1931. Les tensions en Europe s'aggravent. Le fascisme est de plus en plus présent..
 
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 Soirée mondaine

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Soirée mondaine   Mer 25 Mai - 15:41

– C'est un très grand plaisir de vous revoir, monsieur le Vicomte, sourit Auguste en lui serrant la main puis en prenant celle de son épouse pour y déposer un baisemain. Madame la Vicomtesse, j'espère que vous vous portez à merveille.

Se redressant, il échangea quelques phrases de courtoisie avec ses deux interlocuteurs, le bras de sa fiancée sous le sien, l'air très ouvert et aimable, une façade qu'il affichait par habitude dans les salons, même si la personne face à lui lui donnait une profonde envie de vomir. Les réunions du "beau monde" étaient comme une immense et vaste pièce de théâtre où chacun suivait un rôle précisément défini par le rang social, le sexe, la fortune, l'âge, la réputation, le métier, les relations sociales et la situation personnelle. Ils se trouvaient dans l'hôtel Le Meurice, un Palace plutôt qu'un hôtel classique, d'ailleurs. Un bâtiment de sept étages comptant 160 chambres décorées dans le style Louis XVI, situé face au Jardin des Tuileries. La salle de réception était comble, un orchestre jouant devant une large assemblée de Nobles, Bourgeois, Aristocrates, Notables de la ville et autres invités prestigieux exerçant divers métiers. Paris, la ville-lumière, s'étalait de ses milles feux sous les yeux des invités, tout était conçu pour éblouir et impressionné, jusqu'au moindre détail. Même les lustres de cristal pur au plafond semblaient briller. Évoluant avec Gabriella, il lui coula un regard de biais un peu soucieux mais elle tenait bien droite et ferme. Ils avaient été conviés à cette soirée Parisienne par Bradley, ce qui avait beaucoup surpris Auguste, jusqu'au moment où il avait lu la missive accompagnant l'invitation.

"Voilà une très bonne occasion d'écraser certaines mauvaises langues, pour vous comme pour moi. Ce sont eux les faibles et nous qui pouvons diriger ce pays vers la victoire. Les politiciens ridicules n'ont aucune idée du danger réel et vous considère déjà comme abattue. Relevez la tête, comme je vous l'ai déjà dit."

Le reste de la lettre dérivait sur des stratégies militaires qu'il n'avait pas lu, laissant le soin à sa fiancée de s'en soucier. Ce n'était pas une soirée pour s'amuser, très loin de là, ce monde était spécifique et fonctionnait avec ses propres règles. Sa future femme avait... Disons... Il n'aurait pas cru qu'elle puisse apparaître ainsi, habitué à la voir soit habillée rapidement et de façon pratique, soit en uniforme, jamais comme elle l'était ce soir. Les cheveux attachés en un chignon compliqué avec une pince et des sortes de décorations, des perles, une robe assez moulante et rouge carmin, des talons hauts noirs et quelques bijoux, bracelets, bagues et un collier fin et argenté. Elle était même maquillée, pour dissimuler cernes et pâleur. Le tout avec son regard froid habituel et le manque de sourire... Les ragots étaient déjà en feu, personne ne l'avait plus vue en public depuis très longtemps après tout, d'autant plus avec l'affaire de l'enlèvement de son fils cet été et les orages, que tout le monde lui attribuait même sans en avoir de preuves. A raison, enfin soit. Il resserra un peu la main qu'il avait posé sur le bras qu'il tenait, caressant doucement une des longues cicatrices du bout du pouce. Il aurait cru qu'elle allait les dissimuler, comme à son habitude, mais ici, non, malgré les journalistes.

– Voilà Bradley, murmura-t-il.

Au milieu de toutes ces femmes en robes de soirée et ces hommes en costumes et cravates, le maréchal détonnait quelque peu dans un uniforme d'apparat sans le moindre faux pli, armé même en ces lieux. Auguste le salua avec politesse, ayant l'étrange impression de voir déambuler un lion affamé au milieu d'un troupeau d’agneaux.

– Se montrer ainsi armé va encore plus attiser les regards et les ragots, souligna-t-il d'un ton neutre en désignant les journalistes d'un petit signe de tête. Ils sont à l'affût du moindre détail.

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Albert J. Bradley
Maréchal
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine   Dim 5 Juin - 11:53

Ce genre de lieux surchargé en décoration et qui n’avaient aucune autre vocation que de vous en mettre plein la vue avaient le don d’agacer et de blaser à la fois le maréchal de l’armée. Ces ronds de jambes, ces phrases détournées, ces pinces-fesses, ces mimiques hypocrites, ces pensées et opinions dissimulées, tout cela l’agaçait au plus haut point. Le seul point positif de cette immense mascarade dorée était qu’elle avait le don de rassembler beaucoup de personnes dont on pouvait se servir et manipuler à souhait pour atteindre ses buts. Ces notables pensaient être les rois de la manipulation… C’était vrai pour le bon peuple, encore plus aisés à manipuler, las pour eux, Bradley avait lui-même appris à décoder tous ces signes et symboles pour les retourner contre leurs propres utilisateurs et ainsi les tenir au creux de sa main. Amener certaines personnes à des postes-clés, obtenir des passe-droits, fonds et autorisations pour certaines situations très spéciales et autres petites choses. C’est pourquoi il continuait de sourire à certains et de discuter avec d’autres, aussi à l’aise qu’un long serpent évoluant au milieu d’un enclos de lapin en cherchant la proie qui sera la plus goûteuse.

Des proies intéressantes, dieu sait qu’il y en avait, dans cette charmante salle, il ne restait plus qu’à rentrer dans la valse. Évoluant au milieu de tout le monde, un verre de champagne à la main, il discutait avec les uns et les autres, parfois souriant, parfois très distant, ses yeux survolant l’assemblée pour se poser les uns et les autres, sans cesse, analysant chacune des personnes se trouvant dans la salle, même la plus inoffensive. La plupart des rumeurs qu’il percevait parlaient du petit qui s’était donné la mort « dans cette effroyable école ». Hum, voilà qui n’allait guère arranger la réputation sulfureuse du pensionnat, bien que l’armée n’y soit pour rien, cette fois. Enfin, bien d’autres langues se déliaient pour pointer du doigt le fait que c’était un enfant issu d’une famille de cas sociaux et qu’il était donc normal qu’il terminé comme cela, il n’aurait eu aucun avenir de toute façon. Ces Aristocrates et leur mépris évident, pathétique. Albert lui-même était issu d’une famille du « bas peuple » et se retrouvait aujourd’hui à la tête de l’armée de ce pays. Poursuivant son chemin, il salua sa subordonnée et son compagnon en les voyant, buvant une petite gorgée de champagne.

– Se montrer ainsi armé va encore plus attiser les regards et les ragots, souligna-t-il d'un ton neutre en désignant les journalistes d'un petit signe de tête. Ils sont à l'affût du moindre détail.

– Peu m’importe, l’avis de quelques scribouillards ne pourra jamais modifier ma ligne de conduite. Montrez-vous faible et ils se jetteront sur vous comme une troupe de fauves affamés pour vous déchiqueter. Malgré tout ce qui peut arriver comme problèmes ou drames autour de nous, baisser la tête ou détourner les yeux est hors de question. Vous le savez tout comme moi.

Bradley inclina la tête en dédiant un petit sourire ironique à un des journalistes qui le dévisageait avec un peu trop d’insistance, recevant un regard outré en retour. Ce petit allait sûrement pondre toute une tirade pour pester contre l’attitude odieuse des soldats, pour un simple sourire, ça ne faisait aucun doute. Ah, pathétique, autant que c’était amusant. Bradley termina son verre puis le déposa sur le plateau d’un serveur qui passait à proximité, croisant ensuite les bras.

– Nous devrons bientôt nous réunir pour des sujets plus importants, indiqua-t-il à la générale. A la caserne principale de Paris, cette fois, je vous en reparlerai plus tard.

Sous-entendu, lorsqu’il y aura moins d’oreilles attentives autour d’eux. Cela ne concernait que l’armée et le Gouvernement, pas un des petits rats en quête de sensations fortes. Il se contenta de placer un léger signe codé à son interlocutrice pour ajouter qu’il y avait eu des solides avancées en laboratoire, sur Paris. Elle croisa son regard, fronça un peu les sourcils puis hocha la tête, semblant tout à coup bien plus tendue. Pas de quoi s’énerver ou s’angoisser, pour le moment, c’était même plutôt une bonne nouvelle. Tout évoluait à un bn rythme depuis qu’ils avaient pu débloquer certains soucis majeurs. Les recherches menées depuis des mois commençaient enfin à porter leurs fruits, le maréchal en était très satisfait. Si tout se poursuivait ainsi, ils arriveront à des résultats notables avant la fin de l’année, sur leurs deux axes majeurs de travail.

– Le Gouvernement songe de nouveau à réformer l’éducation, le saviez-vous ? glissa-t-il ensuite. Il serait bon de surveiller également cette affaire, on sait où ont mené les dernière réformes.

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Gabriella de Lizeux
Directrice
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine   Dim 19 Juin - 14:24

Les choses avaient été faites en grand, comme d’habitude. Gabriella prit le temps, dans la voiture, de vérifier sa tenue et de mettre un peu de rouge à lèvres, une teinte légère qu’elle avait emprunté à Estelle avant de partir. Son amie, malgré sa propre peine, l’avait aidé à se préparé et à se maquiller. C’était bien la première fois de sa vie que la jeune mère prenait la peine de cacher les marques de la fatigue en se maquillant, d’ailleurs. S’il fallait en passer par là, soit. Elle rangea le rouge à lèvres dans son sac, touchant du bout des doigts la lettre que lui avait adressée le maréchal et qui restait pliée ici, un peu froissée tant elle l’avait lu et relu. Voilà que c’était lui qui lui disait qu’il était temps de reprendre le combat alors que c’était lui, précisément, qu’elle devait combattre, ironie du sort. Une fois prête, elle sortit et prit le bras que lui tendait Auguste, avançant vers la salle de bal avec lui. Il y avait déjà beaucoup de monde, des visages pour la plupart familiers et qu’elle en pouvait plus voir en peinture depuis qu’ils participaient, dans les journaux, au déferlement de haine contre le pensionnat et les dons.

Au diable la fatigue et la tension, elle s’était assez reposée comme cela, il n’était plus temps de rester tranquillement chez soit sans en bouger, d’autant plus avec ce qui venait de se passer. Elle parla avec une ou deux personnes en chemin, sans dévoiler qu’elle n’était pas à l’aise dans ce genre de tenue. Elle portait des escarpins assez haut et une longue robe moulante carmin lui descendant jusqu’aux chevilles, c’était tout sauf pratique. Pour une fois, même s’ils étaient en public, elle n’avait rien fait pour dissimuler ses cicatrices, sachant que cela allait contribuer à l’image qu’elle voulait donner, à savoir, hors de question de se laisser aller ou abattre. Son regard voleta d’une personne à l’autre pendant qu’ils évoluaient dans la soirée, rassurée par le contact de son fiancé, près d’elle, par sa main qui serrait celle qu’elle avait posé sur son bras. Elle avait le sentiment d’avoir franchi un nouveau palier, un de plus, abandonnant à jamais celle qu’elle avait été, il y a un an de cela. Les rumeurs fleurissaient de plus en plus, elle rendit quelques regard méprisants à certains imbéciles, refusant de se laisser faire, surtout ce soir. A défaut d’être un minimum respectée par ces gens-là, qu’ils aient au moins peurs, elle évitera ainsi certaines attaques. Cette robe laissait même voir les deux cicatrices qu’elle portait près de l’épaule, sur son omoplate et sur le devant, au-dessus de la poitrine, là où on lui avait tiré dessus.

– Voilà Bradley, murmura-t-il.

Lui au moins n’avait pas eu besoin de faire des effets de style, il était venu en uniforme d’apparat, armé et prêt à faire face. Elle lui rendit son salut, restant très formelle, bien que captant un regard entendu, il avait de nouvelles choses à dire. Gabriella retint une légère grimace, s’assurant qu’on ne les écoutait pas. Dans le doute, mieux valait rester évasif et user de codes pour se faire comprendre. L’armée en possédait un bon nombre qu’elle avait dû apprendre par cœur, autant pour ce genre de situations que pour des missions d’espionnage ou même la guerre pure et dure. Ils s’étaient arrêtés au bord de la vaste piste de danse, avec l’orchestre à l’opposé qui avait débuté une valse. Au milieu de toutes ces personnes en tenues de soirée, Bradley détonnait quelque peu. Il avait de la chance, marcher en robe et en talons n’était pas pratique. Elle avait toutefois pu attacher deux poignards, un à la cuisse et le second sur le haut du mollet de son autre jambe, prêts à servir en cas de besoin. Être bien habillé n’empêchait de tout prévoir pour se défendre. Ses deux dons n’avaient pas besoin d’être stockés ainsi sur elle, au moins, elle pouvait en user à loisir.

– Se montrer ainsi armé va encore plus attiser les regards et les ragots, souligna-t-il d'un ton neutre en désignant les journalistes d'un petit signe de tête. Ils sont à l'affût du moindre détail.

– Peu m’importe, l’avis de quelques scribouillards ne pourra jamais modifier ma ligne de conduite. Montrez-vous faible et ils se jetteront sur vous comme une troupe de fauves affamés pour vous déchiqueter. Malgré tout ce qui peut arriver comme problèmes ou drames autour de nous, baisser la tête ou détourner les yeux est hors de question. Vous le savez tout comme moi.

Tout à fait, Gabriella était entièrement d’accord avec lui, une fois n’est pas coutume. Elle hocha doucement la tête pour l’approuver, voyant quelques journalistes les dévisager avec une expression un peu étranges. Bradley les salua avec un air ironique, terminant ensuite son verre d’une gorgée avant de le déposer sur le plateau d’un serveur passant à côté d’eux. Elle-même ne buvait pas, elle ne prenait pas une goutte d’alcool en étant enceinte, déjà qu’elle n’appréciait que très peu ça d’ordinaire.

– Nous devrons bientôt nous réunir pour des sujets plus importants, indiqua-t-il à la générale. A la caserne principale de Paris, cette fois, je vous en reparlerai plus tard.

Plus tard, donc il y avait eu un souci ? Ou une grosse avancée ? Elle reporta le regard sur lui, fronçant un peu les sourcils, pendant qu’il plaçait deux signes et un léger geste de la tête, lui indiquant ainsi de façon codée que les laboratoires de paris avaient pu fournir, en effet, de grosses évolutions. Très bien. Plus tendue, elle hocha la tête pour lui signifier qu’elle avait compris, sans rien ajouter. Qu’avaient-ils réussi à faire, cette fois ? Progresser dans la naissance forcée d’un don et sa stabilisation ? Ou au contraire, dans sa disparition ? Ou encore un des autres sujets ? Il y avait eu de nouvelles armes de créées ? Elle resserra un peu sa prise sur le bras d’Auguste, très droit et très tendue. Cependant, elle s’efforça de garder un air impassible en remarquant que les journalistes s’approchaient discrètement. Quelle bande de rats ! Toujours en quête de la moindre petite miette à rapporter dans leurs journaux indignes.

– Le Gouvernement songe de nouveau à réformer l’éducation, le saviez-vous ? glissa-t-il ensuite. Il serait bon de surveiller également cette affaire, on sait où ont mené les dernière réformes.

– J’ai commencé à suivre cela, oui, répondit-elle d’une voix calme. Il n’y a rien de notable pour le moment, ce gouvernement est en difficulté, sur beaucoup de points de vue.

Elle lui lança un regard pour lui faire comprendre que les journalistes étaient plus proches puis dériva le sujet comme si de rien n’était, parlant d’affaires plus courantes et basiques se déroulant en ce moment dans le pays. Plus de monde s’étaient élancés sur la piste de danse, au rythme tenu par l’orchestre. Cette soirée lui donnait la nausée, elle ne supportait plus du tout l’hypocrisie affichée sans honte dans ce genre d’endroits ni même les rumeurs dont ils étaient accablés de toutes parts.

– On va danser un peu ? Proposa-t-elle à Auguste, supportant mal de rester inactive.

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Auguste de la Valière
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Âge RPG : 37 ans

MessageSujet: Re: Soirée mondaine   Ven 29 Juil - 19:12

– Peu m’importe, l’avis de quelques scribouillards ne pourra jamais modifier ma ligne de conduite. Montrez-vous faible et ils se jetteront sur vous comme une troupe de fauves affamés pour vous déchiqueter. Malgré tout ce qui peut arriver comme problèmes ou drames autour de nous, baisser la tête ou détourner les yeux est hors de question. Vous le savez tout comme moi.

Très jolie image, une « troupe de fauves affamés »… De toutes les personnes ici, c’était surtout Bradley lui-même que l’on pouvait considérer comme un fauve et non ceux et celles dansant et évoluant dans cette salle, dont le seul fiel était la maîtrise de la langue. Il ne releva pas, cependant, surtout en voyant sa fiancée entièrement d’accord avec ce principe. Auguste sourit faiblement en serrant un peu sa main sur son bras, avec une certaine possessivité. Si Bradley était un lion, Gabriella était comme une panthère toujours prête à bondir pour défendre ses proches et ses principes. C’était un animal Noble, aussi puissant qu’acéré, dont beaucoup se méfiaient et qui, pourtant, ne combattait qu’en cas de nécessité. Et dire qu’elle n’arrivait toujours pas à réaliser l’image qu’elle renvoyait aux autres, la façon dont on pouvait la considérer. Il la trouvait belle, il aimait cette force qu’elle dégageait. Même ainsi, vêtue comme toutes les femmes de la Noblesse en soirée mondaine, moulée dans une longue robe sophistiquée, coiffée élégamment, avec des armes dissimulées sur elle, même ainsi, elle était forte.

– Nous devrons bientôt nous réunir pour des sujets plus importants, indiqua-t-il à la générale. A la caserne principale de Paris, cette fois, je vous en reparlerai plus tard.

Ce qui ne l’empêcha guère de glisser quelques mots sous forme de codes à sa collègue, afin de lui en dire plus. Auguste en chercha pas à comprendre, souriant en coin. Il savait qu’ils étaient observés et que le moindre mot de trop pourrait être répété ou utilisé contre eux, que ce soit par le biais des ennemis de l’armée, de l’école, des journalistes présents à cette petite fête de charité ou bien d’autres personnes encore, qui pouvait savoir ? Tout ici n’était que jeu de regard et d’apparence, Auguste connaissait parfaitement ce milieu et y évoluait comme un poisson dans l‘eau, ayant fait son entrée dans le monde il y a déjà bien des années de cela. Des règles et des codes à apprendre, à suivre pour n’offrir aucune prise aux médisants, à se servir pour créer des alliances, voilà ce qu’ils accomplissaient en ce moment-même. L’image, seule l’image compte. L’image et l’impression donnée. Bradley, bien qu’il soit issu d’un milieu roturier, était lui aussi parfaitement à l’aise dans cet environnement, il suffisait de l’observer pour s’en convaincre. Il n’avait pas le titre de Noblesse mais avait le pouvoir, un des éléments essentiels en plus de la richesse. Pouvoir, murmures, richesse, faux-semblants, ragots, mondanités, bals, œuvres, relations, il fallait y trouver son propre mélange, subtilement, le tout saupoudré d’un beau jeu de regards.

– Le Gouvernement songe de nouveau à réformer l’éducation, le saviez-vous ? glissa-t-il ensuite. Il serait bon de surveiller également cette affaire, on sait où ont mené les dernière réformes.

– J’ai commencé à suivre cela, oui, répondit-elle d’une voix calme. Il n’y a rien de notable pour le moment, ce gouvernement est en difficulté, sur beaucoup de points de vue.

Pour le moment, en effet, d’autres menaces étaient plus pressantes et urgentes. Etant donné que les journalistes étaient de nouveau plus proches, ils se mirent à parler de tout autre chose, des sujets plus simples, banals, comme des personnes ne se connaissant que peu et se rencontrant par hasard lors d’une soirée. C’est en discutant avec le maréchal, même de choses pouvant paraître très innocentes, qu’on réalisait qu’il était doté d’un esprit très fin et d’un cerveau bien irrigué. Le baron avait appris tout jeune à jauger les gens, il était évident que le maréchal était un homme très intelligent, sous ses airs de responsable d’armée dur et cinglant, sans compassion aucune. Il y avait tant intérêt à disposer d’une tête bien faite lorsqu’on se trouvait à cette position. Auguste désapprouvait les méthodes qu’il employait, cependant, il respectait l’homme en tant que tel, celui qui savait mener ses hommes et qui aimait son pays. Il déposa à son tour son verre sur un plateau, après en avoir vidé la dernière gorgée.

– On va danser un peu ? Proposa-t-elle à Auguste, supportant mal de rester inactive.

– Je vous en serai gré, mademoiselle de Lizeux, sourit-il avec douceur. Que pourrai-je refuser à ma future épouse.

Il la conduit sur la large piste de danse puis se mit face à elle, lui prenant la main et plaçant l’autre autour de la taille de sa fiancée. Il débuta ainsi une longue danse avec elle dans la salle, ignorant les regards et les chuchotements jaillissant parfois sur eux. Qu’avaient-ils à en faire ? Il gardait son regard plongé dans celui de sa fiancée, profondément heureux d’être enfin revenu auprès d’elle dans la région, d’avoir pu reprendre la place qui était sienne de droit, depuis bien des mois. Le mal coiffé devrait épouser une femme à sa mesure, une femme qui accepte les hommes plus naïfs et n’aimant pas les combats, il y en avait bien tant qu’assez en ce monde. Ce n’était même pas le statut social qui comptait ici mais bien le caractère, la force mentale. Cyprien avait beau être gentil et tout ce que l’on veut, il était fait pour suivre, pas pour diriger. On ne lui avait jamais demandé cela, il n’avait sans doute pas eu l’éducation nécessaire non plus, ou la volonté de vivre. Le grand rouquin dansait légèrement, l’orchestre ayant encore lancé une valse, moins rythmée que la quadrille qu’ils venaient d’effectuer.

– Rentrons-nous directement chez nous ou passons-nous la nuit à l’hôtel ? demanda-t-il sans la quitter du regard. J’ose vouloir quémander quelques heures à nous deux, loin des troubles et des cris.

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Gabriella de Lizeux
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine   Sam 3 Sep - 16:33

– Je vous en serai gré, mademoiselle de Lizeux, sourit-il avec douceur. Que pourrai-je refuser à ma future épouse.

Cette simple phrase suffit à lui faire monter le rose aux joues, il l’avait fait exprès. Allant avec lui sur la piste de danse, elle glissa sa main dans la sienne et se rapprocha lorsqu’il la prit par la taille, se plaçant avant de se lancer avec lui dans une valse lente et plus longue de coutume, suivant le rythme soutenu par l’orchestre. Ils avaient rejoints les nombreux autres couples déjà présents sur la piste, évoluant parmi eux de façon naturelle, sans tenir compte de certains regards ou chuchotements. Elle les entendait tous, ayant réussi, jusqu’à ce soir, à oublier à quel point les ragots et murmures pouvaient être nombreux et pesants, les critiques si lourdes. On ne pouvait être à l’aise dans une telle atmosphère et ce jeu de faux-semblants. Elle n’était plus à l’aise, en tout cas, si elle avait pu l’être, adolescente, par la force de l’habitude. Ça faisait combien de temps qu’elle n’était plus revenue dans ce genre de lieu, pour une telle fête ? Comme si tout ce qu’elle avait vécu entre ses seize et dix-huit avait appartenu à une autre vie, qu’elle n’avait jamais été cette jeune fille que ses parents voulaient marier. Même à l’époque, le mariage l’effrayait déjà. Elle ne s’était pas encore vraiment ouverte des raisons à qui que ce soit, d’autant plus lorsque ses précédents mariages étaient venus s’ajouter à sa peur.

– Rentrons-nous directement chez nous ou passons-nous la nuit à l’hôtel ? demanda-t-il sans la quitter du regard. J’ose vouloir quémander quelques heures à nous deux, loin des troubles et des cris.

– Si tu me proposes une nuit loin de tout et seule avec toi, je ne vais pas dire non, murmura-t-elle en lui rendant son regard.

Ils continuèrent à danser et évoluer sous les trop fortes lumières du palace durant encore un long moment, avant de finalement quitter la piste. Gabriella ne reprit qu’un verre de jus de fruit pour combler la soif, laissant Auguste prendre une coupe de son côté. Elle ne tenait que peu l’alcool, de toute manière, ce n’était pas fait pour elle. En plus de ça, l’alcool n’était bon qu’à altérer les sens et troubler votre clarté d’esprit, impensable d’accepter ça en cas de problèmes. Comment réagir avec efficacité, sinon ? On en pouvait même pas se repérer convenablement une fois soûl, ça n’apportait vraiment que des ennuis, qui était le petit génie qui avait inventé ça le premier ? Finissant son verre de jus de fruit, elle attendit qu’Auguste soit prêt pour reprendre son bras, restant encore un peu avec lui avant de prendre congé. Des personnes vinrent les saluer, la plupart avec des noms familiers et d’autres à qui elle n’avait sans doute jamais adressé la parole de sa vie. Un homme assez âgé vint lancer « Comme vous avez grandie, mademoiselle de Lizeux, vous êtes devenue une belle jeune femme ! », sans qu’elle puisse remettre un nom sur son visage avant qu’il ne se présente. Répondre qu’elle était ravie également devenait plus une formule basique qu’une parole sincère, dans ce genre d’endroits.

Bien plus tard, il fut enfin temps de partir. Elle sortit avec Auguste et émit un petit soupir de soulagement une fois dehors, respirant l’air très frais de la nuit. Paris était encore bien agitée, ils n’eurent aucun mal à trouver un hôtel, une fois de retour dans la voiture à sillonner les rues de l’immense ville. Un employé vint les conduire à leur chambre et leur souhaita une bonne nuit, refermant la porte. Gabriella ferma à clé, par habitude, puis put enfin se débarrasser de ses talons et de la robe, posant le tout sur une des chaises. Une fois en sous-vêtements et pieds nus, elle s’étira longuement, détachant ses cheveux pour les laisser flotter librement sur ses épaules. Voilà, c’était mieux ! Quelle torture de devoir s’habiller et se coiffer comme ça tous les jours, elle n’aurait définitivement pas supporté la vie de simple pot de fleurs décoratif dans un manoir de la Haute Société. Sa vie actuelle était beaucoup plus animée mais aussi plus intéressante, au moins, elle vivait. Se mettant nue, elle se glissa dans le lit avec son fiancé dès qu’il fut prêt aussi, s’appuyant sur les coudes pour l’embrasser sur le front, les yeux fermés un instant. S’installant allongée à son tour, elle posa les mains sur son ventre un peu gonflé, avec une petite moue.

– Je sais qu’on pourra protéger ce bébé, à nous deux, mais je m’inquiète tout de même. Nous n’avons pas encore réfléchi au prénom, en plus. Tu préférais avoir un fils ou une fille ?

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Auguste de la Valière
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MessageSujet: Re: Soirée mondaine   Dim 4 Sep - 19:11

– Si tu me proposes une nuit loin de tout et seule avec toi, je ne vais pas dire non, murmura-t-elle en lui rendant son regard.

Un sourire vint s'afficher sur les lèvres d'Auguste, continuant à valser avec elle, ses pas guidant les siens, comme tout cavalier qui se respecte. Gabriella ne réalisait peut-être pas à quel point elle dégageait une aura différente lorsqu'elle se prêtait à ce jeu de regard et d'apparence, c'était comme si elle entrait avec lui dans un autre monde pour un instant, un monde de danse, de détente et de musique, c'était presque magique. Un long moment s'écoula avant qu'il en s'arrête avec lui, lui présenta son bras pour qu'elle y place sa main, quittant ensuite la piste avec elle. Il prit un verre de champagne sur le plateau d'un jeune serveur qui le lui présenta, buvant tranquillement en parlant avec sa future femme. Il aperçut Bradley plus loin, qui souriait, même, c'était un peu étrange. L'homme avec qui il était plongé dans une grande discussion était un ancien ministre des finances, un politique qui n'avait pas nécessairement mal fait son travail mais qui avait été victime de la crise financière et remercié très vite car il n'avait pu aider à redresser la barre à temps. Un petit sourire lui échappa, pensant que le travail de ministre dans ce pays était loin d'être une tâche aisée, le peuple de France étant assez irritable et prompt à s'enflammer. Ils restèrent encore une bonne heure à discuter avec les autres convives et échanger sur divers sujets avant qu'il ne soit temps pour eux de partir.

La nuit Parisienne les accueillit avec fraîcheur, les échos de la fête s'évanouissant bien vite derrière eux. Parenthèse achevée, il était temps de se reposer un peu avant d'être à nouveau plongés au cœur du tumulte et la valse des événements. Allant à l'hôtel, il grimpa avec Gabriella les escaliers derrière un groom qui s'effaça pour les laisser entrer dans leur chambre et leur souhaita une bonne nuit. La chambre était grande, avec un lit à baldaquin imposant entre deux baies, fermées par des rideaux. Auguste en laissa allumer qu'une lampe de chevet d'un côté du lit puis enleva son manteau, sa veste et dénoua sa cravate, respirant plus librement. Déboutonnant ensuite sa chemise, il déposa ses affaires à mesure sur une petite banquette près du lit, se passant un peu sur le visage pour se rafraîchir. Il faisait si chaud dans ces réceptions, c'était intenable. Tournant la tête, il vit sa fiancée en tenue d’Ève aller se glisser dans le lit, où il la rejoignit, une fois déshabillé à son tour. Auguste sourit plus largement lorsqu'elle l'embrassa sur le front, jouant un peu avec ses mèches blondes éparpillés sur l'oreiller très blanc. Il ramena la couverture sur eux deux, baissant encore un peu la lumière de la lampe de chevet. L'ambiance tamisée était plus propice aux instants d'intimité d'un couple, précédant le sommeil.

– Je sais qu’on pourra protéger ce bébé, à nous deux, mais je m’inquiète tout de même. Nous n’avons pas encore réfléchi au prénom, en plus. Tu préférais avoir un fils ou une fille ?

– Tu t'inquiètes toujours trop.

Il se rehaussa pour l'embrasser longuement sur les lèvres, avant qu'elle ne puisse répliquer, puis posa son front contre le sien, l'entourant de ses bras. Elle s'angoissait pour bien trop de monde, tous les jours, parfois la nuit aussi, il l'entendait parler dans son sommeil. Cette nuit, il ne voulait pas qu'elle s'inquiète pour qui que ce soit, pour une fois. Il lui chuchota qu'avoir un fils ou une fille lui était égal, tant que cet enfant était le leur et qu'il naissait, puis grandissait, en bonne santé. En se remettant allongé correctement, il prit sa fiancée contre lui pour la serrer dans ses bras et l'inciter à se laisser aller, qu'elle profite elle aussi de ce moment de calme, tant qu'ils le pouvaient. Il l'embrassa dans les cheveux, tout en lui massant doucement les épaules et le dos.

– Comme prénoms, il y en a plusieurs que j'aime bien. Pour une fille, ce peut être Margot, Adèle ou Eléonore, qu'en dis-tu ? Il y a aussi Chloé ou Jane qui restent mignons, même si c'est très classique. Pour un garçon, ce peut être Arthur, Louis ou Paul, assez classique aussi, ça se porte bien. J'aime surtout le prénom Arthur, c'est ancien mais indémodable, facile à porter.

Ils avaient encore le temps d'y réfléchir, de toute manière. Il lui chuchota à l'oreille qu'il était temps de se reposer, d'éteindre la lumière. Ce petit bout allait encore rester plusieurs mois dans le ventre de sa maman, ils avaient tout le temps de décider d'un prénom. Là, tout de suite, il était temps de dormir...

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Soirée mondaine
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