qu'un jour arrivera où les réclames dans les journaux deviendra elle aussi moins efficace ? Celles passant à la radio avaient encore du succès, c'était le moyen le plus rapide pour toucher les consommateurs. Reposant la tasse après avoir bu une autre gorgée, il trempa son stylo dans l'encrier et continua son travail, l'air concentré. Passer de temps à autre des nuits blanches  à travailler pour les entreprises qu'il devait gérer n'était pas un problème pour lui, il ne rechignait pas à la tâche et avait bien conscience de l'importance de son travail. Une coupure d'article avait été attaché à un dossier en provenance du service des comptes, qu'il lut en buvant un peu de son thé. Hum, les lois évoluaient bien vite, elles aussi, ces derniers temps. Il mit la coupure à part pour s'y replonger plus tard, reprenant son crayon pour ajouter une note de service à destination des comptables. Au même instant, Laura remua à nouveau et se redressa, s'approchant du bureau. Il lui lança un bref regard, tout en écrivant la note pour informer ses collaborateurs qu'eux aussi devaient se tenir au fait des nouvelles lois financières.

– Je… voulais m’excuser de vous avoir dérangé. Et j’aurais aimé savoir si vous comptiez… parler de tout cela à monsieur Nakajima. Et est-ce que je peux retourner dans ma chambre pour me changer ? J’ai dormi dans mes vêtements, je ne peux pas rester avec ceux-ci aujourd’hui.

– Tu tiens à que je dise à ton tuteur que tu as encore voulu fuguer en pleine nuit, sachant que tu n'es plus au village et qu'il y a la forêt à traverser pour l'atteindre ? répliqua-t-il d'un ton très neutre sans cesser d'écrire. Il va falloir cesser tes caprices, Laura, tu ne peux pas faire tout ce que tu veux à quatorze ans, sans oublier que tu n'es pas en mesure de te protéger toute seule. Lorsque tu veux te rendre quelque part, tu avertis avant et ça doit se faire de jour. Si tu veux être moins surveillée, tu devras arrêter de te comporter comme une petite fille de sept ans. Va te coucher, tu retourneras dans ta chambre au matin.

Il lui fit signe d'y aller, n'ayant pas haussé la voix à un seul instant mais le ton était sans appel. Il se remit ensuite à son travail, terminant d'écrire sa note puis enchaînant sur un autre sujet. Il était temps d'embaucher une nouvelle personne au courrier et traitement des envois et informations, avec l'agrandissement des deux entreprises. Il réfléchit un instant au profil voulu, notant des critères sur une feuille de brouillon. Ils devaient déjà avoir des personnes ayant postulé il y a un moment qu'on pouvait rappeler. Le silence revenu dans la chambre, il poursuivit son travail, ne stoppant qu'à huit heures, un instant, lorsqu'on frappa à la porte de la chambre. Mélanie entra avec un petit chariot où était posé du thé, le journal et le petit-déjeuner, souriant en demandant si elle pouvait le débarrasser de la tasse qu'il avait déjà. Il hocha la tête en rangeant ses affaires pour le moment, pendant que Mélanie allait ouvrir les rideaux aux grandes fenêtres. La chambrière disposa ensuite le petit-déjeuner sur une table non loin, dans la chambre, puis ressortit.

– Es-tu capable d'être sage, Laura ? Où je dois faire en sorte qu'il y ait toujours quelqu'un près de toi pour te surveiller ? Je pensais que tu avais quatorze ans, mais si je me suis trompé et que tu n'en as que cinq, il suffit de le préciser, je peux t'allouer une nourrice, elle te préparera ton biberon.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Jeu 15 Sep - 10:48

M. de la Valière – Tu tiens à que je dise à ton tuteur que tu as encore voulu fuguer en pleine nuit, sachant que tu n'es plus au village et qu'il y a la forêt à traverser pour l'atteindre ? répliqua-t-il d'un ton très neutre sans cesser d'écrire. Il va falloir cesser tes caprices, Laura, tu ne peux pas faire tout ce que tu veux à quatorze ans, sans oublier que tu n'es pas en mesure de te protéger toute seule. Lorsque tu veux te rendre quelque part, tu avertis avant et ça doit se faire de jour. Si tu veux être moins surveillée, tu devras arrêter de te comporter comme une petite fille de sept ans. Va te coucher, tu retourneras dans ta chambre au matin.

Laura n’essaya même pas de riposter, le ton de son professeur suffit à la décourager. D’autant plus qu’il n’avait pas cru un seul mot de ce qu’elle avait dit et qu’elle n’avait aucune explication à donner. Enfin… Techniquement, si, elle en avait, mais elle refusait de les donner, de dire la vérité à ce sujet. Elle retourna se coucher sans rien dire, au moins détachée des bras de sa tante pour le moment. Repliant ses jambes contre elle, elle se mit en boule dans le lit en réfléchissant à ce qui avait mal tourné. Si Laura devait rajouter le critère « prof qui travaille de nuit », autant dire que sortir d’ici était impossible, sans surveillance. Elle ne voulait pas croiser d’amis, d’adultes qu’elle connaissait, et voulait seulement aller voir Alexis sans témoin dans les parages. Si elle apparaissait comme faible ou plus fragile, qui accepterait qu’elle aide les autres ? Seul le militaire n’avait pas bronché, seul lui l’autorisait à écrire et à agir en dépit de son âge et de sa carrure. Ce n’était pas parce qu’elle était jeune, petite et plus fragile qu’elle ne pouvait rien faire.

Ne se préoccupant plus de sa chambre, ni de son lit, Laura resta allongée un moment sans parvenir à se rendormir. De toute manière, son professeur savait qu’elle avait l’intention de sortir en pleine nuit, alors peu importe que les domestiques découvrent le petit tas de vêtements sous les couvertures dans son lit… Comment se tirer de ce mauvais pas ? Elle ne pouvait avouer la vérité, son frère avait bien plus important en tête, de même que Genji. Quant aux adultes, ils avaient plus de soucis et la légère baisse de moral de Laura ne devait pas les préoccuper, ni son tuteur, ni Solène. Elle devait se débrouiller, comme elle l’avait fait durant toutes ces années. La seule différence était qu’elle parlait au moins à Jasper, avant… Mais, ici, il n’allait pas bien, elle ne pouvait pas se permettre de lui parler de tout cela. Il n’y avait qu’avec Antoine qu’elle se laissait vraiment aller, tâchant de sourire et d’agir normalement sans piquer de crise comme il lui en avait déjà fait la remarque et que les choses avaient bien failli mal tourner. Et puis, lui était aussi très attaché à Alexis, il lui avait fait le reproche de ne rien voir alors qu’ils étaient dans la même classe. Comment pourrait-elle venir le trouver en lui disant qu’elle s’en voulait ? C’était impossible. Certains sujets doivent rester tabou, voilà tout.

Ce n’est que lorsque Laura entendit quelqu’un frapper à la porte, et la voix d’une femme qui devait être une domestique, qu’elle rouvrit les yeux sans bouger tout de suite tandis qu’un chariot entrait dans la chambre avec des bruits de vaisselle. La chambrière demanda si elle pouvait débarrasser la tasse que monsieur de la Valière avait à côté de lui avant d’aller ouvrir les rideaux, puisque Laura voyait bien plus clair dans la chambre maintenant. Ne bougeant toujours pas, elle entendit la domestique déposer un plateau, ou de la vaisselle, sans doute le petit-déjeuner, avant de repartir en fermant la porte derrière elle. Laura se redressa un peu, regardant par la fenêtre pour estimer l’heure. Sept, huit heures… Quelque chose comme ça. En haut, les autres devaient encore dormir, profiter du week-end.

M. de la Valière – Es-tu capable d'être sage, Laura ? Où je dois faire en sorte qu'il y ait toujours quelqu'un près de toi pour te surveiller ? Je pensais que tu avais quatorze ans, mais si je me suis trompé et que tu n'en as que cinq, il suffit de le préciser, je peux t'allouer une nourrice, elle te préparera ton biberon.

Laura – Vous ne feriez pas cela… ?

Il ne le ferait pas, c’était une simple menace, rien de plus, n’est-ce pas ? Laura baissa la tête sur ses mains, assise jambes croisées sur le lit, cherchant ce qu’elle devait répondre durant quelques secondes. Elle avait compris la leçon, c’est bon, elle n’essaierait plus de sortir en pleine nuit ou sans autorisation. C’était, visiblement, impossible. Et, de toute manière, son professeur allait sûrement mettre monsieur Nakajima au courant assez vite, s’ensuivrait une discussion à laquelle elle ne pourrait, bien entendu, pas échapper et qui la dissuaderait de faire quoi que ce soit de ce genre à l’avenir. Mais ce n’était pas une fugue ! Laura n’était plus sortie de nuit, volontairement, depuis des mois. Et la dernière fois, c’était avec Genji, elle n’était pas toute seule et ils avaient longuement préparé leur escapade. Elle avait appris, maintenant, elle savait qu’il fallait réfléchir.

Laura – Je suis capable d’être sage, finit-elle par dire tout bas, toujours tête baissée. Je ne recommencerai plus… J’ai retenu la leçon. Je ne sortirai que le jour après avoir prévenu, à l’avenir.

Et elle ferait donc une croix sur le cimetière. Laura ne voulait pas que quelqu’un la couve parce que son moral était plus bas, d’autres adolescents, enfants ou même adultes avaient beaucoup plus besoin d’aide. Elle s’en sortait bien, continuait à manger, ne dormait seulement pas très bien de temps en temps mais ce n’était rien d’alarmant. Elle faisait attention à sa santé et travaillait d’arrache-pied pour s’améliorer avec son don, refusant de ne plus pouvoir le contrôler comme cela avait été le cas cet été. Laura crut que c’était terminé, qu’elle s’en sortirait sans problème… Jusqu’à ce que son professeur lui demanda où elle avait l’intention d’aller et pourquoi faire. Levant la tête vers lui, elle la rebaissa immédiatement en se mordant les lèvres, restant silencieuse. Non, ça, elle ne pouvait pas. Quelle importance ? Elle n’était pas sortie, au final, alors c’était bon.

Ou pas. Très, très mauvaise idée. Laura allait devoir rester près de monsieur de la Valière et, honnêtement, elle sentait très mal la suite des événements. Préférant ne pas aggraver la situation, elle resta silencieuse et sage, suivant son professeur sans protester malgré l’envie incroyable qui l’incitait à le faire. Non, chut, ne rien dire, c’était mieux. Surtout qu’il n’avait toujours rien dit aux autres, seuls les domestiques devaient se douter de quelque chose comme ils la voyaient à côté de leur maître et qu’ils savaient qu’elle avait dormi ici, qu’ils avaient vu les vêtements sous la couverture de son lit. Obéissante, elle n’osa donc rien dire du tout et se contentait de suivre son professeur sans que la nervosité ne daigne la laisser tranquille. Pourquoi n’avait-il pas insisté ? Que comptait-il faire, exactement ? Il n’avait pas parlé à son tuteur ni à Solène, ni à sa tante d’ailleurs. C’était une sorte de punition pour lui faire comprendre qu’elle ne devait pas sortir la nuit ? Mais non, ça, elle le savait déjà.

Genji et Jasper étant tous les deux occupés, Laura n’eut, au moins, rien à justifier par rapport au « je dois rester à côté du prof ». Ils étaient elle ne savait où, son attention toute focalisée sur les ennuis qui l’attendaient. Et quels ennuis… Une partie de la matinée était passée lorsque monsieur de la Valière se dirigea vers monsieur Nakajima. La collégienne lui lança un regard paniqué, traînant soudain beaucoup plus le pas en comprenant ce qu’il comptait faire. Elle se fit toute petite en avançant, restant le plus possible en arrière pour ne pas avoir à affronter son professeur. Ce qui ne retarda pas les conséquences de sa tentative de sortie. Monsieur de la Valière expliqua tout. Tout ce qui s’était passé cette nuit sans que Laura n’ose partir. Elle tâchait seulement de garder sa tête basse pour qu’il ne voie pas son visage, jouant nerveusement avec ses mains dans son dos.

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Kimmitsu Nakajima
Sous-directeur
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Jeu 6 Oct - 19:40

Solène se retourna dans son sommeil et lâcha un murmure étouffé, que Kimmitsu ne parvint pas à comprendre. Sortant doucement du lit, il remonta la couverture sur elle pour qu’elle ne prenne pas froid puis récupéra ses vêtements pour s’habiller. Il était encore très tôt, le jour venait à peine de se lever et la nuit n’avait pas été très bonne. Il s’était réveillé à de nombreuses reprises, entendant à un moment des bruits de pas légers dans le couloir et une porte se refermer, le silence revenant ensuite. Il n’était pas le seul à avoir eu du mal à trouver le sommeil, on dirait bien. Même si leur chambre était calme, Kimmitsu n’avait pas cessé de repenser à l’agression de Solène, la naissance de son nouveau don et ce qui s’était ensuivi, le déménagement en urgence, la peur pour les bébés que sa femme portait, l’inquiétude aussi de rajouter encore des soucis à Auguste et Gabriella alors que ni l’un ni l’autre n’avaient besoin de ça en ce moment. Si on ajoutait les récents soucis dans sa propre famille, au Japon, autant dire que l’épuisement guettait bientôt, même s’ils n’en étaient encore qu’au début de l’année. Une fois habillé, il sortit de la chambre en se frottant un peu les yeux, se rendant dans le jardin intérieur au rez-de-chaussée pour ses exercices d’assouplissement, de respiration et de méditation quotidiens.

Une bonne heure plus tard, plus apaisé et reposé, il alla prendre une grande tasse de thé dans la cuisine, déclinant poliment l’aide de la jeune femme lui demandait s’il désirait qu’on lui apporte son petit-déjeuner dans le salon. Merci mais non merci, il préférait se débrouiller par lui-même. Pendant que l’eau bouillait doucement, il mangea deux tartines, tout en lisant rapidement quelques pages du journal. Un samedi comme un autre… Les journalistes parlaient beaucoup d’une nouvelle biscuiterie ouverte il y a quelques temps, une entreprise Bretonne qui ouvrait des succursales dans la région, et des élections présidentielles qui approchaient. Kimmitsu lut l’article, tout en versant l’eau chaude dans la mug, sur les feuilles de thé. Les tournant dans le fond avec la cuillère, il parcourut rapidement les brèves où les partis politiques donnaient leurs idées de lois et de réformes. Du blabla, tout cela, des promesses et peu d’actions. C’était lassant. Parcourant le reste du journal, il but tranquillement son thé, debout dans le coin de la cuisine, en prenant garde à ne pas gêner ceux qui y travaillaient. Les élections étaient également un sujet d’inquiétude. Tout pourrait changer de façon brutale si un homme conservateur remportait le pouvoir, contre un homme plus libéral.

Après avoir lavé sa tasse, il retourna dans le salon, croisant Solène au passage et lui prenant un long baiser amoureux. Genji passa au loin sans le voir, filant avec Jasper faire il ne savait quoi. Tant qu’ils prenaient garde à se détendre parfois et à s’occuper avec des sujets d’adolescents, tout ira très bien. Lui-même chercha Gabriella un moment avant de la trouver au second étage. Il la remercia d’abord de les héberger ainsi puis discuta avec elle des préoccupations les plus urgentes en cours, notamment ces fameuses élections et les tendances de vote actuelles. La situation du pensionnat, déjà tendue, pourrait sans doute empirer… Bradley avait certes un fort contrôle sur l’armée mais sera-t-il suffisant pour contrer les prises de position plus avancées des politiques ? Avec le temps, il avait appris à décrypter les regards et expressions de sa collègue, pouvant ainsi mesurer son degré d’inquiétude. S’appuyant contre le mur, il ajouta que même si on ne pouvait pas encore trop crier au loup, il y avait de quoi s’en faire, les premiers signes de changements arrivaient déjà. Au-delà du risque de voir élu un ultra-conservateur, il y avait également le risque du coup d’état. Les rumeurs faisaient écho à cela depuis déjà des jours.

– Les coups d’État arrivent plus vite qu’on ne peut le croire, marmonna-t-il en songeant à celui qui était arrivé dans son propre pays.

– Je vais voir s’il n’est pas possible d’utiliser le réseau de Paris pour avoir plus d’informations, chuchota la directrice. On ne peut pas faire grand-chose sinon attendre et voir venir.

Tout le problème était là. Hochant la tête, il repartit de son côté, descendant les escaliers pour revenir au rez-de-chaussée lorsque Auguste l’interpella en venant à sa rencontre, la petite Laura dans son sillage. Que se passait-il ? S’arrêtant, il salua son nouveau beau-frère et l’écouta raconter ce qui était arrivé cette nuit. Une tentative de fugue… Au milieu de la nuit et avec l’idée de traverser la route pis la forêt… Le sous-directeur soupira très longuement en se passant une main sur le visage, profondément lassé tout à coup. Comme s’il n’y avait pas assez de choses à gérer en ce moment pour se soucier en plus de ce genre de bêtises ! Lui qui avait pourtant cru qu’arrivés là, les enfants avaient tous intégrés le danger, ce qu’il fallait faire ou non et qu’on ne pouvait pas se permettre d’agir n’importe comment. En temps normal, il était déjà évident qu’on ne sort pas comme tout seul la nuit en pleine forêt, d’autant plus à quatorze ans.

– Je dois vous parler en quelle langue pour que tu réussisses à comprendre, Laura ? soupira-t-il longuement. A présent, imagine que tu as un enfant face à toi que tu dois éduquer et protéger. Dis-moi donc ce que tu lui dirais pour qu’il comprenne bien qu’une personne saine d’esprit ne va pas courir dans les bois seule au milieu de la nuit et veille aussi à ne pas se comporter comme un gamin de trois ans insouciant de tout, surtout en ce moment. Vas-y, on t’écoute.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Lun 7 Nov - 23:08

Laura ne bougeait pas, à la fois terrorisée par ce qu’allait dire ou faire son tuteur et honteuse de s’être fait prendre aussi bêtement. Comme pour remuer le couteau dans la plaie, il passa sa main sur son visage et soupira, apparemment exaspéré. Ne pas prévoir de plan B, quelle stupidité ! Et maintenant, elle était grillée, sans doute punie jusqu’à nouvel ordre et monsieur Nakajima allait être sur son dos durant très longtemps. Elle voulait seulement aller voir Alexis ! Où était le problème ? D’accord, elle avait… un peu oublié les bois qui entouraient le domaine. Laura avait réagi d’instinct, sur un coup de tête, ne pensant vraiment pas que c’était dangereux. Il n’y avait pas tant de marche que ça jusqu’au cimetière et elle savait se défendre. Au moins un peu. Normalement, il n’y avait aucun problème. Enfin… C’était sans compter l’insomnie de son professeur de maths qui ne dormait pas et qui semblait aussi attaché à l’éducation que leur tuteur.

M. Nakajima – Je dois vous parler en quelle langue pour que tu réussisses à comprendre, Laura ? soupira-t-il longuement. A présent, imagine que tu as un enfant face à toi que tu dois éduquer et protéger. Dis-moi donc ce que tu lui dirais pour qu’il comprenne bien qu’une personne saine d’esprit ne va pas courir dans les bois seule au milieu de la nuit et veille aussi à ne pas se comporter comme un gamin de trois ans insouciant de tout, surtout en ce moment. Vas-y, on t’écoute.

… Elle devait répondre, là ? Il attendait vraiment une réponse ? Laura leva la tête vers monsieur Nakajima, bougeant un peu sur place, mal à l’aise. Elle ne savait pas quoi dire. Elle avait compris qu’elle ne devait pas bouger, qu’elle devait rester sage, ne pas sortir, agir en adolescente réfléchie et ne pas sortir au beau milieu de la nuit comme elle l’avait fait. Elle le savait, elle avait compris, c’est bon. Laura bafouilla quelques mots sans réussir à former une phrase, finissant par s’excuser en baissant la tête, les joues rouges. En fin de compte, son tuteur l’effrayait beaucoup plus que sa tante. Allez, on se reprend ! Que pouvait-il faire, de toute façon ? Dans le pire des cas, il allait l’enfermer dans sa chambre toute la journée. Elle avait connu pire avec ses parents, Jasper et elle étaient souvent enfermés durant une semaine lorsqu’ils faisaient des bêtises.

Laura – Je ne… Je ne sais pas, Monsieur. Je ne recommencerai plus, je n’ai pas… réfléchi en sortant, j’avais seulement besoin de prendre l’air et je n’ai pas pensé à… au reste. Je suis désolée, je ne recommencerai plus et je resterai ici si je n’ai pas la permission de sortir.

M. Nakajima – Réfléchis donc et donne une réponse claire. Je t'ai posé une question simple, pourtant.

Mais elle ne savait pas ! Pourquoi voulait-il qu’elle réponde à cette question ? Ce n’était pas une question simple, loin de là. Elle n’était pas une adulte, elle ne pouvait pas deviner ce qu’il fallait dire dans des situations pareilles. Surtout que Laura savait déjà que c’était dangereux, elle voulait seulement… voir Alexis, s’excuser, savoir s’il ne manquait de rien, même si c’était stupide. Pourquoi monsieur Nakajima voulait-il absolument qu’elle dise ce qu’un adulte devait dire dans des situations telles que celle-ci ? Elle n’en avait aucune idée. Elle savait qu’il ne fallait pas sortir, que l’on doit dormir la nuit, rester dans son lit, que c’est pour leur sécurité, qu’elle est petite et fragile, et tout ce qu’ils lui répétaient à longueur de journées. C’était cela, qu’il voulait entendre ? Laura baissa la tête, se mordant les lèvres tout en évitant soigneusement de regarder son tuteur.

Laura – Je… Je lui dirais que c’est dangereux et qu’il faut dormir la nuit, sortir le jour, que c’est pour… sa sécurité. Que… sans adulte ou personne plus grande pour l’accompagner, c’est dangereux de traverser les bois en pleine nuit, surtout maintenant. Et je… je lui rappellerais aussi les dangers qu’il court en sortant la nuit. Et… c’est tout.

M. Nakajima – Maintenant, en voyant que cela fait déjà plusieurs fois que celui à qui tu adresses ces mots continue de s'entêter et de n'agir qu'à sa tête, que feras-tu ?

Elle lui demanderait pourquoi il fait ça… Pourquoi il continue d’agir comme cela, sans prendre en compte les remarques. Mais il était hors de question que Laura le dise tout haut, elle était prudente ces derniers temps, elle écoutait son tuteur et n’avait plus fait de bêtise comme celle-ci depuis des mois. A chaque fois, c’était à cause de quelque chose qui l’inquiétait, la préoccupait. Elle n’avait plus fait quoi que ce soit d’irréfléchi depuis des mois, surtout avec la présence des militaires. Comment risquer sa vie pour rien alors qu’ils la risquaient tous les jours en venant simplement en cours… ? Ce n’était pas pour rien si elle était sortie ! Mais il était hors de question qu’elle le dise, elle ne voulait pas, elle allait bien, son tuteur avait autre chose à faire. Laura resta silencieuse, ne relevant pas la tête, espérant que monsieur Nakajima laisse tomber cette question. Il allait bien abandonner si elle ne répondait pas, non ? Ou pas… Il la répéta, ne comptant, apparemment, pas lâcher l’affaire.

M. Nakajima – Au moins, fais un effort par simple respect pour ceux qui veulent te protéger et t'aider à mieux grandir que tu n'aurais pu le faire chez tes parents.

C’était… Il… Laura blêmit en entendant ces paroles, restant interdite durant de longues secondes sans savoir ce qu’elle pouvait répondre. Elle n’osait pas. Elle respectait monsieur Nakajima ! Mais dire cela… Si elle répondait à sa question, elle savait qu’il risquait de la lui retourner, de la prendre à part, de chercher à comprendre. Et elle serait foutue, ne pourrait plus cacher cette histoire. Ce n’était pas important, il y avait plus urgent, plus grave aujourd’hui ! Pourquoi ne pouvait-il pas simplement l’enfermer dans sa chambre, comme le faisaient leurs parents ? Ils s’en étaient sortis, jusqu’à aujourd’hui. Laura releva brièvement la tête avec la ferme intention de répondre cela à son tuteur avant de se raviser en voyant son visage. Mauvaise idée. Que risquait-il de faire s'il considérait qu'elle lui manquait de respect ? Si ce qu'il avait dit était vrai, s'il les considérait, Jasper et elle, comme membres de sa famille, elle risquait bien plus qu'une leçon de morale telle qu'il les faisait durant ses cours. Dès lors, il ne lui restait plus des masses de choix...

Laura – J’essaierais de comprendre…, commença-t-elle tout bas. De… comprendre pourquoi il fait ça. Si… S’il y a une raison particulière, ce n’est… peut-être pas toujours le cas. Mais j'essaierais pour l'aider…

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Lun 26 Déc - 21:56

Difficile à croire qu’on pouvait encore se retrouver face à ce genre de situations… Après tout ce qui était déjà arrivé, tout ce que les enfants avaient déjà vu et vécu, Laura arrivait encore à faire ce genre de scènes… Sérieusement ? Il croisa brièvement son regard, les bras croisés, espérant qu’elle puisse comprendre d’elle-même ce qui arrivait. N’importe qui, pourtant, devrait pouvoir comprendre, arrivé à ce stade. Comprendre que ce qui arrivait était grave et que vouloir à tout prix sortir la nuit seul et sans moyen de se défendre était une idiotie absolue.

– Je ne… Je ne sais pas, Monsieur. Je ne recommencerai plus, je n’ai pas… réfléchi en sortant, j’avais seulement besoin de prendre l’air et je n’ai pas pensé à… au reste. Je suis désolée, je ne recommencerai plus et je resterai ici si je n’ai pas la permission de sortir.

– Réfléchis donc et donne une réponse claire. Je t'ai posé une question simple, pourtant.

Tout le problème était là, elle ne réfléchissait pas assez ! On pouvait avoir certaines lubies, des idées folles, envie de tout envoyer valser, envie de partir, de recommencer à zéro, de se lancer dans une nouvelle vie, mais cela n’empêchait pas de raisonner et réfléchir, au lieu de se laisser entièrement dicter sa conduite par les sentiments. Avait-elle un problème si grave et insurmontable qu’elle ne parvienne plus à utiliser son cerveau ? Kimmitsu pouvait lui garantir que non, ce n’était pas si compliqué, il fallait simplement le vouloir et se poser, afin de réussir à avancer. Il suffisait d’un peu de discipline, chose que les deux enfants, Jasper comme Laura, ne possédaient pas. Il attendait sa réponse, alors que Laura baissait de nouveau la tête, rompant le contact visuel. Attention, c’était un signe qu’on était prêt à mentir ou qu’on était incapable d’assumer ses paroles et actes… Pourvu qu’elle ne tombe pas dans ce piège-là et qu’elle grandisse en jouant avec la manipulation, les secrets ou le mensonge, qu’il soit forcé ou non. Ça pouvait vous détruire toute une vie ou vous donner du plomb dans l’aile pour plusieurs années, avant d’oser enfin redresser la tête et avancer. Mais elle finit enfin par répondre, d’une vois plus basse et hésitante, plus tremblante aussi.

– Je… Je lui dirais que c’est dangereux et qu’il faut dormir la nuit, sortir le jour, que c’est pour… sa sécurité. Que… sans adulte ou personne plus grande pour l’accompagner, c’est dangereux de traverser les bois en pleine nuit, surtout maintenant. Et je… je lui rappellerais aussi les dangers qu’il court en sortant la nuit. Et… c’est tout.

– Maintenant, en voyant que cela fait déjà plusieurs fois que celui à qui tu adresses ces mots continue de s'entêter et de n'agir qu'à sa tête, que feras-tu ?

Kimmitsu échangea un rapide regard avec Auguste après avoir posé sa question, le maître des lieux restant légèrement en retrait, comme pour ne pas s’imposer dans la conversation. Laura ne réagit pas, restant à fixer ses chaussures sans bouger le petit doigt. Le professeur soupira un petit peu en se frottant les yeux, puis répéta encore une fois sa question, sans obtenir plus de réponses. Très bien… Autant l’avouer, il avait espéré un peu mieux, qu’elle fasse un effort, au minimum. Elle était loin de sa famille d’origine, maintenant, loin de ceux qui pouvaient vouloir conditionner sa vie, loin de tout ce qui pouvait la détruire. Elle avait retrouvé un cadre.

– Au moins, fais un effort par simple respect pour ceux qui veulent te protéger et t'aider à mieux grandir que tu n'aurais pu le faire chez tes parents.

– J’essaierais de comprendre…, commença-t-elle tout bas. De… comprendre pourquoi il fait ça. Si… S’il y a une raison particulière, ce n’est… peut-être pas toujours le cas. Mais j'essaierais pour l'aider…

Elle passait tout son temps à se monter la tête pour des problèmes dans lesquels elle ne pouvait de toute façon rien changer et s’étonnait ensuite d’avoir une mauvaise hygiène de vie, de moins dormir ou manger, de sourire moins, en résumé, de ne pas être bien dans sa peau. Il soupira un peu à nouveau puis tendit la main pour la poser sur son épaule et la rapprocher un peu de lui. Sans la relâcher, il s’agenouilla pour se mettre à sa hauteur, la regardant droit das les yeux. C’était une question de confiance, à présent, si elle voulait avancer et s’en sortir, il fallait vraiment qu’elle apprenne à s’ouvrir aux autres.

– Laura, il faut que tu apprennes à faire confiance aux adultes… Rassure-moi, tu n’as pas peur de moi ?

– Non... Non, je n'ai pas peur de vous, vous n'êtes pas comme notre père. Je ne peux pas avoir peur de vous alors que... vous voulez seulement nous protéger.

Un ton de voix particulièrement convaincant, en effet, sans oublier le regard fuyant et les tremblements qui allaient avec. Maintenant, il comprenait mieux pourquoi elle n’arrivait pas à lui parler et pourquoi la situation partait tellement en vrille. Comment allait-il vraiment pouvoir protéger cette enfant et son frère s’ils avaient peur ? Soit il s’y prenait vraiment comme un manche, soit le problème était maintenant trop profond pour en être réparable. Il devrait en parler avec Gabriella, car même s’il ne voulait pas revenir comme ça sur sa décision d’accepter les deux enfants, il devait être sûr d’être capable de les prendre en charge. Baissant un peu la tête, il se reprit ensuite, observant Laura un petit instant. Il devra voir la directrice plus tard, elle était trop occupée pour le moment et il ne voulait pas l’embêter avec ses états d’âme, elle avait bien autre chose à penser. En attendant, que faire, comment réagir ? Comment pouvait-il aider Laura si elle se tenait dans le rejet ? A ce stade, il n’y avait presque aucune solution viable.

– Je ne vais pas te forcer si tu as peur, reprit-il sans cacher que la situation le blessait plus qu’autre chose. En quel adulte as-tu suffisamment confiance pour accepter de te confier à lui, dans ce cas ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Jeu 29 Déc - 20:21

Laura savait qu’elle était fichue. Elle avait dépassé les limites en sortant comme cela cette nuit, surtout en se faisant prendre aussi bêtement. C’était la première fois, officiellement du moins, avec monsieur Nakajima et il n’allait sûrement pas le tolérer… La seule chose qui l’effrayait était qu’elle ignorait quelles étaient les sanctions que lui avait l’habitude d’imposer dans des situations pareilles. Ce qui la rendait incroyablement nerveuse en cet instant précis. Elle attendait. Encore. Et encore. Et encore. Qu’allait-il décider ? Privée de sortie ? Sermon ? Punition plus… logique avec ce qu’il fait d’habitude ? Laura n’osa pas lever la tête, la gardant rivée vers le sol pour éviter tout contact visuel avec son tuteur. Jusqu’à ce qu’elle sente une main se poser sur son épaule, l’attirant vers l’avant tandis que son professeur s’agenouillait pour la regarder droit dans les yeux. Elle ne pouvait pas éviter son regard, il était exactement à la même hauteur qu’elle… Piégée.

M. Nakajima – Laura, il faut que tu apprennes à faire confiance aux adultes… Rassure-moi, tu n’as pas peur de moi ?

… Quoi ? Mais non ! Elle n’avait pas peur de lui, il était juste… un peu intimidant. Un peu. Beaucoup. Bon, d’accord, certaines de ses réactions l’effrayaient mais c’était surtout une crainte par rapport à ce qu’il pouvait faire en conséquences de certaines de leurs actions, à eux. Ils ne connaissaient pas encore ses limites, Laura ignorait tout de ses valeurs, en dehors de celles véhiculées lors de ses cours. Dès lors, comment savoir à quoi elle devait s’attendre ? Il n’était pas comme leur père, ne frappait pas Jasper et faisait attention à elle aussi. Voici tout ce qu’elle pouvait affirmer. Donc, non, elle n’avait pas peur de lui… Mais il l’impressionnait. Ne s’attendant pas à cette question, Laura ne put s’empêcher de baisser le regard pour éviter de croiser celui de son tuteur, beaucoup plus nerveuse, tandis qu’elle sentait d’emblée que sa voix allait vaciller.

Laura – Non... Non, je n'ai pas peur de vous, vous n'êtes pas comme notre père. Je ne peux pas avoir peur de vous alors que... vous voulez seulement nous protéger.

Désolée… La collégienne se mordit les lèvres, gardant la tête baissée. Elle n’avait pas été très convaincante, sur ce coup, même elle le reconnaissait. Pourtant, son professeur ne l’effrayait pas ! Pourquoi avait-il demandé ça comme ça, de but en blanc, juste après s’être rapproché ? Qu’avait-elle dit de particulier ? Elle avait répondu à ses questions, ne s’était pas esquivée malgré l’envie de le faire qui la tenaillait depuis des heures maintenant. Elle ne s’était pas échappée, n’était pas partie en courant, rien de tout cela. Alors, non, vraiment, Laura ne voyait pas pourquoi monsieur Nakajima avait posé cette question, elle ne voyait pas où il voulait en venir. Perdue, elle attendait sa réponse, sachant pertinemment qu’elle s’était enfoncée sans le vouloir. Quelque chose la retenait d’ajouter qu’elle n’avait vraiment pas peur, qu’elle était désolée, que… voilà. Mais une petite voix lui hurlait de se taire, que parler ne ferait qu’aggraver la situation. Pour une fois, réfléchir avant de parler.

M. Nakajima – Je ne vais pas te forcer si tu as peur, reprit-il sans cacher que la situation le blessait plus qu’autre chose. En quel adulte as-tu suffisamment confiance pour accepter de te confier à lui, dans ce cas ?

Laura – Mais je n’ai pas peur de vous ! reprit-elle avec un air alarmé, relevant la tête. Je vous assure que je n’ai pas peur, je vous fais confiance, je ne voulais pas vous blesser ni quoi que ce soit du genre, je suis désolée, je… Je vous fais confiance mais je… Cela n’a rien à voir avec la confiance. Je n’ai pas besoin de parler, je suis sortie pour pr… Je n’ai pas réfléchi.

Ou comment s’enfoncer en l’espace d’une phrase. Laura s’était arrêtée au beau milieu de sa phrase, s’apprêtant à dire « pour prendre l’air » avant de se rappeler l’existence de son professeur de maths dans le coin. Elle lui avait déjà sorti cette excuse, inutile de la répéter devant lui. Elle se sentait piégée, ignorant ce qu’elle devait dire, ignorant comment s’en tirer ce coup-ci. Elle ne pouvait pas parler. Elle faisait confiance à monsieur Nakajima, aucun problème pour cela, mais il avait d’autres choses à régler, des affaires beaucoup plus urgentes et importantes. Et, si elle disait la raison de son escapade nocturne, il ne la lâcherait pas de la journée, perdrait du temps inutilement et elle l’aurait sur le dos jusqu’à ce que son tuteur décide de la laisser… Ce n’était qu’une question de culpabilité, cela allait passer tout seul à force de patience et voilà tout. Enfin, pour l’instant, ce n’était pas gagné, elle n’arrivait même pas à penser à autre chose avec ses professeurs là, en face d’elle, dont son tuteur qui était déterminé à ne pas la laisser filer aussi facilement qu’elle ne l’aurait cru.

Laura – Vous avez d’autres choses à faire, Monsieur… Je n’ai pas besoin de me confier, il n’y a aucune urgence, je… Je resterai sage. Je peux attendre quelques jours ou… semaines.

M. Nakajima – C'est lorsqu'on attend que ça passe seul que ça ne fait qu'empirer ensuite et que tu finis par perdre les autres choix. Je sais à quel point une situation peut pourrir lorsqu'on fait l'erreur de croire que ça va se passer tout seul. Si tu as confiance, tu peux très bien parler. Sinon, je te l'ai dit, dis-moi juste avec qui tu y arriverais mieux.

Mais elle… Laura se mordit les lèvres une nouvelle fois, fermant légèrement les yeux tout en baissant à nouveau la tête. Il ne lui laissait donc pas le choix… Elle devait parler, soit avec lui, soit avec quelqu’un d’autre, mais elle devait parler. Mal à l’aise, elle voulut encore protester mais aucun son ne sortit de sa bouche et, en fin de compte, c’était peut-être mieux ainsi. Refermant la bouche, Laura prit une petite inspiration avant d’essayer de se lancer, relevant la tête. Sans succès. Voir la tête de son tuteur, imaginer son regard ou sa réaction… Il ne la croyait pas, de toute façon, alors pourquoi traîner davantage ? Elle commençait à connaître ce côté de leur professeur et savait qu’il ne la laisserait pas tant qu’elle n’aurait pas tout dit. Ce que Laura détestait, d’ailleurs, qu’est-ce que ça pouvait bien faire aux adultes s’ils gardaient certaines choses pour eux, en tant qu’adolescents ? Enfin, soit… Puisqu’elle n’avait pas le choix…

Laura – Je… Je voulais aller sur la tombe d’Alexis, murmura-t-elle tout bas. Sans être vue par Solène ou vous pour que vous… ne pensiez pas que ça m’affectait. Enfin, je sais que vous le savez mais je… Oubliez, je n’ai rien dit.

Il pouvait oublier ce qu’elle avait dit. Ce n’était pas grave, tout le monde était affecté par le décès d’Alexis, autant les professeurs que les élèves. Alors, il pouvait laisser tomber, ce n’était rien, elle allait… attendre, faire avec. C’était normal, non ? Après tout, Alexis avait souffert durant des années, il leur avait montré des signes et elle-même avait faiblement essayé de l’aider sans insister. Elle aurait tellement pu, cet été ! Mais Monsieur Nakajima n’était, visiblement, pas du même avis… Laura n’avait rien avoué, pourtant, il la prit dans ses bras en lui répétant que ce n’était pas sa faute, qu’elle n’aurait rien pu changer. Comme s’il avait deviné ses pensées alors qu’elle n’avait absolument rien dit…

Laura – Je ne…

Déstabilisée par la réaction de son tuteur, elle avait littéralement baissé sa garde et des larmes commençaient à couler sur ses joues sans qu’elle ne contrôle plus rien. Tremblant de plus en plus mais refusant de craquer aussi bêtement, Laura essayait de respirer pour ne pas pleurer davantage alors que, si, elle aurait pu aider Alexis. Elle aurait pu faire quelque chose, n’importe quoi, le soutenir, l’inviter pendant les vacances, rester un peu plus avec lui, lui proposer des sorties ou… Peu importe la nature de l’activité, tant qu’il n’était pas seul, tant qu’il voyait qu’il avait au moins quelques amis. Laura sentit l’étreinte de son tuteur se renforcer, bercée par ses bras tandis qu’elle ne bougeait plus d’un millimètre, fermant les yeux très fort pour essayer de se calmer. Désolée… Il avait autre chose à faire, il était occupé avant que monsieur de la Valière arrive et l’interrompe comme cela. Elle ferait mieux de le laisser, il avait… autre chose de plus important, aujourd’hui.

Mais, encore une fois, comme s’il avait entendu ses pensées, son tuteur lui demanda si elle voulait qu’il l’emmène au cimetière. Par… Pardon ? Elle avait bien entendu ? Laura s’écarta très faiblement pour regarder son air avec de grands yeux étonnés, mi-gênée, mi-choquée, ne s’y attendant pas du tout. Elle commença par bredouiller quelque chose d’inintelligible, même pour lui qui était juste à côté d’elle, avant de s’écarter en s’essuyant les yeux. Allez, on se reprend ! C’était… un coup de mou. Tout allait très bien. Il avait des choses plus importantes à faire, elle ne devait pas lui faire perdre son temps.

Laura – Merci mais vous… Vous n’êtes pas obligé…, dit-elle en faisant non de la tête. Ce n’est pas parce que j’ai pleuré que vous devez mettre le reste entre parenthèses. Vous étiez occupé lorsque Monsieur de la Valière m’a… amenée ici. Ce n’était pas une bonne idée, j’irai… un autre jour.

M. Nakajima – On est occupés à chercher des solutions pour vous faire retrouver une vie normale et vous aider, tous, à vous reconstruire, donc ça en fait partie. Viens.

Sans lui laisser vraiment le choix, il lui prit la main pour l’emmener sans qu’elle n’ait le temps de protester. Laura essuya vite fait, d’un revers de sa main libre, les quelques larmes qu’il restait sur ses joues au cas où elle croisait son frère ou Genji, suivant son professeur qui allait vers une des voitures garées devant la maison de monsieur de la Valière. Il y en avait… beaucoup. Tellement qu’elle préférait ne pas compter, se contentant de suivre sagement avec un nœud se formant dans son estomac. Pourquoi avait-elle fait cela… ? Elle aurait pu passer encore des mois sans rien dire, sans se faire griller. Mais non, il aura fallu que son tuteur la prenne dans ses bras pour la faire craquer, lui faire baisser sa garde l’espace de quelques secondes. C’était ridicule. Et, en plus, à cause d’elle, il mettait son travail de côté pour la conduire au cimetière.

Laura grimpa dans la voiture devant laquelle s’était arrêté monsieur Nakajima, une voiture dont elle ne connaissait pas la marque mais qui ressemblait assez à celles qu’elle avait déjà vues quelques fois à Paris. Enfin… Un peu. S’asseyant à côté du conducteur, sur le siège passager, la collégienne mit ses mains devant elle, sur ses genoux, dans une posture timide contrairement à son habitude. Son professeur démarra après s’être assis à son tour, sans qu’elle-même ne dise un mot, lançant un regard par la fenêtre pour regarder la « maison » s’éloigner. Elle regarda ensuite son professeur, stupéfaite, une part d’elle-même toujours convaincue qu’il plaisantait. Mais non… Il était on ne peut plus sérieux. Et elle n’était peut-être pas prête à aller au cimetière, surtout avec quelqu’un. Et si elle craquait, plus fort ? Ou s’il se passait quelque chose, un accident, ou quoi que ce soit du genre ? Au moins, toute seule, il n’y avait pas de témoin. Avec son tuteur… Il prenait du temps pour l’emmener au cimetière, accumulait sûrement du retard même s’il ne le lui disait pas. Regardant le décor défiler devant ses yeux, Laura tourna la tête vers monsieur Nakajima pour lui poser une question, l’air un peu timide malgré elle.

Laura – Monsieur, pour… Pourquoi faites-vous cela ? Je sais que vous êtes notre tuteur mais rien ne vous oblige à postposer certaines tâches pour… « ça ». J’aurais pu y aller seule…

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Mar 31 Jan - 11:04

Il y a des sujets qui avaient bien du mal à évoluer, tout comme des comportements qui restaient, encore et toujours, enfantins, navrants, à risques, sans que leur auteur ne parvienne à en prendre conscience, et ce malgré les nombreuses fois où il a eu des ennuis à cause de ça. Dans le cas de Laura, c'était encore moins compréhensible que pour d'autres étant donné ce qu'elle avait déjà traversé. Et Kimmitsu ne savait plus quoi faire pour lui ouvrir les yeux... Elle affirmait ne pas avoir peur de lui, pourtant, elle refusait de lui parler. Elle avait répété à ses tuteurs et responsables, il y a quelques temps, qu'elle avait compris qu'il fallait rester calme, discret, et pourtant, la voilà qui tentait à nouveau de partir en pleine nuit et se mettre en danger. Elle avait déjà affirmé à la directrice qu'elle avait saisi qu'il fallait réfléchir avant d'agir pour prouver aujourd'hui que c'était très loin d'être le cas. Alors non, navré, il ne savait plus quoi faire pour que le message lui rentre dans le crâne, elle n'écoutait rien ! Il avait cru, pourtant, qu'elle avait changé, mais non, c'était sans cesse les mêmes histoires. Elle n'était pas capable d'écouter ni de comprendre et lui n'en pouvait plus de se tuer à toujours lui répéter la même chose sans cesse.

– Vous avez d’autres choses à faire, Monsieur… Je n’ai pas besoin de me confier, il n’y a aucune urgence, je… Je resterai sage. Je peux attendre quelques jours ou… semaines.

– C'est lorsqu'on attend que ça passe seul que ça ne fait qu'empirer ensuite et que tu finis par perdre les autres choix. Je sais à quel point une situation peut pourrir lorsqu'on fait l'erreur de croire que ça va se passer tout seul. Si tu as confiance, tu peux très bien parler. Sinon, je te l'ai dit, dis-moi juste avec qui tu y arriverais mieux.

Ce n'était tout de même pas si compliqué que de dire avec qui elle serait le plus à l'aise, tout de même. Du moins, si elle comprenait dans sa petite tête bornée qu'il était important, à son âge, de ne pas se laisser dévorer par une situation, un autre point bien loin d'être gagné. Il se retint à très grande peine de lever les yeux au ciel, attendant avec patience qu'elle se décide enfin à lui dire soit ce qui la travaillait soit à qui elle était prête à parler. Tout en étant fermement convaincu que cette scène allait se répéter dans une semaine, trois semaines, un mois, deux... Il était rodé, maintenant... Elle allait dire que tout allait bien, qu'elle avait compris ce qu'on lui disait, allait rester sage une semaine ou deux maximum, puis allait recommencer ses bêtises, une fois de plus, encore et encore, allait encore vouloir sortir la nuit ou d'autres bêtises, mettre sa vie en danger pour diverses raisons sans réaliser qu'elle n'était encore qu'une enfant, une enfant de quatorze ans, qui ne savait pas encore se servir de son pouvoir pour se défendre. Ce n'est finalement qu'aujourd'hui que Kimmitsu comprenait enfin la lassitude de la directrice lorsqu'elle lui avait lancé qu'elle en avait assez de protéger des gens qui refusaient de prendre garde à quoi que ce soit.

– Je… Je voulais aller sur la tombe d’Alexis, murmura-t-elle tout bas. Sans être vue par Solène ou vous pour que vous… ne pensiez pas que ça m’affectait. Enfin, je sais que vous le savez mais je… Oubliez, je n’ai rien dit.

De mieux en mieux, elle en arrivait à croire qu'il ne fallait plus du tout montrer en public qu'on était affecté par la mort d'une personne ou que ce n'était pas bien de dévoiler non plus lorsqu'on s'en voulait pour cette mort, même si on n'y était pour rien. Kimmitsu retint à nouveau un long soupir puis l'attira contre lui pour la prendre dans ses bras, sans rien dire. Il n'y avait, de toute façon, pas de mots pour ça. Il la berça un petit moment puis lui dit que ce n'était pas de sa faute et qu'elle n'aurait rien pu changer, quoi qu'il arrive. Pour empêcher cette mort, il aurait fallu remonter le problème à la source, et cette source, qui aurait pu l'arranger ? Alexis était né dans la mauvaise famille, ses parents ne voulaient pas de lui car il avait ce pouvoir, un pouvoir d'ailleurs étonnamment puissant pour un enfant de son âge. Pour l'aider, il aurait fallu que soit ses parents changent d'avis, soit que le jeune garçon dispose d'une meilleure endurance mentale afin d'accepter le rejet et puisse continuer son existence en passant au-dessus. Hélas, cette endurance, très peu de personnes l'avaient, surtout à cet âge, et on ne pouvait rien y faire. C'était ainsi. Il frotta un peu le dos de Laura en la laissant pleurer sur son pull, échangeant un rapide regard avec Auguste. Merci de l'avoir prévenu, il s'en occupait, maintenant.

Après un moment, Kimmitsu se redressa puis décida de l'emmener maintenant au cimetière, pour qu'au moins cette "visite" se fasse assez tôt. Intérieurement, il craignait surtout qu'il n'y ait plus que de rares occasions pour ça, les rumeurs du pays l'inquiétaient et il croyait de plus en plus à ce qu'il avait évoqué avec Gabriella plus tôt dans la matinée, le fameux risque de guerre civile. Laura râla un peu et protesta, comme à son habitude, lui arrachant un petit soupir de lassitude avant qu'il ne lui prenne la main pour l'emmener avec lui. Il prit sa veste au passage et les clés de la voiture, sur le buffet près de l'entrée, dans un petit panier d'oseille, et sortit. En temps normal, il préférait se rendre au village à pieds ou en vélo, cela prenait une vingtaine de minutes, enfin, Laura n'allait pas s'amuser à faire le trajet à pieds dans cet état. Ouvrant la voiture, il dit à Laura de grimper dedans puis s'assit lui-même au siège conducteur, enclenchant le contact. Le portail à l'entrée du domaine était déjà ouvert, une camionnette venant livrer des produits. Kimmitsu fit un bref signe de main au majordome pour le saluer au passage, freinant pour regarder la route avant de s'y engager. La route contournait une partie de la forêt avant de la traverser plus bas, vers le fleuve, et rejoindre ensuite le village, rejoignant la voie nationale filant vers les grandes villes.

– Monsieur, pour… Pourquoi faites-vous cela ? Je sais que vous êtes notre tuteur mais rien ne vous oblige à postposer certaines tâches pour… « ça ». J’aurais pu y aller seule…

– Tu n'as pas l'air d'avoir compris non plus ce que signifie être votre "tuteur".

Il secoua un peu la tête, sans rien répondre de plus, se contentant de surveiller la route tout en conduisant. Le village était encore assez calme, à cette heure, peu de passants dans les rues et sur la place. Roulant jusqu'à l'élise, il tourna dans la petite rue, dépassant l'école primaire et passant également devant la maison en pierre où habitaient sa collègue Xiao-Hong et son mari. Le cimetière était deux ou trois mètres plus bas, au bout de la rue, avec un petit parking à côté et la maison du gardien. Descendant, il reprit Laura par la main pour l'emmener avec lui, connaissant parfaitement les lieux pour y être venu plus d'une fois. Cet endroit abritait un peu trop de ses élèves pour qu'il ait l'esprit en paix en s'y rendant. Enfin... Eux-mêmes devaient bien continuer à vivre.

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Mer 8 Fév - 12:23

M. Nakajima – Tu n'as pas l'air d'avoir compris non plus ce que signifie être votre "tuteur".

D’accord… Laura se mordit les lèvres en baissant la tête, la gardant délibérément fixée sur ses mains pour ne pas voir le décor. Si elle voyait qu’ils se rapprochaient du cimetière, cela n’allait sûrement pas l’aider et elle préférait rester silencieuse pour l’instant. D’après les réactions de son professeur, même lui semblait perdre patience ou ne pas comprendre ses agissements. Et s’il changeait d’avis à cause d’elle ? S’il ne voulait plus être leur tuteur parce qu’elle faisait… quelques bêtises ? Ils seraient peut-être obligés de retourner chez leurs parents, ou pire, être placés en orphelinat jusqu’à ce que quelqu’un les adopte. Et ils seraient séparés, peut-être avec des personnes pires que leurs parents. Chassant les images qui lui venaient en tête, Laura secoua la tête tandis qu’ils arrivaient à l’église d’après ce qu’elle put voir très brièvement. Ils se rapprochaient… C’était vraiment obligatoire ? Elle avait voulu y aller, oui, mais peut-être se serait-elle ravisée à la dernière minute pour faire demi-tour en voyant le cimetière. Certes, cela aurait été complètement stupide, mais possible.

Mal à l’aise, elle bougea un peu sur son siège pendant le trajet, sentant son estomac se serrer en même temps que sa gorge. Jamais elle n’aurait dû sortir, c’était… Mais elle n’aurait jamais pu deviner que son professeur travaillait la nuit ! Même si cela ne changeait rien, qu’elle n’avait pas à sortir, elle le savait, oui. Laura retenait ce qu’il ne fallait pas faire, seulement elle était tellement habituée à cacher les coups de blues qu’ici, avec un tuteur protecteur et attentif, il fallait bien user d’autres stratégies pour se cacher. C’était un réflexe. Mais, à côté de cela, le comportement de monsieur Nakajima prouvait qu’il tenait à eux, au moins un minimum, et allait à l’encontre de tout ce qu’elle avait l’habitude de voir en famille… Il se souciait d’eux, réagissait comme les parents de ses amis, prenait le temps de leur expliquer le pourquoi du comment à chaque fois. La preuve ici, avec ses parents, jamais la collégienne n’aurait pu aller au cimetière alors qu’ils avaient du travail… Elle jeta un coup d’œil timide à son tuteur qui regardait la route pour conduire, ouvrant la bouche pour parler avant de se raviser. Elle voulait s’excuser mais n’était pas sûre que de simples paroles suffisent, cette fois-ci…

La voiture s’arrêta alors, moteur coupé, ce qui fit redresser la tête à Laura qui constata qu’ils étaient arrivés près du cimetière. Déjà… ? Mais elle… Elle n’avait pas eu le temps de se préparer ! Ne bougeant pas, incapable de faire un seul mouvement, elle ne remua que lorsque monsieur Nakajima la prit par la main pour aller jusqu’au cimetière. Qui était bien trop près, même s’ils ne s’étaient pas garés à côté de l’entrée. Lorsqu’arriva le moment de passer les grilles de l’entrée, Laura marqua un léger temps d’arrêt, plus hésitante que jamais, avant de lancer un regard à son professeur. Si elle avait été toute seule, elle aurait clairement fait ce demi-tour, tirant d’ailleurs inconsciemment et très légèrement sur la main qui la tenait avant de se reprendre. Hors de question de lui faire perdre plus de temps, il avait déjà pris du retard à cause d’elle.

Laura prit une profonde inspiration et avança donc, suivant monsieur Nakajima en essayant de ne pas trop regarder les tombes fleuries çà et là. Le calme environnant n’aidait en rien… Ce n’est que lorsqu’il s’arrêta qu’elle redressa la tête, prenant son courage à deux mains, pour regarder la tombe d’Alexis, fleurie. Prénom, nom, une épitaphe, commune à toutes les autres tombes de ce cimetière. En apparence, du moins. Elle resserra un peu sa main sur celle de son tuteur sans même s’en rendre compte, le nœud dans sa gorge lui faisant incroyablement mal en cet instant précis. Alexis était bel et bien ici, ce nom l’indiquait, cette phrase, ces fleurs. Et elle aurait pu l’éviter… Désolée. Antoine avait raison, elle était vivante, debout, avec son professeur et tuteur, aimait son don, avait pu trouver une autre famille même si elle s’y habituait très difficilement. Alexis, lui, n’avait trouvé aucun secours…

Laura – Je savais qu’il n’allait pas bien, parvint-elle à articuler très faiblement. Cet été, il… Quand il est venu chez notre tante, j’ai vu qu’il était moins souriant.

Elle lui avait proposé de se voir, de faire des sorties comme ils étaient tous les trois à Paris. Jasper le connaissait peut-être moins à ce moment, mais toute sortie était bonne à prendre et son frère n’allait pas le rejeter parce qu’il le connaissait peu, ce n’était pas dans son tempérament. Alexis n’était pas non plus un parfait inconnu pour lui. Laura garda la tête baissée, regardant toujours la tombe de son ami, songeant à toutes les fois où elle aurait pu l’aider, où elle l’avait vu la regarder peut-être à la recherche d’un soutien. Elle sécha de sa main libre des larmes qui avaient commencé à couler d’un geste presque rageur, refusant de faiblir ici alors qu’elle était parfaitement vivante et en bonne santé, contrairement à Alexis. Deux sentiments profondément opposés se bataillaient en elle : la tristesse et le remords couplés à la honte parce qu’elle n’était pas très bien alors qu’elle était en vie.

Laura – S’il avait su qu’il avait des amis, il aurait pu avoir un soutien, sortir, ne pas rester tout seul et se sentir moins seul, comme… comme Jasper et moi. Sauf que nous, on est en vie, et pas lui.

C’était injuste. Pourquoi est-ce que de tels parents existaient ? Pourquoi ne comprenaient-ils pas que leurs enfants ne choisissaient pas d’avoir un don, qu’ils le subissaient au départ avant de l’aimer, qu’ils ne le comprenaient pas eux-mêmes sans avoir de cours ou de personne ressource disposée à tout expliquer ? Laura avait eu Jasper lorsqu’elle avait développé son don, il l’avait guidée directement et l’avait rassurée là où lui avait sûrement dû être terrorisé en découvrant le sien. Enfin, peut-être, au moins au début. Par la suite, elle lui demandait souvent de lui montrer, de lui apprendre – ce qui était stupide et bien naïf en fin de compte – et cette curiosité avait restreint la crainte de son don lorsqu’il était arrivé. En tout cas, elle avait du soutien. Laura en avait toujours eu, constamment, contrairement à Alexis, contrairement à son frère… Elle releva brièvement la tête vers son tuteur avant de la rabaisser, coupable. Tirant pour récupérer sa main, elle préféra ne pas regarder monsieur Nakajima tout de suite.

Laura – Je sais que vous n’allez plus me croire mais je…, commença-t-elle avant de s’interrompre. Si c’est trop dur ou si vous pensez à… Ne laissez pas Jasper tout seul. Il n’a jamais eu de soutien et je sais qu’il en a besoin, il pense devoir toujours veiller sur moi mais je… Je me débrouillerai si ce que j’ai fait était de trop cette nuit. Je ne veux pas qu’il lui arrive la même chose…

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Kimmitsu Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Lun 27 Fév - 15:04

Comme à son habitude, le cimetière était entretenu avec un très grand soin par le prêtre et son équipe de bénévoles. L’ambiance restait malgré tout pesante. Chez lui, lors de la fête des morts, les familles venaient au cimetière pour pique-niquer près des tombes de leurs ancêtres, leur décerner des offrandes et se rassembler, dans une ambiance conviviale et chaleureuse. Dans ce pays, au contraire, il fallait faire silence et le lieu rendait un sentiment de gravité très pesant. Arrivés à la tombe d’Alexis, dans la troisième allée, il s’arrêta, sentant Laura lui serrer un peu plus fort la main, sans doute de façon inconsciente. Près de la tombe du jeune garçon se trouvaient celles des autres enfants du pensionnat, décédés depuis un an, et enterrés dans ce même cimetière. Trois petites filles, tout d’abord, de onze, douze et treize ans. Camille, Aziza et Amanda, qu’il avait eu toutes les trois dans sa classe. Peu intéressées par la matière mais très sages en classe malgré tout, décédées entre le mois d’octobre 1930 et janvier 1931. Puis il y avait eu Oscar, âgé de quatorze ans, dont la mort avait déclenché la dépression d’Alexis. Enfin, Julien et Nicolas, au lycée, dont personne non plus n’avait pu expliquer les causes de leur décès brutal. Et Emilie, bien entendu. Sa tombe se trouvait à côté de celle d’Alexis, un peu fleurie.

– Je savais qu’il n’allait pas bien, parvint-elle à articuler très faiblement. Cet été, il… Quand il est venu chez notre tante, j’ai vu qu’il était moins souriant.

Tout le monde l’avait vu mais qui pouvait pour autant prévoir un suicide ? Qui, même en sachant que la personne en avait l’intention, pouvait prévoir quand elle passera finalement à l’acte alors que tout était mis en place pour lui redonner le sourire, l’aider, l’inciter à reprendre goût à l’existence ? La seule et unique chose qui aurait pu rendre le goût de vivre au petit Alexis aurait été de lui retirer son don et l’envoyer dans une école de dessins tout à fait normale. Et c’était impossible, on ne peut pas retirer un pouvoir d’une personne comme on retire sa chemise le soir. Kimmitsu frotta doucement l’épaule de Laura de sa main libre avant de la remettre dans sa poche, le regard perdu dans le vague, face à la tombe en marbre, blanche et glacée. Il avait entendu dire, au village, qu’on voyait parfois le fantôme d’un tout jeune garçon accompagnait Emilie, la nuit, non loin du cimetière, et le professeur se demandait s’il s’agissait d’Alexis ou d’un autre enfant, enterré ici. Que ce soit bel et bien leur ancien élève était le plus probable, tant sa mort avait été violente, il était « normal » qu’il subsiste ainsi et ne puisse pas s’élever au ciel. Par ailleurs, juste avant de retrouver son corps, son neveu et Adeline avaient aperçu Emilie, sur ce petit chemin de forêt. Peut-être la fillette était-elle la dernière à avoir vu le garçon avant qu’il ne parte, la dernière à lui avoir parlé.

– S’il avait su qu’il avait des amis, il aurait pu avoir un soutien, sortir, ne pas rester tout seul et se sentir moins seul, comme… comme Jasper et moi. Sauf que nous, on est en vie, et pas lui.

Tout le problème était là, la seule personne dont Alexis se sentait vraiment proche, au pensionnat, était partie avant lui. Kimmitsu se souvenait bien du matin où on leur avait appris la nouvelle, la mort brutale du petit Oscar Leneuf, quatorze ans, scolarisé au collège, ayant le don du feu, mort dans des circonstances restées inexpliquées. Alexis était peu à peu tombé en dépression suite à ça, perdant le goût de tout ce qu’il aimait, jusqu’à ce qu’il en finisse. C’était une histoire horrible. Et ses parents ! Deux irresponsables qui ne faisaient rien pour leurs rejetons. D’après ce qu’ils avaient su plus tard, le grand frère d’Alexis avait terminé en prison pour avoir vendu de la drogue. Quant à sa petite sœur, elle était actuellement en orphelinat, après avoir été littéralement enlevée par les services sociaux, après une ordonnance du juge de Protection des Mineurs. Laura tira un peu sur sa main et il baissa la tête sur elle, avec un regard interrogateur. Oui ?

– Je sais que vous n’allez plus me croire mais je…, commença-t-elle avant de s’interrompre. Si c’est trop dur ou si vous pensez à… Ne laissez pas Jasper tout seul. Il n’a jamais eu de soutien et je sais qu’il en a besoin, il pense devoir toujours veiller sur moi mais je… Je me débrouillerai si ce que j’ai fait était de trop cette nuit. Je ne veux pas qu’il lui arrive la même chose…

– De quoi est-ce que tu parles ? répondit-il d’un ton perplexe.

Il l’attira contre lui et mit sa main derrière sa tête pour la pousser à se laisser aller, l’entourant doucement de ses bras pour la réconforter. Difficile, voire impossible, de comprendre tout ce qui pouvait bien passer par la tête des adolescents, on dirait parfois qu’ils ne parlaient pas la même langue que les adultes. Le deuil, c’était comme pour tout, il fallait le faire passer avant de pouvoir se reprendre et ce n’est pas en étouffant le problème qu’on réussissait à le surmonter. Serrant Laura contre lui, il lança un nouveau regard vers la tombe d’Alexis, puis celle d4Emilie, et celles des autres enfants morts au pensionnat depuis un an. Des « accidents », un meurtre pur et simple, dans le cas d’Emilie, et enfin un suicide.

– Alexis avait perdu son meilleur ami, sa petite sœur et se sentait condamné, avec son pouvoir, reprit-il. Ce n’est qu’en lui retirant son don qu’on aurait pu l’aider à mieux vivre et ça, ce n’est pas réalisable. On ne peut qu’espérer que tout aille un peu mieux aujourd’hui. Comment te sens-tu ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Escapade mal préparée   Sam 4 Mar - 10:55

M. Nakajima – De quoi est-ce que tu parles ? répondit-il d’un ton perplexe.

Eh bien, de… Laura n’eut pas le temps de répondre, son tuteur l’attirant aussitôt contre lui en mettant sa main derrière sa tête. Il la serrait dans ses bras en un geste de réconfort, elle-même essayant de respirer et de ne pas se crisper bêtement. Elle ne comprenait pas ce qu’elle avait dit de spécial, elle avait seulement peur qu’il décide de les abandonner parce qu’ils étaient trop difficiles, ou parce qu’elle faisait des bêtises. Elle n’avait pas réfléchi et l’admettait, le reconnaissait. Elle avait peur, c’est tout, c’était… normal, non ? Elle ignorait si Jasper pensait la même chose, s’il éprouvait les mêmes sentiments à l’égard de la situation et de cette adoption. Peut-être. Ou alors avait-il assimilé tous les changements et intégré que leur tuteur était comme un père, qu’ils avaient enfin une famille… Elle ne savait pas. Laura se laissa faire sans pleurer pour autant, essayant de chasser ce sentiment de culpabilité qui l’habitait. Si elle avait bien compris, il ne… comptait pas du tout les laisser de côté ? Même après tout ce qu’elle avait fait cette nuit ? Même s’il avait été énervé, blasé, déçu, ou tout cela à la fois ? Elle ne comprenait pas. Pourquoi était-il si patient avec eux ?

M. Nakajima – Alexis avait perdu son meilleur ami, sa petite sœur et se sentait condamné, avec son pouvoir, reprit-il. Ce n’est qu’en lui retirant son don qu’on aurait pu l’aider à mieux vivre et ça, ce n’est pas réalisable. On ne peut qu’espérer que tout aille un peu mieux aujourd’hui. Comment te sens-tu ?

De toutes les questions existant sur Terre, son professeur avait posé la seule qu’elle ne voulait pas entendre. Venant des adultes, il s’agissait d’un piège, tous les adolescents sachant pertinemment bien qu’ils ne demandaient cela que lorsqu’ils savaient que ça n’allait pas. Et, évidemment, qu’elle n’allait pas très bien pour l’instant. Laura essayait d’accepter les paroles de monsieur Nakajima, d’intégrer ce qu’il lui disait, de retenir les raisons qui devaient éloigner sa culpabilité par rapport à la mort d’Alexis. S’il lui disait tout ça… Ce n’était pas juste pour l’aider mais parce que c’était vrai, n’est-ce pas ? Il avait raison, elle le savait, tout au fond d’elle. Alexis avait perdu son meilleur ami, sa petite sœur et voulait se débarrasser de son don depuis des mois. S’il ressentait toutes ces choses… Comment aurait-il pu continuer à vivre ? Bon, pour son don, Laura ignorait qu’il voulait vraiment s’en débarrasser, l’abandonner et ne plus le « supporter » tous les jours. Elle s’en doutait… D’après les paroles des autres élèves et les rumeurs, il suffisait de le connaître pour démêler le vrai du faux. Mais l’entendre, là, alors qu’ils étaient devant sa tombe parmi de nombreuses autres…

Laura – Un peu… mieux. Je suppose. Mais j’imagine que ce n’est pas une vraie question, que vous connaissez la réponse mieux que moi…

Laura releva la tête vers son tuteur avec un regard un peu perdu. Elle ne savait pas comment elle se sentait, à vrai dire. Ou, plutôt, comment elle devait se sentir. En repensant aux paroles de monsieur Nakajima à propos d’Alexis, elle sentait la culpabilité diminuer un petit peu, sa raison lui hurlant qu’il avait raison et qu’elle n’aurait rien pu changer. S’il savait tout cela, c’est qu’il surveillait son élève, non ? Et sans doute n’était-il pas le seul… Mais ça signifiait qu’Alexis était perdu depuis le début ? Que personne n’aurait pu l’aider, que c’était une fin inévitable ? Ou alors les professeurs cherchaient une solution pour écarter la tentative de suicide depuis tout ce temps, surveillant Alexis de très près mais celui-ci avait réussi à s’échapper, à se soustraire de leur attention en profitant d’un moment où ils étaient tous occupés. A partir de ce moment, c’était fini, couru d’avance. Se sentant, d’un coup, horriblement impuissante, Laura baissa la tête pour ne pas regarder son tuteur, soutenir son regard étant toujours un peu difficile dans certaines situations.

Laura – Je ne sais pas comment je me sens…, finit-elle par avouer tout bas. Je vais bien, je suis en bonne santé, mais si d’autres élèves sont comme Alexis et que nous ne pouvons même plus les soutenir, nous soutenir nous tous… Il était gentil et méritait beaucoup mieux. Je ne suis même pas sûre qu’il savait ce que ses amis pensaient de lui et c’est horrible. Je veux dire… De se sentir impuissante, comme cela.

En fait, c’était surtout cette idée qui la taraudait. N’avoir rien pu faire et, d’après son professeur, le suicide d’Alexis était inévitable. Bon, il ne l’avait pas dit de but en blanc mais c’était ce qu’elle comprenait dans ses paroles. Et elle voulait penser le contraire, ne pas se résoudre bêtement à « Il veut se tuer, laissons-le, surveillons-le mais sans plus ». Elle n’accusait pas ses professeurs ni les amis d’Alexis… Enfin, si, elle accusait clairement ses amis qui l’avaient abandonné, pour la plupart, mais ne pouvait pas le dire à voix haute. On ne doit pas penser de telles choses et Laura le savait très bien. Il lui restait seulement un goût amer dans la bouche, une impuissance qui ne faisait que grandir ces derniers temps. Entre les décès successifs et mystérieux d’élèves du Pensionnat, les disparitions dans le journal et le suicide d’Alexis… Ils pouvaient forcément remotiver ceux qui perdaient espoir, non ? En s’y prenant autrement ? Laura releva la tête vers son tuteur, une nouvelle fois, un peu abattue malgré tout.

Laura – On ne peut vraiment sauver personne, même si on sait que la personne va faire une bêtise ? Je sais que l’on doit respecter l’avis de chacun, mais… Il y a tellement de décès que perdre des personnes qui sont démotivées, désespérées… On est vraiment obligé de respecter leur choix dans ces cas-là ? Cela signifie que, dès qu’une personne a décidé de… d’en finir, on ne peut plus l’aider, c’est gravé dans la pierre ?

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