1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Sortie scolaire dans les Vosges

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Estelle Martin
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MessageSujet: Sortie scolaire dans les Vosges   Dim 19 Juin - 13:37

Ils étaient partis très tôt en car, ce matin-là. Tout le monde était monté à bord, départ de la place de Gray, chacun avec son sac à dos, un pique-nique, des bonnes chaussures pour marcher et de l'eau pour la journée. Estelle était bien fatiguée mais tâchait de sourire tout de même. Les élèves pour le tournoi étaient partis la veille, dans l'après-midi, il y avait quelques cours qui sautaient, cette semaine, par manque de professeur. Malgré la situation, Estelle avait refusé de reporter la sortie prévue, ce n'était pas le moment de laisser les enfants enfermés dans le pensionnat à ressasser, encore et encore. Comptant les élèves en les faisant grimper dans le bus, elle lança un regard en biais au colonel Gavin, qui les accompagnait pour la journée, attendant à côté du car que tous les élèves grimpent dedans. Une fois tout le monde à bord, elle monta à son tour derrière lui, faisant taire les enfants pour leur donner les consignes, avant que le bus démarre. Ils partaient pour le cimetière militaire de Plaine. Une fois assurée que tout le monde ait bien compris, elle s'assit à l'avant du car, à côté du militaire.

Au départ, Estelle avait été mal à l'aise d'apprendre qu'il les accompagnait mais Gabriella l'avait rassurée. Si son amie faisait confiance à cet homme, alors Estelle le ferait aussi, elle avait foi en le jugement de Gaby. Le bus quitta Gray puis s'engagea sur les routes, direction les Vosges et la commune de Plaine. La jeune femme se cala comme elle le put dans son siège, gênée par son ventre gonflé, prenant ensuite un magazine pour lire tranquillement durant le trajet. Les enfants étaient plutôt énervés, le bruit était fort, enfin, tant qu'ils se défoulaient un peu ici, ils ne le feront pas dans le cimetière. Elle lut un long moment, silencieuse, puis reposa le magazine plus tard, en sentant son bébé bouger avec force. Tournant la tête vers Fabrice, elle lui trouva un regard assez sombre. Ce genre de sorties ne devait pas être des plus agréables pour lui, il avait dû connaître les tranchées et l'effroi de la Grande Guerre. Et y avait survécu. Elle lui demanda si tout allait bien et il hocha la tête, les bras croisés, l'expression assez neutre.

– J'ai quelques amis enterrés là-bas.

La jeune mère lui fit un petit sourire compatissant, comprenant ce qu'il devait ressentir en marchant entre ces longues allées de tombes. Elle ne parla que très peu durant tout le reste du trajet, ne se bougeant que lorsqu'ils arrivèrent à Plaine, se garant sur un parking non loin du cimetière. Elle descendit la première, avec prudence, faisant rassembler les enfants en groupe près du car. Il ne pleuvait pas mais le ciel était gris et bas, il faisait très chaud, un orage devait s'annoncer pour la fin de la journée. Elle ôta sa veste et la mis sur ses épaules pour ne pas avoir trop chaud, son sac sur les épaules. Comme elle n'arrivait pas à calmer les enfants, le colonel s'avança et lança un "Taisez-vous !" d'une voix sonore qui eut le mérite de calmer tout le groupe d'un seul coup. Ah, merci. Elle rappela les consignes, rester en groupe, ne pas courir, crier ou parler trop fort une fois dans le cimetière, respecter les autres visiteurs et ne pas être irrespectueux. Le colonel ne disait rien, de son côté, les bras croisés. Il avait beau être habillé en civil, tout le monde savait qui il était, dans cette classe. Une fois tout le monde prêt, elle emmena sa classe vers l'entrée, une main sur son ventre, l'autre tenait la fiche des élèves pour le gardien.

– Vous avez bien tous vos fiches pour travailler ? Je vous rappelle à tous, vous devez dessiner un des monuments au morts ou une tombe, notez les informations importantes que vous trouverez sur la Grande Guerre et écrire votre récit. Restez par groupes de trois ou quatre, ou seuls si vous êtes capables de travailler en silence. Allez-y.

Elle fit passer les élèves devant elle en leur rappelant encore de ne pas faire les idiots, ce n'était pas le lieu pour s'amuser. Ce cimetière était plus petit que d'autres, ne comptant que quelques centaines de tombes. Des centaines de croix alignées sur de longues rangées. Il y avait un peu de monde, dont une vieille femme agenouillée devant une des croix, toute vêtue de noir, qui pleurait, le visage fourré entre ses mains. Les enfants commencèrent à s'éparpiller, bloc-notes et crayons entre les mains, sac sur le dos, chuchotant doucement. Estelle les suivit du regard, espérant ne pas avoir à crier sur l'un d'eux aujourd'hui. Elle marchait avec le colonel dans les allées, gardant un œil sur les élèves. Il s'arrêta tout à coup et se mit à genoux devant une tombe, sortant de sa poche un petit bouquet de fleurs de lavande, qu'il déposa au pied de la croix.

– Vous deviez être très jeune, lors de la guerre, murmura Estelle lorsqu'il se redressa.

– Assez, oui. Ce n'était pas l'âge qui comptait, ce genre de détails était sans valeur, on survivait au jour le jour.

Ils reprirent doucement la marche, Estelle veillant à s'éloigner lorsqu'il s'arrêtait près d'une tombe, afin de le laisser se recueillir en paix.

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Fabrice Gavin
Colonel
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MessageSujet: Re: Sortie scolaire dans les Vosges   Sam 2 Juil - 16:56

Plus assez de professeurs de disponibles en ce moment ? C'est pour cela qu'il devait accompagner la sortie scolaire ? Fabrice retint un très long et profond soupir, les mains dans les poches, en regardant les enfants monter dans le car un par un. Sortir ne leur fera pas de mal, bien que Fabrice désapprouve très fortement le choix de la visite. D'accord, il y avait un devoir de mémoire et de transmission, cependant, il s'agissait d'endroits où se rendait seul, avec sa famille ou avec des proches, certainement pas en groupe classe, de cette façon. Ce n'est pas fait pour le tourisme, d'autant plus que cela pourrait déranger les parents ou enfants venus pleurer leurs morts, dans les longues rangées de tombes. Fabrice grimpa à son tour une fois tous les élèves assis dans le bus, s'installant à côté de la jeune mère, à l'avant. Il avait un air plutôt sombre, remettant dans sa veste trois petits bouquets qu'il avait préparé ce matin-là avant de rejoindre cette classe. Voilà un moment qu'il n'était plus retourné à Plaine, il aurait préféré s'y rendre seul ou avec son équipe, pas avec toute une classe de gamins qui, étant donné la situation du pensionnat, refusaient de comprendre que l'armée avait aussi souffert pour protéger leurs pays durant la Grande Guerre. Madame Chevreuil lui demanda tout à coup s'il allait bien et il hocha la tête, le regard neutre et les bras croisés.

– J'ai quelques amis enterrés là-bas.

Trois amis, surtout. Des amis très proches qui avaient tous été tués durant la bataille de la Marne. Le jeune colonel se rencogna un peu dans son fauteuil, sans prêter attention aux gamins particulièrement énervés et avec les nefs à vif. Ils étaient comme ça depuis le suicide d'un jeune élève, en début de semaine, Fabrice en avait entendu parler lorsqu'il était revenu d'une mission avec le sous-lieutenant, la veille au matin. Durant le voyage en car, il se perdit dans ses pensées, échangeant parfois un ou deux mots avec sa voisine, enceinte jusqu'au fond des yeux. Une fois arrivés à Plaine, sous un ciel bas et une chaleur étouffante, ils descendirent du car pour faire mettre les élèves en ordre et donner les consignes pour la visite au cimetière. Voyant que la tribu de gamins s'agitait sans écouter une seule seconde, plus irrespectueux que jamais, il s'avança lui-même en leur criant de se taire, obtenant aussitôt un silence bienfaisant. Très bien. Leur prof rappela de ne pas courir ou crier, d'être respectueux, de ne pas déranger les autres visiteurs puis rappela le travail à faire. Fabrice restait silencieux à présent, les bras croisés, derrière la classe. Ils partirent pour le cimetière, dont l'entrée était tenue par un gardien, près des immenses grilles ouvertes en grand.

– Vous avez bien tous vos fiches pour travailler ? Je vous rappelle à tous, vous devez dessiner un des monuments au morts ou une tombe, notez les informations importantes que vous trouverez sur la Grande Guerre et écrire votre récit. Restez par groupes de trois ou quatre, ou seuls si vous êtes capables de travailler en silence. Allez-y.

En silence... S'ils en étaient capables. Fabrice retint un nouveau soupir en les regardant partir puis s'égailler dans les allées du cimetière, le cœur assez lourd. Il ne pouvait pas rester parfaitement impassible, ce genre de lieu lui rappelait de plein fouet ce qu'ils avaient vécu dans les tranchées. Il ne savait toujours pas comment et pourquoi il avait survécu à cet enfer alors que ses amis, ses proches, ses coéquipiers en étaient morts. Les médecins appelaient ça la culpabilité du survivant. On s'en voulait de s'en être tiré alors que tant d'autres étaient morts dans une situation donnée et horrible. Entrant à son tour avec la jeune femme, il marcha avec une certaine lenteur, observant les centaines de croix et les noms gravés sur chacune d'elle. Certaines tombes étaient fleuries fraîchement, d'autres plus abandonnées. Fabrice s'arrêta lorsqu'il vit la première tombe, celle de Marc Andres, un tout jeune capitaine qui avait été tué par l'explosion d'un obus pile sur la tranchée où il courait pour se mettre à l'abri. Il était du genre bon vivant, rêveur, souvent la tête dans les nuages. Avant la guerre, il peignait et dessinait, vivement très chichement, pauvrement même, simplement heureux de son art, bien qu'il peine à se nourrir. Le jeune soldat déposa le premier petit bouquet de lavande au pied de la tombe, regardant la photo de Marc, souriant de toutes ses dents à l'objectif. Il avait trente-quatre ans lorsqu'il était décédé. Jeune homme marié à l'art, mobilisé en 1914, tué en 1917.

– Vous deviez être très jeune, lors de la guerre, murmura Estelle lorsqu'il se redressa.

– Assez, oui. Ce n'était pas l'âge qui comptait, ce genre de détails était sans valeur, on survivait au jour le jour.

Il avait été mobilisé à dix-huit ans, en 1915, envoyé directement au front, dans l'enfer des tranchées. Se redressant, il reprit la marche, laissant peu à peu la jeune femme s'éloigner devant et surveiller ses élèves, éparpillés dans le cimetière. Fabrice bifurqua, se rapprochant de l'ossuaire et du monument aux morts, s'approchant deux autres tombes, côte à côte. Il se mit à genoux dans l'herbe devant, posant les bouquets devant chacune d'elles. C'était les tombes de Henri et Nicolas Fanbert, deux frères, un âgé de vingt-sept ans au jour de sa mort et l'autre de vingt-trois ans. L'aîné avait été militaire de carrière tandis que le second était mécanicien, dans le civil. Le colonel les avait connu le jour même de son envoi au front, ayant partagé avec eux un des petits abris dans les tranchées, où ils tâchaient de voler quelques heures de sommeil entre les combats. Si Henri était assez sérieux et un peu taciturne, son petit frère, lui, mettait de la bonne humeur partout où il se rendait. Il avait demandé à leur mère de lui envoyer un jeu de cartes au front, avec leur colis, et encourageait les autres soldats, le soir venu, à jouer à lueur des vieilles lampes à pétrole. Fabrice inspira longuement pour ne pas se mettre à pleurer, tendant la main pour gratter la terre collée à un bout de la photo de Nicolas.

– Vous me manquez les gars, souffla-t-il avec un faible sourire. J'ai revu ta femme il y a deux mois, Henri. Elle va bien, tout comme votre fils. Il est devenu un jeune homme solide, tu sais... Il te ressemble un peu. Tu seras peut-être bientôt grand-père.

Le jeune frère d'Henri était parti célibataire à la guerre, de son côté, et mort avant d'avoir pu vivre comme il aurait dû. Se redressant, il lança un dernier regard aux tombes des deux frères puis continua de son côté. Remontant l'allée, il contourna l'ossuaire puis arriva aux monument aux morts. La petite Karinof était occupée à le dessiner, non loin. Il lui lança un regard un peu éteint, les mains dans les poches de sa veste.

– Vous allez mieux depuis que vous êtes dans une autre famille ? demanda-t-il en s'approchant, d'une voix neutre.

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Laura K. Nakajima
Collégienne
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Âge RPG : 14 ans

MessageSujet: Re: Sortie scolaire dans les Vosges   Ven 15 Juil - 15:47

Laura somnolait dans le car malgré le brouhaha ambiant, secouée par le moteur et les coups de ses amies qui gigotaient en tous sens. Comment faisaient-elles pour être aussi motivées ? Elle-même était abrutie de fatigue, ne dormant que très peu ces jours-ci bien qu’elle le cache autant que possible. Elle ne voulait pas perdre sa bonne humeur ni alerter qui que ce soit – son tuteur, Solène, Jasper, Antoine, Genji… - alors que tous avaient d’autres affaires plus urgentes à régler. Cette sortie était l’occasion rêvée pour être loin des personnes menaçant sa tranquillité, Laura allait pouvoir se balader et travailler seule comme à chaque fois que madame Chevreuil organisait une sortie. Et puis, elle s’en sortait pas mal ! A chaque gros travail comme celui-ci, la collégienne avait de bonnes notes et apprenait énormément de choses. Ces sorties étaient enrichissantes et voir autre chose que le Pensionnat faisait un bien fou, surtout maintenant.

Amélie – Laura, debout ! On est arrivés, lève-toi, lève-toi !

Laura – Mmh…

Amélie – Allez, paresseuse !

Laura marmonna que c’était bon, qu’elle se levait, et se frotta les yeux après avoir été tirée d’une sieste bienvenue. Elle camoufla un bâillement et mit son sac à dos une épaule, se tenant au siège le temps de se réveiller complètement. Ils descendirent ensuite du bus, toujours dans le bruit et l’impatience des autres qui parlaient, riaient et bavardaient entre eux. Laura, qui regardait leur professeure, remarqua qu’elle voulait parler mais personne ne l’entendait. Elle donna un coup de coude à Amélie et les personnes à proximité qui se turent en même temps que le colonel Gavin criait « Taisez-vous ! » d’une voix que personne ne pouvait ignorer. On voyait le colonel, là, aucun doute là-dessus, même s’il était en civil… Laura ne pouvait s’empêcher de lui lancer de fréquents regards, trouvant très étrange sa tenue civile alors qu’elle le voyait toujours avec son uniforme. C’était comme pour son professeur, monsieur Nakajima, elle n’imaginait pas qu’il puisse avoir une famille, une vraie, et une vie en dehors du Pensionnat. Ce qui était stupide, complètement.

Se concentrant sur les paroles de madame Chevreuil, secouant un peu la tête pour se reprendre, Laura écouta les consignes habituelles : groupe, ne pas déranger, le respect, ne pas crier ni courir… Toutes les règles de vie normales, surtout dans un cimetière avec des personnes venues pour se recueillir, partager des événements ou faire leur deuil. Ils se regardèrent puis observèrent les alentours, peu d’élèves ayant voyagé aussi loin en dehors des vacances et autres sorties scolaires, se rapprochant de l’entrée du cimetière. D’un coup, Laura était beaucoup moins à l’aise, le lieu rappelant des événements trop récents pour l’instant. Elle prit une petite inspiration, plus du tout motivée d’un coup, tandis que leur professeure donnait d’autres rappels.

Mme Chevreuil – Vous avez bien tous vos fiches pour travailler ? Je vous rappelle à tous, vous devez dessiner un des monuments aux morts ou une tombe, notez les informations importantes que vous trouverez sur la Grande Guerre et écrire votre récit. Restez par groupes de trois ou quatre, ou seuls si vous êtes capables de travailler en silence. Allez-y.

Laura sortit son cahier et son crayon avant de se lancer dans une des nombreuses rangées de tombes du cimetière. Il y avait des centaines et des centaines de croix blanches, bien que le cimetière soit plus petit que ceux qu’elle avait déjà vus à Paris. Les tombes, ici, conservaient une certaine harmonie puisqu’elles se ressemblaient contrairement aux cimetières « classiques ». Le cœur d’abord plus lourd, Laura fit signe à ses amies qu’elle allait travailler seule, comme d’habitude en sortie, que ce serait plus simple comme il fallait rédiger ensuite. Ecrire une histoire à plusieurs, c’est difficile. Heureusement, elles n’insistèrent pas, reconnaissant que c’était difficile et qu’elles risquaient de parler ensemble. La collégienne s’était donc aventurée à travers les rangées, lisant patiemment toutes les inscriptions sur les croix, les fleurs déposées plus ou moins récemment… Elle ne savait pas trop ce qu’elle allait dessiner, encore moins ce qu’elle allait écrire.

Laura tomba sur une croix un peu plus usée par le temps, comme si elle n’avait été que très peu entretenue et visitée. Une inscription sur la croix renseignait le nom et prénom de la personne décédée : Gabriel Félicien Drouin. Il était mort à trente-trois ans… Et n’avait reçu aucun bouquet depuis des années au moins. Elle s’agenouilla devant la tombe, passant sa main sur la croix pour en frotter le nom tout doucement. L’adolescente imagina la vie qu’il avait eue, s’il avait des enfants ou non, s’il avait suivi un long entraînement militaire avant d’être mobilisé ou s’il vivait d’un autre métier plus commun. Elle écrivait progressivement toutes ses idées dans son cahier sans savoir si elle garderait cette idée, ne retenant que des mots-clefs pour l’instant, comptant développer plus tard. Dans le car, peut-être, pour rendre un travail bien propre. Pourquoi personne ne venait voir cet homme ? Avait-il été un homme cruel ? N’avait-il jamais eu d’enfants ? Ses enfants savaient-ils qu’il était mort ? Si oui, oubliaient-ils de venir le voir ?

La photo d’un homme aux cheveux blonds, souriant, était disposée et mettait un visage sur ce nom dans son uniforme militaire. Mais c’est tout ce qu’elle saurait… Elle commença à dessiner la croix, l’inscription, l’air abandonné et dégarni de cette tombe alors qu’un bouquet récent trônait au pied de la croix voisine. Elle s’attela à représenter le plus de détails qu’elle jugeait importants, impossibles à ignorer pour écrire son récit sans bafouer la mémoire de cet homme. Elle avait des questions. Tant de questions sans réponse que Laura comptait bien retravailler dans son récit si elle prenait cette option. Seulement, elle ne s’était qu’à peine avancée dans le cimetière et ne pouvait se contenter de la première pierre trouvée.

C’est pourquoi elle continua son travail, se redressant en époussetant ses vêtements pour rester présentable. La collégienne s’avança un peu plus dans le cimetière, les autres de sa classe continuant leur progression aussi. Certains dessinaient déjà, d’autres écrivaient. Elle croisa Clara, une élève de son année avec l’élément terre, qui semblait particulièrement touchée par ce qu’elle voyait même si elle avait l’air de se sentir mieux que d’autres. Normal, elle était entourée par son élément malgré l’endroit dans lequel ils étaient. Elles s’échangèrent quelques mots, très brièvement, se demandant si elles avaient déjà trouvé ou non. Résultat : elles étaient au même point. Chacune avait déjà une idée mais continuait ses recherches pour ne pas se contenter du plus simple. Se séparant assez vite de son amie, Laura poursuivit son chemin, regardant les tombes se succéder les unes après les autres. Elle aperçut ensuite le colonel Gavin, agenouillé devant une tombe, et s’écarta par respect pour ne pas le déranger. Il était, sans aucun doute, le plus touché d’eux tous ici. Il connaissait certaines personnes… Il avait des amis, ici.

La collégienne détourna le regard, se concentrant sur son travail, et remonta l’allée pour contourner un ossuaire imposant sans s’y arrêter. Elle ne voulait pas le dessiner, pas cela, elle avait toujours eu en horreur les ossuaires. C’était lugubre, malsain… Elle était incapable d’expliquer le pourquoi de cette aversion mais elle n’aimait pas cela. Donc, non, elle ne le dessinerait pas. Laura marcha encore un peu, son regard s’arrêtant toujours sur les tombes, certaines beaucoup plus entretenues et fleuries que d’autres. Elle comprenait le Père Vilette, à présent… Il ne voulait pas abandonner les morts oubliés, il voulait leur rendre hommage. Elle aussi le ferait, en passant au cimetière. Peu importe l’origine de ces personnes, elles étaient mortes. Elles avaient droit à un hommage. Laura se retrouva, sans faire attention, face au monument aux morts contre lequel elle faillit bien se heurter si son ombre ne l’avait pas légèrement surplombée. Elle en regarda les détails, les observant un moment. Elle y vit de nombreux noms, sur le côté du monument lui faisant face, mais n’en reconnut aucun. C’était aussi une possibilité… Rendre hommage à plusieurs personnes, toutes celles dont les tombes étaient désertées. S’installant un peu plus confortablement, Laura ouvrit son cahier et reprit son crayon en main pour dessiner. Elle était occupée à esquisser le sol lorsqu’elle entendit des pas, derrière elle. Tournant la tête, Laura vit le colonel Gavin, regard éteint. Elle ne l’avait pas dérangé ? Sinon, elle pouvait aller ailleurs.

Colonel – Vous allez mieux depuis que vous êtes dans une autre famille ? demanda-t-il en s'approchant, d'une voix neutre.

Laura – Heu… Oui, je crois.

Son ton n’était pas du tout convaincu, et elle s’en voulut à l’instant même où son hésitation se fit entendre. Elle s’excusa et se redressa pour se mettre debout, regardant le début de son dessin et les quelques informations prises à la volée dans son carnet. Ce n’était pas la faute de monsieur Nakajima, pas du tout. Ils avaient seulement… besoin de plus de temps. Ils faisaient des efforts ! Enormément. Mais, parfois, Laura se demandait s’ils avaient fait les démarches au bon moment. Avec tout ce qui est arrivé depuis leur arrivée chez leur professeur et Solène, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’ils dérangeaient plus qu’autre chose. Laura releva la tête pour regarder le colonel avec un sourire un peu crispé.

Laura – Je ne veux pas dire que monsieur Nakajima nous traite mal, je suis désolée, dit-elle d’une voix plus petite et honteuse. C’est seulement que… Jasper n’est pas bien, il subit le contrecoup de tout ce qu’il a vécu et… Avec ce qui s’est passé depuis la rentrée, je me dis que ce n’était peut-être pas le bon moment pour faire tout cela. Mais vous nous avez aidés ! Beaucoup, même, on serait encore chez nos parents sans vous.

Laura tendit sa main pour serrer la sienne et le remercier, n’ayant pas eu l’occasion de le faire avant. C’était grâce à lui, tout cela… Et Jasper était terrorisé, il n’avait sûrement rien pu lui dire depuis. Pourtant, ils en étaient sortis. Même si la période était loin d’être la meilleure, ils auraient peut-être pu patienter. Elle aurait pu, ils avaient sûrement une autre solution pour lui éviter de quitter le Pensionnat, non ? Peut-être… Antoine avait d’emblée suggéré cette idée, cette solution, affirmant que c’était la seule susceptible de fonctionner. Elle lui faisait confiance mais ils n’avaient pas tenu compte des conséquences ni de l’état du Pensionnat et de la France.

Laura – Je crois que nous n’avons pas… fait attention aux conséquences. Nous voulions seulement nous séparer de nos parents… Mais je n’avais pas imaginé que Jasper réagisse comme cela ensuite. Je croyais qu’il avait peur de vous, mais c’est au-delà de la peur, il… déprime. Complètement. Peut-être que l’on aurait pu attendre… Pour vous aussi, vous avez accepté mais notre père vous dirige… Pourquoi… Pourquoi avoir accepté de témoigner avec de tels risques ?

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Fabrice Gavin
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MessageSujet: Re: Sortie scolaire dans les Vosges   Mer 20 Juil - 10:44

– Heu… Oui, je crois.

Elle croyait ou elle était sûre ? Il baissa le regard sur elle alors qu’elle se levait aussitôt et s’excusait, son carnet de notes contre elle. Pas plus convaincue que cela, apparemment, alors qu’elle avait pourtant tout pour être heureuse, aujourd’hui. Fabrice connaissait un peu le sous-directeur, c’était un homme très droit, pas le genre à maltraiter des enfants ou à les délaisser, bien au contraire. Il valait mieux avoir un moral en acier trempé pour résister aux chocs en série et faire ce genre de métier, mener une vie aussi… Disons, agitée. La directrice lui faisait entièrement confiance, ça suffisait au colonel pour avoir confiance, lui aussi, il avait foi en son jugement, comme en les jugements et opinions des membres de son équipe. D’autant plus par rapport aux différentes personnes, s’ils commençaient à douter de tout, ce n’était bon pour personne. Il savait bien que Laura était encore petite, enfin, il faudra tout de même qu’elle apprenne à s’ouvrir aux autres et vite, elle ne s’en sortira pas sinon. Il retint de lui faire le commentateur, un peu lassé tout à coup. La vie, on la prenait comme elle venait, et lorsque c’était trop dur, on apportait un ou changements comme on le pouvait. Pour lui, il ne voyait plus aucune raison de se plaindre, pour ces deux gamins.

– Je ne veux pas dire que monsieur Nakajima nous traite mal, je suis désolée, dit-elle d’une voix plus petite et honteuse. C’est seulement que… Jasper n’est pas bien, il subit le contrecoup de tout ce qu’il a vécu et… Avec ce qui s’est passé depuis la rentrée, je me dis que ce n’était peut-être pas le bon moment pour faire tout cela. Mais vous nous avez aidés ! Beaucoup, même, on serait encore chez nos parents sans vous.

Il lui serra la main lorsqu’elle lui tendit, en un geste assez vague. Voir un contrecoup, c’était normal, mais Fabrice savait que ce n’était pas une déprime qui durera. Selon ce qu’il avait vu du gamin, selon aussi la façon dont il avait été élevé et son caractère, il ne sombrera pas longtemps, viendra un instant où il saura se reprendre et se secouer un bon coup pour avancer. Le colonel n’était pas tout inquiet pour Jasper car il savait ce qu’il avait dans le ventre et qu’il était capable de se relever et avancer, sans qu’on ait besoin de la frapper dans le dos pour qu’il se remue. La sœur, c’était déjà autre chose, pas le genre à pouvoir avancer toute seule et sans aide. C’était la « norme », pourrait-on dire. Il n’y en avait pas que ça qui réussissaient à marcher seuls, même si le monde entier était contre eux. Isabelle était ainsi, tout comme lui. On pouvait également citer le prof au pensionnat, Frédéric, qui avait remplacé sa supérieure un temps. Plus le sous-directeur, la générale, la professeur brune enceinte et souriante, Jasper, et quelques autres. En résumé, ceux qui avaient la force mentale adéquate pour survivre et avancer même isolés, même si on leur tournait le dos. C’était lié au caractère et à l’envie d’évoluer. Lorsqu’on avait un but ou une cause à défendre, c’était d’autant plus simple.

– Je crois que nous n’avons pas… fait attention aux conséquences. Nous voulions seulement nous séparer de nos parents… Mais je n’avais pas imaginé que Jasper réagisse comme cela ensuite. Je croyais qu’il avait peur de vous, mais c’est au-delà de la peur, il… déprime. Complètement. Peut-être que l’on aurait pu attendre… Pour vous aussi, vous avez accepté mais notre père vous dirige… Pourquoi… Pourquoi avoir accepté de témoigner avec de tels risques ?

– Ton frère ne déprimera pas longtemps, il fait parti de ceux qui sont capables de redresser seuls la tête et d’avancer, quoi qu’il arrive. C’est pour ça que je l’ai aidé, je n’ai pas envie de soutenir les lâches ou ceux qui ne font jamais rien pour s’en tirer.

Le général Karinof n’était ni un lâche ni un faible, en revanche, il était violent et n’avait plus de respect pour la vie humaine, lui qui prenait pourtant un grand soin de ses hommes il y a dix ans. Il précisa tout cela à voix haute, ajoutant qu’il était dommage qu’une partie de l’État-Major ait ainsi perdu leurs principes après l’extrême violence de la guerre. Enfin… Remettant les mains dans ses poches, il tourna les talons, la laissant travaillant et vérifiant si les autres gamins ne faisaient pas de conneries. La majorité étaient calmes et travaillaient, à sa très grande surprise, ils étaient donc capables de sérieux, lorsqu’ils le voulaient. Marchant avec lenteur entre les rangées de croix blanches, il rejoignit la jeune femme, se demandant si ce genre de sorties ne l’épuisait pas trop, dans son état. Il songea que lui aussi aura peut-être un enfant, qui sait ? Il n’était pas vraiment sûr d’en vouloir… Jeter un gamin dans un tel monde, était-ce vraiment un cadeau ? En plus de cela, avec deux parents soldats, le petit pourrait se retrouver orphelin en un rien de temps.

– Vous allez tenir le coup toute la journée ? Si voulez, allez vous asseoir, je peux les surveiller. Il reste du temps avant de les rassembler pour aller pique-niquer puis repartir en car, vous pouvez vous reposer un peu d’ici-là.

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Estelle Martin
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MessageSujet: Re: Sortie scolaire dans les Vosges   Mer 3 Aoû - 10:47

Son jeune élève avait un peu de mal à rassembler ses idées, Estelle passa beaucoup de temps à lui poser des questions puis lui faire noter ses idées à mesure en un début de plan afin qu’il puisse s’organiser. Il fallait prendre le temps de se poser, parfois, avant de se lancer dans la réalisation d’un devoir ou d’un projet, pour ne pas s’embrouiller. Estelle le suivit ensuite du regard lorsqu’il alla rejoindre son groupe d’amis, lui répétant de ne pas courir entre les allées, on ne fait pas ça dans un cimetière. Ces enfants… Elle comprenait qu’ils soient très nerveux et agités, pourtant, qu’on soit mal ou non, certaines règles devaient être respectées, peu empote que la personne se sente moins bien ou pas, on appelait ça avoir du respect. Continuant son chemin en surveillant ses élèves et en donnant parfois des pites pour aider ceux qu’elle croisait, elle eut un faible sourire au colonel lorsqu’il revint la rejoindre. Elle l’avait vu se recueillir, toute à l’heure, devant quelques tombes, il ne devait pas non plus être au mieux, de son côté. La jeune mère continuait à marcher doucement, les mains soutenant son ventre pendant qu’elle se déplaçait.

Colonel – Vous allez tenir le coup toute la journée ? Si voulez, allez vous asseoir, je peux les surveiller. Il reste du temps avant de les rassembler pour aller pique-niquer puis repartir en car, vous pouvez vous reposer un peu d’ici-là.

Estelle – Merci beaucoup, je pense que ça va aller, sourit-elle. J’ai l’habitude, ce n’est pas mon premier. Si ça ne va vraiment pas, je vous demanderai, merci pour la proposition.

Les élèves n’étaient pas tous agités, heureusement. Estelle avait pu remarquer que d’autres gardiens du cimetière vérifiaient aussi qu’aucun des enfants ne s’amusait à faire n’importe quoi et ne profanait pas les lieux. On avait beau leur faire la leçon souvent, ils réussissaient à oublier des consignes données cinq minutes auparavant. Pourtant, cette sortie était importante, pour la jeune professeure. En plus de l’important devoir de mémoire accompli avec leurs devoirs, cela leur fera du bien de quitter un peu l’école, même pour quelques heures simplement. Estelle soupira un peu en marchant, espérant qu’à présent, le pire était bel et bien derrière eux et que la situation pourra aller en s’arrangeant. Perdre leur optimisme serait vraiment la pire chose qui puisse arriver, elle ne voulait pas en rajouter à ce niveau et plomber un peu plus le moral des élèves. Elle continua à faire sa ronde et aider ses élèves tout le reste du temps alloué pour la visite et les recherches, s’aidant ensuite du colonel pour rassembler tout le monde. Il n’y avait pas eu de gros incidents, fort heureusement, elle avait bien craint qu’il ne se passe quelque chose au début.

Sortant du cimetière avec les enfants, elle les rassembla sur le parking où était garé le car puis dit à tout le monde que c’était l’heure de pique-niquer, maintenant, leur recommandant de ne pas s’asseoir trop près du bord de la route et de rester dans la zone des bus, afin de ne pas gêner les voitures. Avant de partir, le cuisinier en chef du pensionnat leur avait préparé des sacs de pique-nique, un par élèves, que Estelle sortit du car puis fit la distribution. Les enfants avaient tout de même faim pour la plupart, et même si ce n’était pas le cas, il ne fallait pas louper des repas. Chacun prit son sac puis partit s’asseoir avec ses amis, Estelle restant à surveiller où ils se mettaient et rappelant les consignes à deux garçons trop agités. Elle avait à peine terminé que trois autres filles firent mines de ne pas avoir entendues et s’éloignaient tout de même du groupe avec une mauvaise volonté évidente à suivre les règles. La professeure s’apprêtait à leur courir après lorsque le colonel Gavin s’en chargea lui-même, tonnant d’un ton qui les fit brusquement sursauter, toutes les trois. Une fois de plus, on reconnaissait beaucoup mieux le militaire qui avait des hommes à gérer.

Estelle – Merci, souffla-t-elle. Miss Karinof, pouvez-vous juste m’aider une seconde à ranger la caisse dans la soute avant de rejoindre vos amies, s’il vous plaît ?

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Laura K. Nakajima
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MessageSujet: Re: Sortie scolaire dans les Vosges   Sam 13 Aoû - 19:41

Colonel – Ton frère ne déprimera pas longtemps, il fait partie de ceux qui sont capables de redresser seuls la tête et d’avancer, quoi qu’il arrive. C’est pour ça que je l’ai aidé, je n’ai pas envie de soutenir les lâches ou ceux qui ne font jamais rien pour s’en tirer.

Oh… Il y croyait vraiment ? Laura ne répondit rien, pensive, serrant son petit cahier contre elle tout en tenant bien fermement son crayon. Peut-être le colonel avait-il raison, après tout. Lorsqu’elle l’avait vu la première fois, elle avait pensé qu’il était comme un Jasper adulte, maniant le même don, enrôlé dans l’armée malgré lui et possédant le même caractère. A peu près. Puis elle lui avait parlé, ils avaient discuté un peu, et elle avait compris pas mal de choses. Si Jasper et lui n’étaient pas « les mêmes », ils se ressemblaient cependant beaucoup et elle avait confiance au jugement du colonel. Il avait peut-être un caractère très dur et blasé, ce n’était pas pour autant qu’il était aveugle. Il était colonel, non ? Il devait sûrement être capable de déceler les capacités de certaines personnes en leur parlant… Ou quelque chose du genre.

Ce qu’il confirma en parlant de leur père, faisant frissonner un peu Laura par la même occasion sans le savoir. Non, il n’était peut-être pas « lâche » ou « faible » mais oui, il était violent et ne respectait plus les hommes, y compris ses propres enfants… Il ne voyait même pas qu’elle était là, qu’elle existait, ne se concentrant que sur Jasper. En un certain sens, son frère était rassuré grâce à cela, mais Laura n’avait jamais cessé de craindre que, un jour, leur père ne le frappe trop fort au point de l’envoyer à l’hôpital. Quant au fait qu’il « prenait soin de ses hommes il y a dix ans »… Hum. Dix ans ? Il frappait déjà Jasper, il l’avait toujours frappé. Non ? Quand cela avait-il commencé, précisément ? Son frère le lui avait caché jusqu’à ce que Laura lui dise elle-même qu’elle savait tout, qu’il pouvait parler, se confier, ne pas tout garder pour lui. Elle ne put donc réprimer une grimace et se retenir de regarder le colonel avec de grands yeux étonnés, franchement pas convaincue par ce qu’il avançait.

Mais Laura ne dit pas un mot, se replongeant dans son travail alors qu’il repartait. Elle esquissa un peu mieux le monument, en précisa les contours, inscrivit les quelques détails qu’elle trouva gravés à certains endroits. Il n’y avait pas énormément d’indications, seulement un monument, les noms, des dates… Peut-être pourrait-elle rassembler ces informations avec ce qu’elle avait trouvé dans le cimetière ? Ou peut-être pouvait-elle faire une recherche à la bibliothèque, c’était possible aussi. Laura redressa la tête après un long moment, cherchant la prof du regard pour la trouver un peu plus loin, l’air épuisé. Les autres étaient calmes, c’était sans doute à cause du bébé qu’elle portait et qui devait bouger de plus en plus. Laura n’avait aucune idée du quotidien d’une femme enceinte, en dehors de ce qu’elle avait déjà lu et vu par le biais des professeures ou autres femmes du Pensionnat et des alentours. Quant à Jasper… Il ne lui avait pas dit grand-chose là-dessus. Il lui avait tout expliqué, oui, il l’avait rassurée lorsque madame Chevreuil avait eu ses contractions devant eux, mais il n’avait pas expliqué son quotidien. Les femmes, comme leur mère, vivaient comment en général ? Elles ne devaient pas bouger beaucoup pour se reposer. Sans doute.

Au moment où son estomac grondait, Laura constata que ses amis se déplaçaient vers l’entrée du cimetière pour en sortir, poussés par la prof et le colonel. Une main sur son ventre pour camoufler le bruit, elle se releva au moment où madame Chevreuil arriva à sa hauteur et rejoignit les autres près de l’entrée, rangeant précautionneusement toutes les notes qu’elle avait prises et ses quelques croquis, ainsi que son dessin du monument aux morts, déjà beaucoup plus finalisé que les autres. Toute la classe était rassemblée sur le parking, guidée par la prof, et Laura rejoignit ses amies qui étaient occupées à parler du devoir et de ce qu’elles avaient dessiné, ce qu’elles devaient encore chercher… Comme après chaque travail, comme après chaque sortie scolaire. Ce fut l’appel de l’estomac qui fit taire toutes les discussions lorsque leur professeure annonça qu’il était temps de pique-niquer et qu’ils devaient tous venir prendre un sachet tout en restant bien en groupe sur le parking – avec les habituelles consignes qu’ils connaissaient tous par cœur.

Laura – C’est pas moi qui vais m’éloigner, je meurs de faim, dit-elle tout bas à Amélie avec un petit sourire.

Ils se mirent en rang et avancèrent progressivement vers la soute du car dans laquelle était rangés les sachets pour manger. Etant dans les derniers arrivés, Laura patienta en voyant chaque petit groupe s’éloigner pour déjeuner un peu plus loin, voire trop loin, lui faisant lever les yeux au ciel. Enfin, c’était pas compliqué de rester tout près ! En plus, ne pas écouter madame Chevreuil alors que le colonel était là… Mauvais plan. Il allait… Eh bah voilà. A peine trente secondes après avoir eu cette pensée, Laura vit le militaire rappeler à l’ordre un groupe de filles, celles qui ne cessaient de glousser en classe et qui se croyaient meilleures que tout le monde. Personne ne les aimait, même si c’était cliché et habituel et qu’il y avait ce groupe dans chaque classe, chaque année, chaque cours. Amélie et Lucie trouvèrent un petit coin libre pour s’asseoir, y déposèrent leur sac à dos au moment où madame Chevreuil l’appelait.

Mme Chevreuil – Miss Karinof, pouvez-vous juste m’aider une seconde à ranger la caisse dans la soute avant de rejoindre vos amies, s’il vous plaît ?

Laura – Bien sûr, tout de suite Madame. Tenez, les filles, prenez mon sac, dit-elle en le donnant à Amélie avant de filer.

Laura rejoignit la prof en quelques pas et souleva la caisse, beaucoup moins lourde que prévu, pour la déposer dans la soute, bien au fond. Le « clapet » de la soute étant trop haut pour qu’elle puisse le refermer lorsqu’il était totalement ouvert, elle le réceptionna lorsqu’il fut à sa portée pour éviter à madame Chevreuil de devoir se baisser. La collégienne demanda ensuite si elle pouvait faire autre chose mais, tout étant rangé, elle put rejoindre ses amies pour manger et calmer son ventre qui criait famine. Ce repas était franchement bienvenu ! Levée plus tôt ce matin, Laura avait mangé plus tôt et beaucoup moins que de coutume et mourait littéralement de faim maintenant. Discutant, riant, tâchant de profiter du temps qu’il leur restait encore dehors, une bonne ambiance s’élevait du petit groupe pendant la pause déjeuner. Ce n’est qu’au moment de rentrer que la motivation descendit d’un coup, l’envie de revoir le Pensionnat n’étant pas présente du tout. M’enfin, puisqu’il le fallait… Direction le car.

Amélie – Cette fois, Laura, tu te mets pas à côté de moi. J’ai pas envie de te servir d’oreiller.

Laura – Eh ! Je ne dors pas tout le temps contre toi, j’étais juste fatiguée mais là ça va.

Amélie – C’est cela… Vous pariez combien qu’elle va encore dormir ?

Laura jeta un regard noir à Lucie et Anna, toutes deux prêtes à répondre quelque chose avant d’intercepter son regard. Elle ne dormait pas toujours, d’abord ! Elle était seulement un peu fatiguée. Et puis, au moins, de cette manière, elle ne faisait pas de bêtise. C’était ce qu’elles lui demandaient depuis des années, non ? Elle ne faisait que les écouter. Et écouter Antoine, qui n’avait pas tort au fond… Peut-être valait-il mieux réfléchir dans les circonstances actuelles. Tout penser, préparer des plans et ne pas agir sans réfléchir. Les militaires avaient eu raison d’Alexis, ses parents aussi, mais ils n’allaient atteindre personne d’autre. Un don, c’est sacré.

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